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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305031

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305031

mardi 5 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305031
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 août 2023, M. D B, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 29 août 2023 portant transfert d'un demandeur d'asile aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile et de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence dans le département de l'Hérault ;

3°) d'enjoindre à l'Etat français d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 500 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de remise aux autorités croates :

- elle est entachée d'une insuffisante motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des articles L. 571-1, L. 571-2 et L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 ;

- la décision de transfert l'expose à des risques de traitements inhumains et dégradants au sens de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de défaillances systémiques dans le traitement des demandes d'asile ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité entachant l'arrêté de remise aux autorités responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Couégnat, première conseillère, pour statuer en tant que magistrate désignée en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, magistrate désignée,

- et les observations de Me Lambert, représentant M. B, qui reprend les conclusions et moyens développés dans ses écritures,

- et les observations de M. B, assisté de M. A, interprète en langue patcho.

Une note en délibéré, enregistrée le 5 septembre 2023, a été présentée pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 20 avril 1998, entré irrégulièrement sur le territoire français en juin 2023, a sollicité le bénéfice de l'asile le 26 juin 2023. La comparaison des empreintes digitales a mis en évidence que l'intéressé avait précédemment sollicité l'asile auprès des autorités croates. Saisies d'une demande de reprise en charge, les autorités croates l'ont acceptée le 17 juillet 2023. Par deux arrêtés du 29 août 2023, le préfet de région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne a décidé, d'une part, de transférer l'intéressé aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile et, d'autre part, de l'assigner à résidence pour une durée de 45 jours, renouvelable. M. B demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté portant transfert aux autorités croates :

3. En application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

4. L'arrêté contesté vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, et notamment ses articles 7-2 et suivants, 18 et 26. Il mentionne les conditions d'entrée en France de M. B et la procédure suivie pour le dépôt et le traitement de sa demande d'asile. Il mentionne que le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait introduit une demande d'asile en Croatie le 10 juin 2023 et que la Croatie pouvait s'avérer être l'Etat membre responsable de l'examen de la demande en application de l'article 3.2 du règlement (UE) n°604/2013 et que les autorités croates, saisies le 3 juillet 2023 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18-1-b du règlement (UE) n°604/2013, ont fait connaître leur accord explicite le 17 juillet 2023. Contrairement à ce qui est soutenu le préfet a fait état des déclarations de maltraitance formulées par l'intéressé lors de son entretien individuel et mentionne qu'aucun document probant n'a été produit à l'appui de ses observations. L'arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est donc suffisamment motivé, sans qu'il puisse être utilement reproché au préfet de n'avoir pas mentionné les motifs de non recours à l'application de l'article 17 du règlement n°604/2013.

5. Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 571-2 du même code : " Il est procédé à une évaluation de la vulnérabilité des demandeurs mentionnés à l'article L. 571-1, selon les modalités prévues au chapitre II du titre II, afin de déterminer leurs besoins particuliers en matière d'accueil. "

6. M. B ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision de transfert en litige, d'une méconnaissance des dispositions précités de l'article L. 571-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ont pour seul objet de déterminer les besoins d'accueil des personnes dont la demande d'asile relève de la compétence d'un autre État que l'autorité administrative entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dans l'attente d'une éventuelle décision de transfert, et dont la méconnaissance demeure sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Ainsi, si le requérant fait valoir qu'il a déclaré avoir été maltraité et soutient que la décision contestée ne mentionne pas qu'il aurait été examiné par un médecin de l'OFII suite à ses déclarations une telle circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté portant transfert aux autorités croates. Le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L. 571-1, L. 571-2 et L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En outre, en se bornant à soutenir que les éléments relatifs à la procédure de saisine des autorités croates et à leur acceptation ne sont pas produits, le requérant, qui n'a pas précisé son moyen à la suite de la communication du mémoire en défense produisant ces éléments, n'établit pas en quoi la procédure prévue par les stipulations de l'article 21 du règlement UE n°604/2013 aurait été méconnue. Ce moyen doit donc être écarté.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En application de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable/ () ". En vertu de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ".

9. Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

10. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsqu'un État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre l'intéressé soit susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.

11. M. B fait état de manière générale des mauvaises conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Croatie, pays toutefois présumé ne pas présenter de défaillances systémiques au sens de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, sans établir qu'il sera personnellement exposé à ce que sa demande d'asile ne soit pas traitée conformément aux règlements communautaires par les autorités croates. Il ne produit aucun élément tendant à établir les maltraitances qu'il a indiqué avoir subies lors de son passage en Croatie. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant présenterait des circonstances particulières qui justifieraient l'examen de sa demande d'asile sous l'égide de la France. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision ordonnant son transfert vers la Croatie méconnaitrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni que le préfet, dont il ne ressort ni des termes de la décision ni des pièces du dossier qu'il n'aurait pas procédé à un examen réel de la situation du demandeur, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

12. Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. "

13. L'arrêté portant assignation à résidence de M. B vise, notamment, les articles L. 732-3, L. 732-7, L. 732-8, L. 741-10, L. 751-1 à L. 751-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que le requérant fait l'objet d'une décision de transfert dont l'exécution demeure une perspective raisonnable, eu égard à l'accord de transfert des autorités croates en date du 17 juillet 2023, que ladite mesure ne peut pas être exécutée immédiatement car elle ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant un délai de 48 heures conformément aux articles L.572-5 et 6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et compte tenu qu'il y a lieu de mettre en œuvre les mesures nécessaires à la préparation de l'éloignement de l'intéressé, que l'intéressé justifie actuellement d'une domiciliation postale dans le département de l'Hérault dans lequel il peut être assigné à résidence. L'arrêté attaqué qui n'est pas stéréotypé énonce ainsi avec suffisamment de précision les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement.

14. Il résulte des motifs énoncés aux points 3 à 11, que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision prononçant le transfert aux autorités croates de M. B doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 29 août 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Mazas.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé :

M. CouégnatLe greffier,

Signé :

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 septembre 2023

Le greffier,

D. Martinier

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