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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304227

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304227

mercredi 23 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantMURAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Murat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Murat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré régulièrement en France pour y solliciter l'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- le préfet n'a pas examiné correctement les critères caractérisant l'interdiction de retour ;

- la durée retenue est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Goursaud pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Goursaud, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 4 août 1991, déclare être entré en France en août 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 18 août 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 mars 2022. Il a été interpellé par les services de police municipale suite à un contrôle routier le 17 juillet 2023 à la suite de quoi le préfet de l'Hérault, par un arrêté daté du même jour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen réel et complet de la situation de M. A. Si le préfet a notamment indiqué que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille, cette situation familiale ressort des propres déclarations du requérant lors de son audition par les services de police. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, si le requérant fait valoir qu'il est le père d'un enfant issu d'une précédente union, il ressort toutefois du procès-verbal d'audition qu'il a lui-même déclaré que cet enfant, âgé de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué, résidait à Toulouse avec sa mère tandis qu'il n'établit pas contribuer effectivement à son entretien et son éducation. Il s'ensuit que c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation familiale que le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () "

5. Si M. A soutient que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 1° de l'article L. 6111-1, il ne justifie toutefois pas d'une entrée régulière sur le territoire français en se bornant à produire une attestation de demandeur d'asile périmée. En tout état de cause, le préfet pouvait légalement obliger le requérant à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu du rejet définitif de sa demande d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

7. En premier lieu, en se bornant à soutenir que " le préfet n'a pas examiné correctement les critères caractérisant l'interdiction de retour ", le requérant n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien fondé. En tout état de cause, la motivation de l'arrêté attaqué permet d'attester la prise en compte de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 précité.

8. En second lieu, eu égard aux circonstances précédemment indiquées, M. A ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires alors qu'il a par ailleurs fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire national. Par suite, le préfet de l'Hérault a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 17 juillet 2023 doivent être rejetées, y compris ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 août 2023.

Le magistrat désigné,

F. Goursaud

Le greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier le 23 août 2023.

Le greffier,

D. Martinier00

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