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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304453

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304453

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAUDARD MELANIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet et 9 août 2023, Mme A C épouse B, représentée par Me Baudard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure car la commission du titre de séjour devait être consultée en application des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où sa situation relève des dispositions de l'article L. 435-1 et de celles de l'article L. 423- 23 de ce code ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle a été prise en violation des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juin 2023.

Par un mémoire, enregistré le 8 septembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Viallet a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse B, ressortissante albanaise née le 28 mai 1970, déclare être entrée en France le 27 juin 2016 accompagnée de son époux et de ses deux enfants. Leur demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 27 avril 2017 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 novembre 2017. Le 19 février 2018, la requérante, son époux et ses deux enfants ont fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, décision confirmée par le tribunal administratif de Montpellier le 4 mai 2018 et par la cour administrative d'appel de Marseille le 17 octobre 2018, mesure qu'elle ne justifie pas avoir exécutée. Le 16 février 2023, Mme C a déposé une demande d'admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par sa requête, Mme C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le préfet retrace le parcours en France de Mme C, ainsi que sa situation personnelle, familiale et professionnelle. En outre, et contrairement à ce que soutient l'intéressée, le préfet a exposé avec précision les motifs le conduisant à refuser son admission exceptionnelle au séjour, " eu égard à l'ensemble des pièces du dossier et notamment à la durée, aux conditions de séjour en France, de la situation administrative de son époux, de sa fille et de la majorité de ses liens familiaux présents à l'étranger et alors même qu'elle justifie d'une ancienneté de travail ". Dans ces conditions, et alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressée et de sa famille, le préfet a suffisamment exposé les motifs fondant sa décision de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui déclare être entrée en France le 27 juin 2016 s'y est maintenue irrégulièrement en dépit d'une décision de rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA le 27 avril 2017 confirmée par la CNDA le 28 novembre 2017 et d'une décision du 19 février 2018 lui faisant obligation de quitter le territoire. Si elle se prévaut de la présence en France de son époux, de sa fille née en 1998 chez laquelle elle réside et de son fils né en 1996, il ressort des pièces du dossier que seul ce dernier séjourne régulièrement sur le territoire, de sorte que son époux et sa fille n'ont pas vocation à y demeurer. En outre, elle n'est pas dépourvue de toutes attaches en Albanie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 46 ans et où résident sa mère et sa fratrie. Par ailleurs, ainsi que le fait valoir le préfet, la circonstance que Mme C présente un contrat de travail à durée déterminée à compter du 6 avril 2021 puis à durée indéterminée à compter du 5 juillet 2021 en qualité d'employée polyvalente à temps partiel au sein d'un restaurant de type fast-food, sans disposer d'une autorisation de travailler, ne démontre pas l'intégration socio-économique de l'intéressée, eu égard notamment à la faiblesse de ses revenus de 348 euros mensuels. Dans ces conditions, les attaches de Mme C en France ne peuvent être regardées comme suffisamment anciennes, intenses et stables, et la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été dit au point 4 que Mme C n'établit pas qu'elle aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, ce alors qu'elle n'est pas dépourvue de tous liens dans son pays d'origine et que rien ne s'oppose à ce que son mari et sa fille puissent l'accompagner. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

8. Il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été dit au point 4 que Mme C ne justifie d'aucun élément susceptible de caractériser un motif humanitaire ou exceptionnel d'admission au séjour au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de l'erreur manifeste commis par le préfet dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

10. En sixième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement toutes les conditions prévues à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser la délivrance du titre de séjour sollicité et non de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

11. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

12. Ainsi qu'il vient d'être dit au point 4, Mme C ne remplit pas les conditions lui permettant de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, Mme C ne peut se prévaloir d'une durée de présence sur le territoire supérieure à dix ans dès lors qu'elle déclare y être entrée le 27 juin 2016. Par suite, le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission du titre de séjour doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation du refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

15. En deuxième lieu, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. En prononçant l'obligation de quitter le territoire français, le préfet n'était pas tenu de reprendre les motifs pour lesquels il a refusé le titre de séjour et a rappelé les dispositions législatives qui l'autorisent à assortir ce refus d'une obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4, 6 et 9 que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ne peuvent être accueillies.

DECIDE:

Article 1er : La requête de Mme C épouse B, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, au préfet de l'Hérault et à Me Baudard.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 novembre 2023.

Le greffier,

F. Balicki

N° 234453fb

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