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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304684

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304684

mardi 14 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP VIAL-PECH DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2023, Mme A C, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une carte de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23, de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 26 septembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par la SCP Vial Pech De Laclause Escale Knoepffler Pirot Huot Joubes, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable car tardive et, à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 28 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Mme C et de Me diaz, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante albanaise née en 1991, déclare être entrée sur le territoire français le 23 novembre 2016 accompagnée de sa fille mineure. Sa demande d'asile, déposée le 18 janvier 2017, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 15 septembre 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 mars 2018. Le 5 mai 2022, Mme C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 30 mai 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine

3. Mme C déclare être entrée en France en 2016 avec sa fille mineure pour fuir son pays d'origine. Elle fait valoir qu'elle réside en France depuis cette date, que deux autres enfants sont nés sur le territoire national où ils sont tous scolarisés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la durée du séjour de Mme C résulte pour partie du délai d'instruction de sa demande d'asile, que l'intéressée s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire et que si elle se prévaut de sa bonne insertion sociale à travers son engagement comme bénévole au sein de diverses associations et son apprentissage du français, ces éléments ne permettent pas de considérer qu'elle aurait établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. En outre, elle n'établit pas que la scolarité de ses enfants ne pourrait se poursuivre dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses deux sœurs. Si Mme C se prévaut également de deux promesses d'embauche, il ressort des pièces du dossier que l'une est non datée et que l'autre établie le 19 juin 2023 est à l'édiction de l'arrêté litigieux. Ainsi, alors même que les sœurs de Mme C ne pourraient pas l'héberger il ne ressort pas des pièces du dossier que sa cellule familiale ne puisse se reconstituer en Albanie. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus de séjour et des buts poursuivis par la mesure d'éloignement pris à son encontre. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur la situation de l'intéressée doivent par suite être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

5. Si Mme C se prévaut de la durée de son séjour, de la scolarité de ses enfants et de la bonne intégration de sa famille, en raison notamment de son engagement en tant que bénévole dans diverses associations, elle ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour être admise au séjour à titre exceptionnel sur le fondement de cet article. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet devait l'admettre au séjour en application de cet article.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants mineurs seraient séparés de leur mère, ni qu'ils ne pourraient pas être soignés dans leur pays d'origine. Dès lors le refus de séjour ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de ses enfants et n'a donc pas été prononcée en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. En quatrième lieu, en l'absence d'illégalité entachant le refus de séjour, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale.

9. Enfin aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

10. Mme C, qui soutient être séparée de son époux, résidant en Italie, fait valoir qu'en cas de retour dans son pays, elle risque d'être ostracisée dans sa ville d'origine en raison des nombreux décès survenus dans sa famille et que les mères célibataires et divorcées rencontrent de nombreuses difficultés au quotidien en Albanie. Toutefois, elle ne produit au soutien de ses allégations aucun élément permettant de regarder comme établie la réalité des risques qu'elle pourrait effectivement et personnellement y encourir. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions présentées par Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 mai 2023 du préfet des Pyrénées-Orientales doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le préfet des Pyrénées-Orientales au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet des Pyrénées-Orientales au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Summerfield.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Denis Besle, président,

Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Marc Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

D. B

L'assesseure la plus ancienne,

D. Teuly-Desportes

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 novembre 2023,

La greffière,

C. Arce

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