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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305045

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305045

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er septembre et 27 octobre 2023, Mme B C épouse A, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°)d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 7 juin 2023 portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux du 27 juin 2023 ;

2°)d'ordonner la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié ", subsidiairement, d'ordonner le réexamen de sa demande de titre de séjour et la délivrance, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°)de condamner l'Etat à payer la somme de 2 000 euros à son avocat au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur l'absence de visa de long séjour et l'irrégularité de son séjour, alors qu'il lui a délivré le 17 décembre 2021 un visa de régularisation de long séjour et qu'elle n'était pas en situation irrégulière jusqu'à la décision contestée ;

- l'arrêté a été pris en violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portent atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de ses enfants, en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2023, complété par des pièces le 2 novembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 2 août 2023 le président du bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme C épouse A l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- et les observations de Me Barbaroux, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A, ressortissante marocaine née le 4 mai 1988, déclare être entrée régulièrement en France le 9 novembre 2018 sous couvert d'un visa court séjour. Elle a obtenu, à partir du 2 mars 2022, une autorisation provisoire de séjour au regard de l'état de santé de son troisième enfant, né le 22 janvier 2019, qui a été renouvelée jusqu'au 2 juin 2023. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de cette autorisation provisoire de séjour et de l'admettre au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français, ensemble le rejet implicite opposé à son recours gracieux du 27 juin 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de renouvellement en qualité de parent d'enfant malade :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. "

3. Pour refuser de renouveler l'autorisation provisoire de séjour dont bénéficiait Mme A, le préfet de l'Hérault s'est fondé, notamment, sur l'avis émis le 12 décembre 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui estime que l'état de santé de son enfant ne nécessite pas son maintien sur le territoire dès lors qu'un défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il n'existe aucune contre-indication patente au voyage et la circonstance qu'aucune pièce versée au dossier ne permet de contredire cet avis. La requérante conteste l'évolution de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il ressort des pièces du dossier que la fillette présente un trouble du spectre de l'autisme associé à un retard global de développement. Si la requérante justifie du suivi dont l'enfant bénéficie, en orthophonie, psychomotricité et kinésithérapie, outre un accueil régulier en hôpital de jour et indique qu'elle est inscrite sur liste d'attente pour être prise en institut médico-éducatif, étant reconnue handicapée à plus de 80% depuis septembre 2022, aucun des certificats produits, notamment celui établi le 1er juin 2023 par le pédopsychiatre, même s'il préconise la poursuite des rééducations engagées, ne permet de considérer qu'en estimant que le défaut de prise en charge n'entraînerait pas des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Le moyen tiré de la violation des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

En ce qui concerne le refus de renouvellement avec changement de statut " vie privée et familiale " :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Il ressort des pièces du dossier que Mme A séjourne en France, avec son époux et leurs enfants, la dernière née sur le territoire, depuis leur arrivée en novembre 2018 et qu'ils s'y sont maintenus irrégulièrement à l'expiration de leur visa, avant d'obtenir des autorisations provisoires de séjour de décembre 2021 à mars 2023. Si elle justifie de la scolarisation des deux aînés depuis leur arrivée et de l'exercice d'une activité professionnelle pendant plus de deux ans, il ressort des pièces du dossier que son époux, qui a fait l'objet par arrêté du 12 juin 2023 d'un refus de titre de séjour assorti également d'une obligation de quitter le territoire français, est dans la même situation. Il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il existerait un obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Maroc, pays dont le couple est originaire et où Mme A a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, en refusant de l'admettre au séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus de séjour et du but poursuivi par la mesure d'éloignement.

5. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ainsi qu'il l'a été dit au point précédent, l'arrêté contesté n'implique aucune séparation de la requérante et de ses enfants et ne fait pas obstacle à la poursuite de la scolarité des aînés au Maroc. En outre, il n'est pas allégué que la prise en charge de la plus jeune des enfants ne pourrait être poursuivie au Maroc. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions contestées méconnaîtraient l'intérêt supérieur des enfants de la requérante. Le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit dès lors être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Si les ressortissants marocains ne sauraient utilement se prévaloir de ces dispositions en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", ils peuvent, en revanche, les invoquer à l'appui d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Si Mme A se prévaut de la durée de son séjour avec son époux, des activités professionnelles exercées, de la scolarité de ses deux aînés et du suivi pluridisciplinaire dont bénéficie son dernier enfant, il résulte de ce qui a été exposé aux points 4 et 5 que ces circonstances ne permettent pas de caractériser une considération humanitaire ou un motif exceptionnel de nature à justifier une régularisation de son séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de cet article doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne le refus de renouvellement avec changement de statut en " salarié " :

7. D'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum et qui ne relèvent pas de l'article 1er du présent accord, reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention salarié () ". En vertu de son article 9, les stipulations de cet accord " ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". La délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour portant la mention " salarié " prévu à l'article 3 de l'accord franco-marocain visé ci-dessus est notamment subordonnée, en vertu de l'article 9 de cet accord, à la production par l'intéressé du visa de long séjour mentionné à l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 436-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 412-1, préalablement à la délivrance d'un premier titre de séjour, l'étranger qui est entré en France sans être muni des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ou qui, âgé de plus de dix-huit ans, n'a pas, après l'expiration depuis son entrée en France d'un délai de trois mois ou d'un délai supérieur fixé par décret en Conseil d'Etat, été muni d'une carte de séjour, acquitte un droit de visa de régularisation d'un montant égal à 200 euros, dont 50 euros, non remboursables, sont perçus lors de la demande de titre. () Le visa mentionné au premier alinéa tient lieu du visa de long séjour prévu au dernier alinéa de l'article L. 312-2 si les conditions pour le demander sont réunies. ".

9. En l'espèce il ressort des termes de la décision que Mme A a sollicité le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade accompagné d'une demande de changement de statut (vie privée et familiale ou salarié) alors qu'elle était titulaire d'une autorisation provisoire de séjour en cours de validité dont la délivrance s'était accompagnée de celle d'un visa de régularisation valant visa de long séjour. Dans ces conditions, en refusant de statuer sur la demande d'autorisation de travail et de titre de séjour en qualité de salarié au motif de l'absence de présentation d'un visa de long séjour, le préfet de l'Hérault a commis une erreur de droit.

10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet de l'Hérault du 7 juin 2023 doit être annulé seulement en tant qu'il refuse de délivrer à Mme A un titre de séjour en qualité de salarié, ainsi que la décision de rejet implicite opposée à son recours gracieux. Cette annulation entraîne par voie de conséquence celle de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de l'Hérault procède au réexamen de renouvellement déposée par Mme A avec demande de changement de statut en " salarié ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Hérault d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de quelle que somme que ce soit au conseil de Mme A au titre de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 7 juin 2023, ensemble la décision de rejet implicite opposée à son recours gracieux, sont annulés en tant qu'ils refusent de délivrer à Mme A un titre de séjour en qualité de salarié et lui fait obligation de quitter le territoire français.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour en qualité de salarié déposée par Mme A, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 décembre 2023

La greffière,

A. Junon

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