jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2304631 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 août 2023, le 15 septembre 2023 et le 13 octobre 2023, ce dernier non communiqué, M. A B, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :
1°)d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 28 avril 2023 portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, à destination de l'Arménie ;
2°)d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, à défaut de procéder au réexamen de sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;
3°)de condamner l'Etat à payer la somme de 2 000 euros à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- l'arrêté a été pris selon une procédure irrégulière en l'absence de production de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de justification de la régularité de cet avis ;
- les décisions portent atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard de son état de santé ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 532-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il bénéficie d'un droit au séjour compte tenu de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale compte tenu de l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français dont il est excipé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une décision du 30 juin 2023 le président du bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. B l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,
- et les observations de Me Lambert, représentant M. B.
Une note en délibéré, enregistrée le 19 octobre 2023, complétée par une pièce le 7 novembre 2023, a été présentée pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant arménien né le 24 août 1974, déclare être entré régulièrement en France le 8 novembre 2022 accompagné de son épouse, ressortissante russe. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 12 avril 2023, qu'ils ont contestées devant la Cour nationale du droit d'asile le 5 juillet 2023. Parallèlement à leurs demandes d'asile, les époux B ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour au regard de leur état de santé. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine.
2. L'arrêté contesté, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'avis émis le 11 avril 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, est fondé sur la circonstance qu'aucune pièce versée au dossier ne permet de contredire l'avis exprimé par le collège des médecins qui estime que l'état de santé de l'intéressé ne nécessite pas son maintien sur le territoire dès lors qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son état d'origine et qu'il n'existe aucune contradiction patente au voyage. Dans ces conditions, et même si le préfet n'a pas fait état de la demande d'aide juridictionnelle formée par l'intéressé en vue de contester la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ni de la demande de titre de séjour formée par son épouse, toujours en cours d'instruction à la date de son arrêté, celui-ci est suffisamment motivé en droit et en fait. Par suite, et alors que la régularité formelle de l'acte ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été précédé d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 11 avril 2023, produit à l'instance par le préfet, revêtu de la signature des trois médecins composant ledit collège, qui mentionne le nom, distinct des précédents, du médecin rapporteur et mentionne la convocation de l'intéressé, réalisée. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure, qui n'a pas été précisé à la suite de la communication de cet avis, manque en fait et doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
5. Pour refuser à M. B le bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Hérault s'est fondé, notamment, sur l'avis émis le 11 avril 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aux termes duquel, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut néanmoins, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé et son état de santé lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Le préfet a estimé qu'aucune pièce versée au dossier ne permet de contredire cet avis.
6. Si les éléments médicaux produits par le requérant attestent de sa pathologie, des investigations et soins en cours, aucun de ceux-ci ne fait état d'une quelconque difficulté relative à la poursuite de sa prise en charge dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés des erreurs d'appréciation qui auraient été commises par le préfet au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont assortis au demeurant d'aucune précision quant à la disponibilité des soins dans son pays d'origine, ne peuvent qu'être écartés.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Il ressort des pièces du dossier que M. B ne séjourne en France que depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée et qu'il ne dispose plus du droit de se maintenir au titre de l'asile compte tenu du rejet de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. Ainsi qu'il l'a été dit au point 6, il ne peut se prévaloir d'un droit au séjour au regard de son état de santé. Enfin si le préfet de l'Hérault a informé son épouse qu'il envisageait de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de 9 mois compte tenu de son état de santé, cette circonstance, au demeurant postérieure à l'arrêté contesté, ne permet pas d'établir, compte tenu du caractère précaire de cette autorisation, qu'en refusant de l'admettre au séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet aurait porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et du but poursuivi par la mesure d'éloignement. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences des décisions sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 542-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ", cet article prévoit notamment que " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ". Il est constant que la demande d'asile de M. B a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 12 avril 2023. Dès lors que l'Arménie figure sur la liste des pays d'origine sûrs, il résulte des dispositions précitées qu'à la date de l'arrêté contesté, et même s'il avait entamé des démarches en vue de saisir la Cour nationale du droit d'asile, M. B ne disposait plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas des termes de l'arrêté que le préfet se serait cru lié par les conséquences de la décision de rejet de l'Office, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au droit au maintien du demandeur d'asile à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 28 avril 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Mazas.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
La rapporteure
M. Couégnat La présidente,
F. Corneloup
La greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 9 novembre 2023
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026