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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304729

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304729

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHOSSEINI NASSAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 août 2023, M. D, représenté par Me Hosseini Nassab, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de dix jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il s'est vu délivrer la carte professionnelle " éducateur sportif ", sa conjointe est réfugiée par décision du 14 mai 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ;

- il méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article L. 422-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 30 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Hosseini Nassab, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant vénézuélien né en 1991, a sollicité le 30 novembre 2022 le renouvellement d'un titre de séjour étudiant. Par arrêté du 13 avril 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022.09. DRCL.0357 du 14 septembre 2022, le préfet de l'Hérault a accordé à M. F. P., secrétaire général de la préfecture de l'Hérault, une délégation à l'effet de signer, " tous actes, arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault () A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Cette délégation de signature habilitait ainsi M. A à signer l'arrêté portant refus de séjour, avec obligation de quitter le territoire français, pris à l'encontre de M. C. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte et satisfait ainsi aux exigences des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". L'article R. 5221-26 du code du travail précise que " l'étranger titulaire du titre de séjour () portant la mention " étudian "t est autorisé à exercer une activité salariée, à titre accessoire, dans la limite d'une durée annuelle de travail égale à 964 heures ". En vertu de l'article L. 432-9 du même code, la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 peut être retirée à l'étudiant étranger qui ne respecte pas la limite de 60 % de la durée de travail annuelle prévue au même article. Ces dispositions permettent au préfet, dans l'hypothèse où cette limite de 60 % n'est pas respectée par l'étudiant étranger, tant de retirer son titre de séjour que d'en refuser le renouvellement.

5. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que, pendant la période du 1er janvier au 31 décembre 2022, le nombre d'heures de travail effectuées par M. C, dans le cadre de l'exercice d'une activité professionnelle salariée, s'élevait à 1 052,85 heures. Ainsi le requérant n'a pas respecté la limite de la durée annuelle de travail fixée aux articles L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 5221-26 du code du travail. Dès lors, le préfet de l'Hérault pouvait légalement lui refuser le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", alors même qu'il poursuivait avec sérieux ses études et disposait de moyens d'existence suffisants. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France, le 22 septembre 2017, pour y suivre des études. Il ne peut dès lors se prévaloir de l'ancienneté de son séjour sur le territoire national, alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans au Venezuela. Le requérant, qui est célibataire et sans charge de famille, ne démontre pas par la seule production d'une attestation commune rédigée en mairie la réalité de la communauté de vie qu'il aurait avec une compatriote qui a obtenu le statut de réfugié en 2021 dès lors, notamment, qu'il n'établit pas l'existence d'une résidence commune avec celle-ci. S'il établit une certaine intégration sur le territoire national, notamment en raison de sa qualité d'entraineur de sportifs de haut niveau du Sambo en France, cette circonstance n'est pas compte tenu de ses conditions de séjour en France et en l'absence de démonstration de ce qu'il serait isolé dans son pays d'origine, à caractériser une atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vues desquels la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant a été prise.Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut, en tout état de cause, être accueilli.

8. En dernier lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". M. C ne peut utilement se prévaloir des risques que celle qu'il a désigné comme étant sa compagne, sa sœur et sa nièce encourraient au Venezuela, et qui ont été à l'origine de l'obtention en France du statut de réfugié, pour établir qu'il serait lui-même personnellement exposé à des risques inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine alors, au demeurant, qu'il n'a pas déposé de demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 13 avril 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D, au préfet de l'Hérault et à Me Hosseini Nassab.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Philippe Gayrard, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Brigitte Pater, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La rapporteure,

I. B

Le président,

J-Ph. GayrardLa greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er décembre 2023.

La greffière,

I. Laffargue

il

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