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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304738

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304738

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304738
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 11 août 2023, 27 septembre 2023 et 2 novembre 2023, M.A B, actuellement incarcéré au centre pénitentiaire de Béziers, représenté par Me Moulin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté n° 23.082 en date du 2 août 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant le délai de trois ans avec inscription d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault le réexamen de sa situation dans un délai de 8 jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de la somme de 2 000 euros à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête n'est pas tardive dès lors que la notification de l'arrêté contesté ne mentionne pas la possibilité de déposer un recours au greffe du centre de détention ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;

- porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est injustifiée et disproportionnée ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est disproportionnée dès lors qu'il est marié depuis 2016 avec une ressortissante française ; cette décision porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 27 septembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été présentée tardivement ;

- les moyens invoqués à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Par décision du 25 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousseau pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier-conseiller ;

- les observations de Me Moulin, avocate, représentant M. B, présent à l'audience ; elle conclut aux mêmes fins que la requête et mémoires par les mêmes moyens et soutient en outre que le droit d'être entendu de M. B a été méconnu.

- le préfet de l'Hérault, régulièrement convoqué, n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations orales du requérant en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 11 février 1992, qui déclare être entré en France au mois d'avril 2016, a été écroué le 18 février 2022 au centre pénitentiaire d'Albi et condamné le 17 mai 2022 par le tribunal judiciaire d'Albi à 24 mois d'emprisonnement pour des faits de transport non autorisé de stupéfiants, récidive, détention non autorisée de stupéfiants, récidive et acquisition non autorisée de stupéfiants, récidive et usage illicite de stupéfiants, récidive et offre ou cession non autorisée de stupéfiants. Par un arrêté du 2 août 2023 dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". La caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. B ayant été constatée le 3 août 2023, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet.

Sur la recevabilité de la requête :

3. Aux termes de l'article R. 776-1 du code de justice administrative : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles L. 241-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () 2° Les décisions relatives au délai de départ volontaire prévues aux articles L. 251-3 et L. 612-1 du même code ; 3° Les interdictions de retour sur le territoire français prévues aux articles L. 612-6 à L. 612-8 du même code et les interdictions de circulation sur le territoire français prévues à l'article L. 241-4 dudit code ; 4° Les décisions fixant le pays de renvoi prévues à l'article L. 721-4 du même code () ". Aux termes du II de l'article R. 776-2 du même code : " () Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ". Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. " Aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " () II. Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. () ". Aux termes de l'article R. 776-19 du même code : " Si, au moment de la notification d'une décision mentionnée à l'article R. 776-1, l'étranger est retenu par l'autorité administrative, sa requête peut valablement être déposée, dans le délai de recours contentieux, auprès de ladite autorité administrative. ".

4. Depuis l'entrée en vigueur des articles R. 776-19, R. 776-29 et R. 776-31 du code de justice administrative issus du décret n° 2016-1458 du 28 octobre 2016 pris pour l'application du titre II de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France, il incombe à l'administration de faire figurer, dans la notification, notamment, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai à un étranger retenu ou détenu, la possibilité de déposer sa requête dans le délai de recours contentieux auprès de l'administration chargée de la rétention ou du chef de l'établissement pénitentiaire. En cas de rétention ou de détention, lorsque l'étranger entend contester une décision prise sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour laquelle celui-ci a prévu un délai de recours bref, notamment lorsqu'il entend contester une décision portant obligation de quitter le territoire sans délai, la circonstance que sa requête ait été adressée, dans le délai de recours, à l'administration chargée de la rétention ou au chef d'établissement pénitentiaire fait obstacle à ce qu'elle soit regardée comme tardive, alors même qu'elle ne parviendrait au greffe du tribunal administratif qu'après l'expiration de ce délai de recours.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux du 2 août 2023 portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français a été notifié à M. B le 8 août 2023 à 15 heures, par voie administrative, alors que l'intéressé était incarcéré au centre pénitentiaire de Béziers. Si la notification de cet arrêté comporte, l'indication des voies et délais de recours ouverts contre cette décision, notamment la durée de ce délai, elle ne mentionne pas la possibilité pour le requérant de déposer une requête dans le délai de recours de quarante-huit heures auprès du chef de l'établissement pénitentiaire. Ainsi, en l'absence de cette mention destinée à garantir à M. B l'effectivité de son droit au recours, le délai de recours contentieux n'a pas été déclenché. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Hérault tirée de la tardiveté de la requête en peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".

7. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un ressortissant étranger, il doit s'assurer que la situation de l'intéressé n'entre dans aucun des cas listés à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; () " ;

9. Pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur les dispositions précitées des 2° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que d'une part, s'il a bénéficié d'un titre de séjour valide jusqu'au 26 février 2018 et qu'il a été titulaire d'un récépissé valide jusqu'au 7 novembre 2018, il n'en pas sollicité le renouvellement, se maintenant dès lors en situation irrégulière, d'autre part, sur le motif que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public compte tenu des condamnations pénales prononcées à son encontre le 20 mars 2018 par le tribunal judiciaire d'Albi, le 18 juin 2019 par la cour d'appel de Toulouse et le 3 mai 2021 par le tribunal judiciaire de Perpignan. Le préfet relève, dans son arrêté, que M. B ne justifie pas avoir établi le centre de ses liens privés et familiaux sur le territoire français. Toutefois, il ressort de l'ensemble des pièces produites du dossier ainsi que des débats tenus à l'audience que le requérant justifie d'une communauté de vie avec son épouse depuis leur mariage, le 4 novembre 2016, en produisant, un contrat de bail conclu le 6 décembre 2017, des avis d'imposition, de nombreuses factures d'électricité, des avis d'échéances et des quittances de loyers libellés au nom des époux, des courriers administratifs, un ordre de virement permanent de 50 euros par mois mis en place par son épouse depuis le mois de mars 2020 en sa faveur de son mari, deux attestations de son épouse datées des 22 juin et 31 octobre 2023 certifiant la régularité des échanges téléphoniques et épistolaires, ce que corroborent les multiples courriers échangés entre les époux faisant état notamment des visites au parloir. Ainsi, la communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage nonobstant la résidence séparée des époux résultant de l'incarcération de M. B. Dans ces conditions, en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Hérault a méconnu les dispositions précitées du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 août 2023 par laquelle le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celles des décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant le délai de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

12. En application de ces dispositions, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de l'Hérault, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant de la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle de M. B.

Article 2 : L'arrêté pris par le préfet de l'Hérault le 2 août 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de réexaminer la situation de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Moulin.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

M. Rousseau

Le greffier,

D. Martinier La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 novembre 2023

Le greffier,

D. Martinier

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