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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304792

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304792

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304792
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSOW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2023, M. C D, représenté par Me Youssouf Sow, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui renouveler un titre de séjour portant la mention " étudiant " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre le réexamen de sa demande de titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité entachant la décision de refus de séjour.

Par un mémoire, enregistré le 4 septembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Par ordonnance du 22 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 octobre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 7 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Souteyrand a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 5 février 1989, est entré sur le territoire français le 26 août 2013, muni d'un passeport ordinaire sur lequel été apposé un visa de long séjour de type D portant la mention " étudiant " délivré par le consulat général de France à Dakar valide jusqu'au 24 octobre 2014. Le préfet des Pyrénées-Orientales lui a ensuite délivré un titre de séjour mention " étudiant " valable du 26 octobre 2014 au 25 octobre 2016, régulièrement renouvelé jusqu'au 30 novembre 2022. Par l'arrêté du 29 mars 2023, dont

M. B demande l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé sa demande de renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales et par délégation, par M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2022353-0003 du 19 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 19 décembre 2022, accessible tant au juge qu'au public, sur le site internet de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. A à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'arrêté attaqué, d'une part, mentionne les textes sur lesquels il se fonde, et, d'autre part, comporte des motifs de fait, non stéréotypés, rappelant la situation administrative, personnelle et familiale du requérant. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté en tant qu'il manque en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ".

6. Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français pour la première fois en 2013 et s'est inscrit à deux reprises en première année de master " droit comparé " en raison d'un premier ajournement puis en deuxième année de ce même master. Après avoir été admis au titre des années universitaires 2014/2015 et 2015/2016, M. B est ajourné à deux reprises à l'obtention d'un certificat d'aptitude à la profession d'avocat (CAPA) au titre des années universitaires 2016/2017 et 2017/2018, puis, une troisième fois, au titre de l'année universitaire 2021/2022 à la suite à trois années d'études consacrées à la connaissance de la langue anglaise. En outre, M. B n'a transmis aucune justification de ses ajournements successifs. L'intéressé est désormais inscrit, selon l'attestation versée au dossier, en diplôme universitaire d'anglais niveau B2-2 à l'université de Perpignan au titre de l'année 2022/2023. S'il soutient que ce changement d'orientation est cohérent et complémentaire avec les formations poursuivies pendant les années universitaires précédentes, il ne le démontre aucunement en se bornant à soutenir que la maitrise de l'anglais est indispensable à la réalisation de son projet professionnel qui reste, par ailleurs, imprécis. Dans ces conditions, le préfet a pu estimer que le requérant n'établissait pas le caractère réel et sérieux de ses études en l'absence de progression universitaire avérée et effective. Par suite, en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ", le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 5. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, en conséquence, être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. Il appartient à l'administration, saisie d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

10. Si M. B se prévaut de sa qualité de salarié en parallèle de ses études, la signature d'un contrat de travail en qualité d'agent de sécurité d'une durée déterminée de 6 mois ne saurait constituer un motif d'admission exceptionnelle au regard des dispositions précitées. Par suite, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de l'intéressé ne relevait pas de l'admission au séjour à titre exceptionnel sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Les conclusions de M. B dirigées contre la décision de refus de séjour doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

12. La décision de refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale du fait de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Articles 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

E. Souteyrand

L'assesseure la plus ancienne,

Mme Bayada La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 16 novembre 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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