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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304225

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304225

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP DESSALCES & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juillet 2023 et le 9 août 2023, M. B A, représenté par la SCP Dessalces et associes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement également sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet n'a pas cherché à apprécier l'opportunité d'une mesure de régularisation ;

- elle est entachée d'erreur de fait ; le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il était célibataire et sans charge de famille alors même qu'il avait produit son acte de mariage au soutien de sa demande de titre ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car elle n'est pas signée ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en janvier 1982, a sollicité le 5 juin 2023 la délivrance d'un titre de séjour " salarié ". Par arrêté du 21 juin 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. P., secrétaire général de la préfecture, qui a reçu, par un arrêté du 4 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, délégation à l'effet de signer, notamment, tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union européenne. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

4. Toutefois, le droit d'être entendu, partie intégrante du respect des droits de la défense, en tant que principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

5. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. A l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, l'intéressé en situation irrégulière est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

6. En l'espèce, M. A n'établit pas qu'il aurait été dans l'impossibilité de faire valoir ses observations et de porter à la connaissance de l'administration tout élément relatif à sa situation personnelle au cours de l'instruction de sa demande d'admission au séjour et avant que le préfet de l'Hérault ne refuse de lui délivrer un titre de séjour et l'assortisse d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, il ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne. Le moyen ainsi invoqué ne peut donc qu'être écarté.

7. En troisième lieu, il résulte des termes de l'arrêté que le préfet de l'Hérault a précisé que M. A était célibataire alors même qu'il soutient, sans être contesté, avoir communiqué son acte de mariage à l'appui de sa demande de titre. L'arrêté est donc entaché d'une erreur de fait. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de l'intéressé, compatriote en situation irrégulière, est arrivée très récemment en France en janvier 2023 de sorte que l'erreur de fait commise par le préfet quant à la situation maritale de l'intéressé n'a pas été de nature à vicier l'appréciation qu'il a portée sur sa situation familiale.

8. En quatrième lieu, il résulte des mentions mêmes de l'arrêté que le préfet a, après avoir rappelé que M. A n'était pas muni du visa long séjour pour prétendre à une autorisation de travail, examiné la possibilité de procéder à la régularisation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En cinquième lieu, si M. A se prévaut de la conclusion d'une promesse d'embauche en qualité de commis de cuisine, métier en tension, et de son expérience au sein de l'entreprise, pendant plus d'un an, qui souhaite le recruter, ces seules circonstances ne permettent pas, compte tenu de l'entrée récente sur le territoire, de caractériser une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle d'ensemble.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. M. A déclare être entré en France le 8 janvier 2020 et se prévaut de son insertion professionnelle en qualité de commis de cuisine, métier en tension, pendant une année et produit pour en justifier ses bulletins de salaire sur la période. Toutefois, d'une part, il ne démontre pas être entré en France en 2020 alors que le préfet fait référence aux mentions portées sur son passeport présentant un tampon de sortie de la Roumanie au 9 mars 2022. D'autre part, ainsi qu'il a été déjà exposé au point 7, marié à une compatriote, entrée très récemment en France et en situation irrégulière, M. A ne démontre pas avoir déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire national. Dans ces conditions, au regard des conditions de séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de l'Hérault a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français de M. A :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'illégalité entachant le refus de séjour, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale.

13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 ci-avant, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2023 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées à fin d'annulation, n'implique pas que le préfet délivre à M. A un titre de séjour, ni qu'il procède au réexamen de sa demande. Les conclusions tendant qu'il soit enjoint au préfet de prendre de telles mesures doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Philippe Gayrard, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. Hervé Verguet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.

La rapporteure,

I. C

Le président,

J-Ph. GayrardLa greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 novembre 2023.

La greffière,

I. Laffargue

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