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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304512

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304512

vendredi 25 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP D'AVOCATS VIGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 juillet et 22 août 2023, M. et Mme C B, représentés par Me Bonnet, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté PC 66196 23 A 0014 du 8 juin 2023 par lequel le maire de la commune de Sorède a délivré à M. F E et Mme D le permis de construire une maison d'habitation, un garage indépendant et une piscine sur la parcelle cadastrée AM 144 , jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité dudit permis ;

2°) de mettre à la charge de la commune une somme de 3000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent :

- justifier d'un intérêt à agir au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme en leur qualité de voisin immédiat de parcelle ;

Sur l'urgence :

- que les travaux ont débuté et sont déjà bien avancés ;

Sur le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

-le dossier de demande de permis de construire est incomplet :

. le projet architectural méconnait les dispositions de l'article R.431-9 alinéa 2 du code de l'urbanisme, le plan de masse n'indiquant pas l'emplacement des réseaux secs et humides, ne permettant pas de s'assurer qu'en application de l'article UB-11-09 du règlement " les coffrets de branchement des différents réseaux devront être encastrés dans les murs des constructions ou dans le volumes des clôtures ;

. le projet architectural méconnaît les dispositions de l'article R.431-10 c) du code de l'urbanisme, les documents graphiques relatifs à l'insertion paysagère et notamment la vue A en haut à gauche est très insuffisante, le projet apparaissant sans environnement immédiat en particulier les constructions environnantes ;

. le projet ne mentionne pas la présence d'un abri sur le terrain aujourd'hui démoli sans autorisation ;

. le projet ne comporte pas de description des plantations et arbres ou arbustes existants ;

-le projet méconnait l'article UB-7 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : les deux constructions prennent appui sur l'extérieur du mur de clôture mitoyen alors qu'elles auraient dû prendre appui sur la moitié du mur jusqu'à son axe correspondant à la limite séparative ;

-le projet méconnait l'article UB-9 du règlement du plan local d'urbanisme et du règlement de la zone rouge du plan de prévention des risques naturels prévisibles : l'emprise du garage dépasse de 40 cm l'emprise au sol maximale fixée à 20 m2 ;

-le projet méconnait l'article UB-10 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur des annexes fixant à trois mètres la hauteur maximale pour les toits terrasse : selon le plan de coupe la hauteur est de trois mètres, selon le plan de masse, elle est de 3,20 m ;

- le projet méconnait l'article UB-11 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'aménagement des constructions :

. les dispositions de l'article UB-11 1 concernant l'unité d'aspect ne sont pas respectées compte tenu de la différence d'aspect de la toiture de la maison et de celle du garage ;

. les dispositions de l'article UB-11 6 relatives aux clôtures fixant la hauteur sur limites séparatives à 1,60 m ne sont pas respectées :

. s'agissant du mur plein de 4,18 m sur 3,11 m de haut ;

. s'agissant du portail à deux battants apparaissant sur le plan de masse et le plan des toitures d'une hauteur de 1,80 m ;

-le projet méconnait l'article UB-13 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux plantations concernant les aires de stationnement.

Par mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, la commune de Sorède, représentée par Me Vigo, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable :

. les requérants ne justifiant d'aucun titre leur donnant qualité et intérêt à agir en application des disposition des articles L.600-1-2 et L.600-1-3 et L.600-4 du code de l'urbanisme par l'absence de production d'un acte authentique ;

- ne démontrent pas l'atteinte aux conditions de jouissance de leur bien conformément aux dispositions de l'article L.600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens invoqués par M. et Mme B n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu

- la requête, enregistrée le 31 juillet 2023, sous le numéro 2304511 par laquelle M. et Mme B demandent l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pater, première conseillère, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 23 août 2023 :

- le rapport de Mme Pater, juge des référés,

- les observations de Me Bonnet représentant M. et Mme B ;

- et les observations de Me Vigo, représentant la commune de Sorède.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F E et Mme D ont déposé le 14 avril 2023 une demande de permis de construire une maison d'habitation deux faces, de plein pied, pour une surface de plancher de 101,5 m2, un garage indépendant et une piscine sur une parcelle cadastrée section AM 144 de la commune de Sorède. Par un arrêté PC 66196 23 A 0014 du 8 juin 2023 le maire de la commune de Sorède a délivré aux pétitionnaires le permis de construire. Par la présente requête, M. et Mme B, demandent au tribunal de suspendre l'exécution dudit permis jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. (). "

3. Il résulte de ces dispositions, qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B justifient, par les pièces produites, être propriétaires d'une maison à usage d'habitation disposant d'un étage sise sur la parcelle cadastrée section AM n° 145 soit jouxtant celle des pétitionnaires restée vierge bien que située en zone UB du PLU leur offrant une vue dégagée sur les montagnes et l'ensoleillement. Le projet situé en limite de propriété, proche en distance de leur habitation, prévu pratiquement au même niveau topographique que leur habitation et offrant à leur vue un pignon aveugle d'une hauteur de plus de 5 mètres, apparait ainsi susceptible, d'affecter directement les conditions de jouissance et d'occupation du bien des requérants.

5. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité et d'intérêt à agir, en ses deux branches, doit être écartée.

Sur les conclusions à fin de suspension :

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne l'urgence :

7. L'article L. 600-3 du code de l'urbanisme dispose que : " Un recours dirigé contre () un permis de construire, () ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () ".

8. Il n'est pas contesté en l'espèce que les travaux ont commencé et n'est pas allégué de circonstances particulières de nature à renverser la préemption d'urgence.

9. Dans ces conditions, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

10. En l'état de l'instruction, au vu des pièces produites au dossier, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles du code de l'urbanisme, R.431-9 alinéa 2, en ce qui concerne l'emplacement des réseaux secs et humides sur la parcelle AM 144, R.431-10 c, en ce qui concerne les constructions avoisinantes et les plantations, et des articles du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, UB-10, UB-11 6 clôtures, en ce qui concerne le mur plein de 3,11 m de haut et le portail, et UB-13, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté PC 66196 23 A 0014 pris par le maire de la commune de Sorède le 8 juin 2023 au bénéfice de M. E et M. D.

11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision.

12. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté PC 66196 23 A 0014 attaqué jusqu'au jugement de l'affaire au fond.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune une somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme B aux titre des frais exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

14. Les dispositions de cet article font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la commune sur le même fondement.

ORDONNE:

Article 1er : L'exécution de l'arrêté PC 66196 23 A 0014 est suspendue.

Article 2 : La commune de Sorède versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme C B, à la commune de Sorède et à M. F E et Mme A D.

Fait à Montpellier, le 25 août 2023.

La juge des référés,

B. Pater

La greffière,

C. ArceLa République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 août 2023.

La greffière,

C. Arce

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