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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304254

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304254

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304254
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBARD MAZARINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2023, M. C A, représenté par Me Bard, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, à titre subsidiaire, d'annuler la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la même décision, et ce jusqu'à ce que l'autorité administrative ait de nouveau statué sur sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et présente un caractère disproportionné au regard de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire, enregistré le 5 septembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur la requête ;

- les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 juillet 2023, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Bard, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant marocain né le 27 janvier 1999, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 28 août 2023, le préfet de l'Hérault a retiré son arrêté du 2 mai 2023, mais a repris une décision identique portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour. Il s'ensuit que, d'une part, les conclusions présentées par M. A contre l'arrêté du 2 mai 2023 doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 28 août 2023 et que, d'autre part, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté initial du 2 mai 2023.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de faits qui la fondent, et notamment la circonstance que M. A a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement. Par ailleurs, cette dernière décision renvoie à l'ensemble des éléments de fait concernant la situation de l'intéressé sur le territoire français, notamment de sa promesse d'embauche, alors que le préfet n'était pas tenu d'évoquer tous les éléments rapportés par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, et le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que si M. A est entré régulièrement en France le 30 novembre 2015 muni d'un visa de court séjour, il a fait l'objet, le 18 mai 2017 puis le 28 mai 2019, de deux décisions portant refus de séjour, assorties d'obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour, du préfet de l'Hérault, auxquelles il n'a pas déférées. S'il démontre avoir établi sa résidence habituelle et continue en France, dans la mesure où il est hébergé chez sa sœur, depuis 8 ans, M. A s'est toutefois maintenu en situation irrégulière au regard du droit de séjour des étrangers. Par ailleurs, s'il fait valoir qu'il a effectué en France une partie de sa scolarité depuis le lycée et qu'il a obtenu un CAP " monteur installateur sanitaire " ainsi qu'un BAC PRO " installation des systèmes énergétiques et climatiques ", la seule production d'une promesse d'embauche ne suffit pas à caractériser une intégration dans la société française. En outre, M. A est célibataire et sans charge de famille et n'établit pas être dénué d'attaches familiales ou personnelles au Maroc puisque ses parents y résident. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Il n'a dès lors méconnu, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () " et aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' (). Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence ".

8. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. En revanche, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont applicables aux ressortissants marocains en matière de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code précité est inopérant et ne peut qu'être rejeté.

9. En tout état de cause, en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation pour délivrer à M. A un titre de séjour " salarié " au motif que la promesse d'embauche en qualité d'ouvrier pour le compte de la SARL O., exerçant dans le domaine de la maçonnerie générale et gros œuvre de bâtiment, ne constitue pas un motif exceptionnel d'admission au séjour, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

11. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. " et aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer à l'encontre de M. A, âgé de 24 ans à la date de la décision attaquée, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement dont l'une était assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par suite, c'est à bon droit que le préfet de l'Hérault a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A d'une telle interdiction. Toutefois, compte tenu de son entrée sur le territoire français à l'âge de seize ans, de sa présence habituelle d'une durée de huit ans sur le territoire français, de sa scolarité en France et qu'il n'est pas contesté qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, la durée de deux ans retenue par le préfet représente un caractère disproportionné et la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français doit ainsi être annulée.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 août 2023 qu'en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

14. Le présent jugement, qui annule la seule décision interdisant M. A de retour sur le territoire national, n'implique aucune mesure particulière pour son exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par le requérant doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais d'instance :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 août 2023 est annulé en tant que le préfet de l'Hérault a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de deux ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Bard.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Philippe Gayrard, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. Hervé Verguet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

JP. BL'assesseure la plus ancienne,

I. Pastor

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 novembre 2023.

La greffière,

I. Laffargueil

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