vendredi 25 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2304860 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | CISSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 août 2023, M. A E, représenté par Me Cissé, avocat commis d'office, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour trois années ;
3°) d'ordonner au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Me Cissé en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen complet de sa situation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été signée par une autorité ne disposant pas de la compétence pour ce faire ;
- elle est irrégulière car fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
La requête présentée par M. E a été communiquée au préfet de l'Hérault qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bayada, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bayada, magistrate désignée,
- les observations de Me Cissé représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que le préfet n'établit pas la réalité de la menace à l'ordre public dès lors que la décision se réfère à des faits commis en 2011 et 2020, sans que les pièces de police n'en démontrent la réalité, qu'il n'a pas été poursuivi pour des faits de violences conjugale, qu'il est protégé contre l'éloignement dès lors qu'il est père de deux enfants français et que la durée de sa présence en France constitue une circonstance humanitaire faisant obstacle à ce que l'interdiction de retour soit prononcé à son encontre.
- les observations de M. E, assisté de M. D, interprète en langue arabe,
- le préfet de l'Hérault n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant tunisien né le 6 janvier 1989, demande l'annulation de l'arrêté du 19 août 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois années.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. Par un arrêté n°2023.05. DRCL.0175 du 3 mai 2023 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 62 le 4 mai 2023, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la préfecture, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme C B, sous-préfète directrice de cabinet du préfet de l'Hérault, une délégation à l'effet de signer " toutes décisions relatives à la police administrative instruites par les services de la direction des migrations et de l'intégration. Mme B était donc habilitée à signer les décisions d'obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour sur le territoire français, prises à l'encontre de M. E. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
5. En l'espèce, l'arrêté du 19 août 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et procède à une analyse suffisante de la situation personnelle et familiale de M. E, notamment la relation qu'il entretient avec une ressortissante française et qu'il est père de deux enfants dont il n'a pas la charge. Il vise, en outre, les articles L. 611-1, 2°, L. 612-2, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Alors que le préfet n'avait pas à préciser de manière exhaustive l'ensemble des éléments liés à la situation de M. E, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. E avant d'édicter la mesure d'éloignement attaquée.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ()".
8. Pour décider de l'éloignement de M. E, le préfet de l'Hérault a relevé d'une part que ce dernier, qui a déclaré être entré en France au cours de l'année 2010, ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français et d'autre part que l'intéressé est défavorablement connu des services de police pour des faits d'entrée et séjour irrégulier en France commis le 7 avril 2011, et des faits " d'extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou biens ", " violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours " et " arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivie d'une libération avant le 7e jour ", faits commis entre le 14 juillet et le 15 juillet 2020. Le requérant, sans contester le premier motif, fait valoir que son comportement ne représente aucune menace à l'ordre public dès lors que les faits relevés par la décision ne sont pas établis. Si les pièces produites par le préfet de l'Hérault n'établissent pas la matérialité des faits, opposés au requérant et qui auraient été commis en 2011 et 2020, il ressort cependant des motifs de l'arrêté attaqué, corroborés par les pièces du dossier, que M. E a été condamné, par jugement du tribunal judiciaire de Montpellier du 20 février 2022 à une peine d'emprisonnement de quatre mois pour des faits de " prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui " et d'" usage illicite de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants ". Par suite, le préfet de l'Hérault pouvait légalement relever que le comportement de M. E constituait une menace à l'ordre public et décider de l'éloigner sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'aile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Si M. E se prévaut d'une arrivée en France en 2010 et y avoir transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. E, qui s'est déclaré célibataire, indique entretenir une relation avec une ressortissante française, est père de deux enfants issus d'une précédente union et n'est pas isolé en Tunisie, pays dans lequel il indique lui-même avoir vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. M. E, qui ne justifie d'aucune démarche en vue de régulariser sa situation, a déjà fait l'objet, par un arrêté du préfet de l'Hérault du 5 mai 2022 d'une obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour de deux ans. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été dit, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné par jugement du tribunal judiciaire de Montpellier du 20 février 2022 à une peine d'emprisonnement de quatre mois pour des faits de " prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui " et d'" usage illicite de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants ". Enfin, si le requérant fait valoir qu'il est le père de deux enfants issus d'une précédente union, il ressort toutefois du procès-verbal d'audition qu'il a lui-même déclaré que ces deux enfants résident avec sa mère tandis qu'il n'établit pas contribuer effectivement à leur entretien et leur éducation. Dans ces conditions, en prenant l'obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Hérault, qui pouvait légalement décider de son éloignement au regard de sa situation familiale, n'a pas porté au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi par la mesure d'éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme non-fondé.
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
12. Ainsi qu'il l'a été dit aux points 8 et 9 du présent jugement, M. E ne justifie ni d'une présence ancienne sur le territoire national, ni de la réalité d'une vie privée et familiale alors qu'il n'est pas isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Il a précédemment fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2022, avec une première interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années et son comportement constitue, ainsi qu'il a été déjà été dit une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, l'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle justifie légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, qui n'est pas en l'espèce disproportionnée. En l'absence de circonstances humanitaires, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit donc être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 août 2023 du préfet de l'Hérault doivent être écartées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. E à fin d'injonction de réexamen de sa situation administrative ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de l'Hérault et à Me Cissé.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 août 2023.
La magistrate désignée,
A. BayadaLe greffier,
D. Martinier
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 29 août 2023
Le greffier,
D. Martinier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026