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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304541

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304541

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoires, enregistrés les 1er août et 11 septembre et 10 octobre 2023, M. A C représenté par Me Ruffel demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 2 mai 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer la demande de titre de séjour de M. C dans un délai de deux mois et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Ruffel au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 en contrepartie d'une renonciation à la perception de la contribution de l'Etat.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence compte tenu d'une délégation de signature trop générale ;

- les décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- le refus de séjour est entaché d'un défaut d'examen réel et complet ;

- le préfet a méconnu son pouvoir de régularisation ;

- le préfet, qui a relevé que l'intéressé était défavorablement connu des services de police, aurait dû saisir le parquet et la police de demandes d'information ;

- le refus de séjour est entaché d'une erreur de droit au regard de la promesse d'embauche et de la demande d'autorisation de travail dont il s'est prévalu à l'appui de sa demande de titre de séjour ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 4 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté ;

- et les observations de Me Ruffel, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. C, ressortissant albanais né le 11 juin 1987 à Pogradec (Albanie), est entré en France en décembre 2016 accompagné de son épouse, le couple ayant un enfant né le 19 mars 2017 à Montpellier. Le requérant a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile le 25 janvier 2018. Le 27 février 2018 l'intéressé et son épouse ont déposé une demande de titre de séjour en qualité de parents d'enfant malade, rejetée par arrêté du 4 avril 2018 du préfet de l'Hérault annulé par le tribunal administratif de Montpellier par jugement du 9 juillet 2018 au motif que le préfet de l'Hérault n'avait pas pris en compte la demande de titre de séjour formulée par les intéressés au titre de l'état de santé de leur enfant. Le 16 octobre 2019, après avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet de l'Hérault a pris un nouvel arrêté à l'encontre de l'intéressé et de son épouse portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de renvoi, confirmé par ce tribunal par jugement du 16 juin 2020. Le 13 avril 2021, M. C a fait l'objet d'un troisième arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français d'un an, confirmé par jugement du 17 juin 2021 de ce tribunal. M. C a enfin présenté, le 6 décembre 2022 une demande de titre de séjour en qualité de salarié et au titre de sa vie privée et familiale que par arrêté attaqué en date du 2 mai 2023 le préfet de l'Hérault a rejeté, avec obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault. Par arrêté du 14 septembre 2022, régulièrement publié et produit en défense, M. B a reçu délégation du préfet, notamment pour signer en matière de police des étrangers. Ainsi, M. B a régulièrement reçu par cette délégation, qui n'est ni trop générale ni absolue, compétence pour signer les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet, qui n'est pas tenu de relever l'ensemble des circonstances propres à la situation personnelle de l'intéressé mais uniquement celles qui fondent utilement le sens de sa décision, n'a pas entaché sa décision d'un défaut de motivation en s'abstenant de faire référence à l'état de santé de l'enfant de M. C et à sa scolarisation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet a commis un défaut d'examen de la situation personnelle et familiale du requérant. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. Si l'arrêté mentionne aussi que l'intéressé est défavorablement connu des services de police pour conduite sans permis le 25 novembre 2019 et sans permis et assurance le 10 avril 2021, ce motif de refus est surabondant. Par suite, le préfet n'était pas tenu de demander des informations complémentaires à la police et au parquet sur ces faits.

6. Il est constant que M. C était démuni de visa long séjour. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet de l'Hérault a relevé que cette circonstance, en application de l'article L. 412-1 du code, faisait obstacle à la délivrance à l'intéressé d'un titre de séjour portant la mention " salarié " et qu'il n'était par suite pas tenu de statuer sur la demande d'autorisation de travail présentée. Et il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se soit cru tenu de refuser le titre de séjour du fait de l'absence de visa et ait ainsi méconnu son pouvoir de régularisation.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Si l'intéressé se prévaut de la durée de son séjour en France, il n'y a été admis qu'au titre de l'asile, qui lui a été refusé, et en raison de l'état de santé de son fils, qui ne nécessite pas son maintien en France. Il ressort des constats opérés au point 1 que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire malgré des arrêtés d'éloignement. Rien ne fait obstacle à ce que son épouse, également en situation irrégulière, et leur fils, l'accompagnent en Albanie, où l'enfant peut poursuivre sa scolarité. Par suite, et même si le requérant dispose d'une promesse d'embauche et si son fils a toujours vécu en France, c'est sans méconnaitre les articles cités au point précédent que le préfet a pris les décisions contestées.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant les décisions querellées.

10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Il résulte de ces stipulations que peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Eu égard aux constats qui précèdent, l'arrêté ne méconnaît pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

13. Il ressort des pièces du dossier et des termes mêmes de l'arrêté attaqué que l'autorité administrative a examiné la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. C en qualité de salarié en relevant qu'il ne justifiait pas, en présentant une promesse d'embauche émanant de la SAS Assurenet en date du 1er août 2022, pour un emploi de maçon dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet et une demande d'autorisation de travail en date du 23 août 2022, de motifs exceptionnels de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour. Ce faisant le préfet n'a pas méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles relatives aux articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent aussi être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023 à laquelle siégeaient

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 novembre 2023.

Le greffier,

F. Balickifb

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