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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304280

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304280

lundi 15 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL LYSIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier (2ème chambre) a rejeté la requête de Mme A..., assistante médico-administrative, qui contestait le refus du centre hospitalier de Narbonne de lui accorder la gratuité d’un médicament onéreux sur le fondement de l’article L. 722-1 du code général de la fonction publique. Le tribunal a jugé que la décision de refus du 22 mai 2023 était suffisamment motivée au regard de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. La solution retenue est le rejet de la requête, le tribunal ayant écarté les moyens d’insuffisance de motivation, d’erreur de droit et d’erreur manifeste d’appréciation soulevés par la requérante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 juillet et 26 octobre 2023, 7 et 11 mai 2024, et 19 février 2025, Mme B... A... demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions par lesquelles le centre hospitalier de Narbonne a refusé de lui accorder le bénéfice de la gratuité des produits pharmaceutiques prévu à l’article L. 722-1 du code général de la fonction publique ;

2°) d’enjoindre au centre hospitalier de Narbonne de procéder au réexamen de sa demande et de l’admettre au bénéfice de la gratuité des produits pharmaceutiques ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Narbonne le versement de la somme de 50 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d’une erreur de droit, le centre hospitalier rajoutant des critères supplémentaires à ceux fixés par l’article L. 722-1 du code général de la fonction publique ;
- elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la demande de substitution de motif présentée par le centre hospitalier doit être écartée.


Par un mémoire en défense et des mémoires, enregistrés les 5 septembre 2023, 8 mars, 11 juin et 19 décembre 2024 et 10 janvier 2025, le centre hospitalier de Narbonne, représenté par la SELARL Lysis Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 000 euros soit mise à la charge solidaire de Mme A... et du syndicat départemental CFDT Santé-Sociaux 11 en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, les décisions attaquées étant purement confirmatives d’une précédente décision en date du 22 mai 2023 ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas fondés ;
- il y a lieu de procéder à une substitution de motif dès lors que le centre hospitalier était en situation de compétence liée pour refuser d’accorder le bénéfice de la gratuité d’un médicament non agréé aux collectivités publiques en application de l’article L. 5123-2 du code de la santé publique.


Par une intervention enregistrée le 19 décembre 2024, le syndicat départemental CFDT Santé-Sociaux 11 demande que le tribunal fasse faire droit à la requête de Mme A....

Il soutient que :
- son intervention est recevable ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de droit ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bourjade, rapporteure,
- les conclusions de Mme Sarraute, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bequain de Corninck, représentant le centre hospitalier de Narbonne.
Considérant ce qui suit :


1. Mme A..., assistante médico-administrative en poste au centre hospitalier de Narbonne, a sollicité le 22 mai 2023 le bénéfice de la gratuité d’un médicament onéreux non pris en charge par l’organisme de sécurité sociale. Par décision du même jour, le centre hospitalier de Narbonne a refusé cette prise en charge. Mme A... a présenté un premier recours gracieux le 31 mai 2023 qui a été rejeté le jour même par le centre hospitalier. Elle a présenté un second recours gracieux le 20 juin 2023, à l’issue duquel le centre hospitalier a maintenu sa décision de refus le 29 juin 2023. Par la présente requête, Mme A... doit être regardée comme demandant au tribunal l’annulation de la décision du 22 mai 2023 et des décisions des 31 mai 2023 et 29 juin 2023 de rejet de ses recours gracieux.


Sur l’intervention du syndicat départemental CFDT Santé-Sociaux 11 :

2. Le syndicat départemental CFDT Santé-Sociaux 11 justifie d’un intérêt suffisant à l’annulation des décisions attaquées. Ainsi, son intervention à l’appui de la requête formée par Mme A... est recevable.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / (…) / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (…). ».


4. La décision du 22 mai 2023, prise à la suite de la demande de Mme A... présentée sur le fondement des dispositions de l’article L. 722-1 du code général de la fonction publique, se réfère au « texte sur la gratuité des soins pour les fonctionnaires (Dispositions inscrites dans le code général de la fonction publique) ». Elle mentionne les conditions fixées par cet article pour que l’agent puisse prétendre au bénéfice de la gratuité d’un médicament et indique que le médicament en cause n’est pas et ne sera pas agréé aux collectivités, qu’il n’est pas dans le livret de la pharmacie à usage intérieur de l’établissement hospitalier et qu’il ne figure pas dans le stock de médicaments de la pharmacie de l’hôpital. Alors même que n’est pas expressément mentionné l’article L. 722-1 du code général de la fonction publique, ces considérations permettaient à l’intéressée de comprendre le sens et la portée de la décision de refus opposée à leur seule lecture et ainsi de les contester utilement, ce qu’elle a d’ailleurs fait par deux recours gracieux. Par ailleurs, les décisions des 31 mai 2023 et 29 juin 2023 de rejet des recours gracieux ne constituant pas un recours préalable obligatoire n’avaient pas à comporter de motivation spécifique. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.


5. En deuxième lieu, et d’une part, aux termes de l’article L. 722-1 du code général de la fonction publique : « Le fonctionnaire hospitalier bénéficie, dans l'établissement où il est en activité, de la gratuité : / 1° Des soins médicaux qui lui sont dispensés ; / 2° Des produits pharmaceutiques que lui délivre pour son usage personnel la pharmacie de l'établissement, sur prescription d'un médecin de ce dernier. ».


6. Il résulte de ces dispositions que la gratuité des soins médicaux et des produits pharmaceutiques sont garantis aux fonctionnaires employés au sein d’un établissement hospitalier qui dispense les soins et les préparations dès lors qu’ils justifient de cette seule qualité au moment où ils ont bénéficié desdits soins.


7. D’autre part, aux termes de l’article L. 5123-2 du code de la santé publique : « L'achat, la fourniture, la prise en charge et l'utilisation par les collectivités publiques des médicaments définis aux articles L. 5121-8, L. 5121-9-1, L. 5121-13 et L. 5121-14-1 ou bénéficiant d'une autorisation d'importation parallèle en application de l'article L. 5124-13 ou faisant l'objet d'une distribution parallèle au sens de l'article L. 5124-13-2 sont limités, dans les conditions propres à ces médicaments fixées par le décret mentionné à l'article L. 162-17 du code de la sécurité sociale, aux produits agréés dont la liste est établie par arrêté des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale. Cette liste précise les seules indications thérapeutiques ouvrant droit à la prise en charge des médicaments. (…) ». Aux termes de l’article L. 5121-8 de ce code : « Toute spécialité pharmaceutique ou tout autre médicament fabriqué industriellement ou selon une méthode dans laquelle intervient un processus industriel ainsi que tout générateur, trousse ou précurseur qui ne fait pas l'objet d'une autorisation de mise sur le marché délivrée par l'Union européenne en application du règlement (CE) n° 726/2004 du Parlement européen et du Conseil, du 31 mars 2004, établissant des procédures communautaires pour l'autorisation et la surveillance en ce qui concerne les médicaments à usage humain et à usage vétérinaire, et instituant une Agence européenne des médicaments doit faire l'objet, avant sa mise sur le marché ou sa distribution à titre gratuit, d'une autorisation de mise sur le marché délivrée par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. L'autorisation peut être assortie de conditions appropriées, notamment l'obligation de réaliser des études de sécurité ou d'efficacité post-autorisation. (…) ». L’article L. 5121-9-1 de ce code dispose que « Lorsqu'un médicament est autorisé dans un autre Etat membre de l'Union européenne ou un Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen mais qu'il ne fait l'objet en France ni de l'autorisation de mise sur le marché prévue à l'article L. 5121-8, ni d'une demande en cours d'instruction en vue d'une telle autorisation, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé peut, pour des raisons de santé publique justifiées, autoriser la mise sur le marché de ce médicament. L'autorisation peut être délivrée pour une durée déterminée et renouvelée dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. » et l’article L. 5121-13 que : « Ne sont pas soumis à l'autorisation de mise sur le marché prévue à l'article L. 5121-8, les médicaments homéopathiques qui satisfont à toutes les conditions énumérées ci-dessous : (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 5121-14-1 dudit code : « Ne sont pas soumis à l'autorisation de mise sur le marché les médicaments traditionnels à base de plantes qui remplissent les critères suivants : (…) ».


8. Ainsi qu’indiqué au point 4, le centre hospitalier de Narbonne a refusé la prise en charge gratuite du médicament sollicité par Mme A... au motif que le médicament en cause n’est pas et ne sera pas agréé aux collectivités, qu’il n’est pas dans le livret de la pharmacie à usage intérieur de l’établissement hospitalier et qu’il ne figure pas dans le stock de médicaments de la pharmacie de l’hôpital.


9. Il est constant que Mme A... est agent titulaire de la fonction publique hospitalière et qu’elle est en poste au centre hospitalier de Narbonne. Il est aussi constant qu’elle dispose d’une prescription médicale établie par un praticien hospitalier exerçant au sein de cet établissement, que le médicament dont elle a demandé la gratuité est destiné à son usage personnel et qu’elle justifie que ce produit n’est pris en charge ni par la sécurité sociale, ni par sa mutuelle. Néanmoins, si la requérante remplit les conditions pour se voir accorder le bénéfice de la gratuité du médicament demandé, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la base de données publique des médicaments du ministère de la santé produite par le centre hospitalier de Narbonne, que le médicament en cause, dénommé Saxenda, qui a fait l’objet d’une autorisation de mise sur le marché du 23 mars 2015, n’était pas, à la date des décisions attaquées, agréé aux collectivités publiques, ce qui induit, conformément aux dispositions de l’article L. 5123-2 du code de la santé publique rappelées au point 7, que le centre hospitalier de Narbonne ne peut, ni l'acheter, ni le fournir, ni le prendre en charge, ni l’utiliser. Par ailleurs, si deux autres spécialités, le Victoza et le Xultophy, contenant la même substance active que le Saxenda, sont agréées aux collectivités, il ne ressort pas des pièces du dossier que le centre hospitalier de Narbonne pourrait, même avec l’accord de Mme A..., substituer l’un de ces médicaments à celui qui lui a été prescrit, dès lors qu’il ressort de la base de données publique des médicaments que le Saxenda n’appartient à aucun groupe générique. Dans ces conditions, en refusant à Mme A..., la prise en charge gratuite de ce médicament, le centre hospitalier de Narbonne n’a, ni commis d’erreur de droit, ni entaché ses décisions d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 722-1 du code général de la fonction publique.


10. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme A....


Sur les conclusions à fin d’injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation, n’appelle aucune mesure d’exécution. Les conclusions à fin d’injonction présentées à ce titre doivent donc être rejetées.


Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de Narbonne qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d’une somme au titre des frais exposés par Mme A... et non compris dans les dépens.

13. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A... le versement au centre hospitalier de Narbonne d’une quelconque somme sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :



Article 1er : L’intervention du syndicat départemental CFDT Santé-Sociaux 11 est admise.

Article 2 : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier de Narbonne présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., au centre hospitalier de Narbonne et au syndicat départemental CFDT Santé-Sociaux 11.


Délibéré après l’audience du 5 décembre 2025 où siégeaient :
- M. Gayrard, président,
- Mme Pater, première conseillère,
- Mme Bourjade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 décembre 2025.


La rapporteure,




A. Bourjade




Le président,




J.P. GayardLe greffier,



S. Sangaré


La République mande et ordonne à la ministre de la Santé, des Familles, C... et des Personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 15 décembre 2025.
Le greffier,


S. Sangaré

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