jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2305013 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SERGENT CHLOE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 août 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées le 10 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ; et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Sergent en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une insuffisance de motivation ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 9 de la Convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali dès lors qu'il poursuit avec sérieux des études et montre une progression cohérente ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de sa vie privée et familiale ;
- le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation au regard de l'admission exceptionnelle au séjour ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire, enregistré le 13 septembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 2 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes, signée à Bamako le 26 septembre 1994 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corneloup, vice-présidente.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 1er octobre 1991, est entré en France le 25 août 2015 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant. Une première carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant-élève " lui a été délivrée pour la période du 1er novembre 2016 au 31 octobre 2017 et renouvelée ensuite jusqu'au 14 octobre 2022. Le 6 août 2022, il sollicite le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 26 mai 2023, le préfet de l'Hérault refuse de renouveler le titre sollicité et lui fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par arrêté n° 2022353-0003 du 19 décembre 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté, qui vise les textes dont il est fait application, énonce, après avoir repris les éléments du parcours administratif et universitaire de l'intéressé, les motifs sur lesquels le préfet s'est fondé, tirés notamment du manque de progression effective dans les études poursuivies sans projet professionnel précis, pour conclure à une absence de caractère réel et sérieux des études suivies. Le préfet, en outre, fait état des éléments de faits relatifs à la situation familiale de M. A. Par suite, le requérant ne démontre pas que le préfet aurait insuffisamment examiné sa situation personnelle. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et du défaut d'examen de sa situation doivent donc être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-malienne du 26 septembre 1994 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. () Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. ". L'article 15 de la même convention stipule que : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par la législation de l'Etat d'accueil. ".
5. Pour l'application de ces stipulations, il appartient au préfet, saisi d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et leur caractère cohérent.
6. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir validé une licence et un master en droit, le requérant s'est inscrit, pour l'année 2020-2021, à un premier diplôme universitaire de langue européenne anglaise A1 et A2 à l'université de Perpignan et a été admis. Il s'est ensuite inscrit, pour l'année 2021-2022, à ce même diplôme de niveau B1 mais a été ajourné. Pour justifier l'absence de résultats, M. A ne produit toutefois aucun élément sur d'éventuelles difficultés rencontrées. S'il se borne, dans la présente instance, à invoquer son emploi et la naissance de son enfant comme freins à ses études, ces allégations restent floues et non probantes alors qu'il avait précédemment indiqué dans le cadre de l'instruction avoir été très malade le jour de l'examen. Enfin, le requérant n'apporte pas de précisions quant aux résultats obtenus au cours de l'année 2022-2023 après s'être réinscrit à ce même diplôme universitaire de niveau B1. Par ailleurs, alors même qu'il a obtenu deux diplômes en droit, son parcours démontre que depuis l'obtention de son master, le requérant ne présente plus que des inscriptions à des diplômes universitaires sanctionnant des enseignements en langue anglaise, de niveaux inférieurs au diplôme précédemment obtenu et ne constituant pas des diplômes nationaux reconnus par le ministère de l'Enseignement supérieur. Dans ces conditions, il ne justifie pas, au travers de son parcours universitaire récent de la progression dans ses études. Dans ces conditions, le préfet n'a commis ni une erreur d'appréciation ni une erreur de droit en estimant que M. A ne justifiait pas du caractère réel et sérieux des études poursuivies et a pu, pour ce motif, refuser de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". M. A fait valoir la durée de sa présence en France ainsi que sa vie maritale avec une compatriote avec laquelle il a eu un enfant né en France en juin 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'épouse du requérant, lequel n'avait jamais fait valoir cette relation à l'occasion de ses précédentes demandes de renouvellement, est en situation irrégulière en France depuis octobre 2011. Il ne peut utilement se prévaloir de la circonstance, postérieure à la décision contestée, qu'elle a déposé une demande d'asile, le 31 mai 2023. Dans ces conditions, M. A ne justifie pas d'une vie privée et familiale particulière en France laquelle ne saurait ressortir de la circonstance que son fils y est né de deux parents de nationalité malienne.
8. En tout état de cause, M. A ne démontre pas qu'il ne pourrait pas reconstituer sa cellule familiale au Mali, avec son épouse et son fils, dont ils ont tous la nationalité. Dans ces conditions, M. A ne justifie pas d'une vie privée et familiale particulière en France laquelle ne saurait ressortir de la circonstance que son fils y est né de deux parents de nationalité malienne.
9. En cinquième lieu, si M. A fait valoir qu'il réside en France depuis près de huit ans, que s'y trouvent également son épouse et son fils, qu'il a tissé de nombreux liens amicaux, qu'il est locataire de son logement, qu'il a toujours travaillé pendant ses études et qu'il justifie d'une promesse d'embauche, au demeurant postérieure à la décision attaquée, en qualité de manager adjoint en contrat à durée indéterminée à temps complet, l'ensemble de ces circonstances ne saurait constituer un motif exceptionnel d'admission au séjour. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation en refusant son admission exceptionnelle au séjour.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
11. La circonstance que M. A soit père d'un enfant né en France en 2022 ne permet pas de conclure que la décision en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant visé ci-dessus, eu égard à son très jeune âge et à la possibilité pour la cellule familiale de se reconstituer dans son pays d'origine.
12. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, il n'est pas établi que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
13. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre de l'arrêté du 26 mai 2023 refusant de renouveler son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, pris par le préfet des Pyrénées-Orientales. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, vice-présidente,
Mme Couégnat, première conseillère,
M. Huchot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La Présidente-rapporteure,
F. Corneloup
L'assesseure la plus ancienne,
M. Couégnat
La greffière
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 23 novembre 2023
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026