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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304844

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304844

mardi 22 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304844
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantCOULIBALY SOGNON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 et 21 août 2023, M. D A, représenté par Me Coulibaly, demande au tribunal :

1°) avant-dire droit que son dossier soit mis à disposition par la préfecture ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté attaqué avait compétence pour ce faire ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Goursaud pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller,

- et les observations orales de Me Coulibaly, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 27 juillet 1998, demande l'annulation de l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre le requérant à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions tendant à la production par le préfet de l'entier dossier :

3. Dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté, il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté 14 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 20 avril 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales donné délégation à M. B C, adjoint au directeur de la citoyenneté et de la migration, à l'effet de signer toutes décisions relatives aux attributions de cette direction en l'absence ou en l'empêchement de certaines autorités, dont il n'est pas établi qu'elles n'étaient pas absentes ou empêchées lors de la signature des décisions contestées. En outre, il ne résulte d'aucun texte que la mention de l'absence ou de l'empêchement de ces derniers aurait dû figurer dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon les termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

6. L'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle et au parcours migratoire de M. A sur lesquelles le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ".

8. Si le requérant soutient qu'il a déposé une demande de titre de séjour en Italie et verse au débat un récépissé de dépôt en date du 6 avril 2023, il ressort toutefois des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a consulté le centre de coopération policière et douanière de Vintimille qui lui a indiqué que M. A n'était pas titulaire d'un titre de séjour en Italie et qu'il faisait l'objet d'une fiche de signalement " non admission ou éloignement ". Au demeurant le récépissé produit indique expressément qu'il ne se substitue pas à un titre de séjour. Dans ces conditions, M. A, qui n'établit pas avoir été admis à entrer ou à séjourner sur le territoire italien, n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de sa situation. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

10. M. A a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il entre ainsi dans le cas prévu à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lequel le préfet assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction de retour ne soit pas édictée. En l'espèce, le requérant ne produit aucune pièce de nature à justifier l'existence de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées.

11. Par ailleurs, le requérant se maintient irrégulièrement en France où il déclare être entré récemment en 2021 et où il ne dispose d'aucune cellule familiale et ne justifie d'aucune adresse. En outre l'intéressé a fait l'objet de deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire français assortis d'une interdiction de retour édictés les 20 septembre 2021 et 5 mars 2022. Dans ces conditions, et alors même que sa présence ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas commis une erreur d'appréciation en l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée fixée à deux ans qui n'est pas disproportionnée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté litigieux du 18 août 2023 du préfet des Pyrénées-Orientales doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 août 2023.

Le magistrat désigné,

F. Goursaud

Le greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier le 22 août 2023.

Le greffier,

D. Martinier 00

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