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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305113

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305113

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantLAFON PORTES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 septembre 2023, M. A B, représenté par la SCP Lafon Portes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur les décisions de refus de séjour et d'éloignement :

- le préfet a commis une erreur de faits en estimant qu'il ne rapportait pas de preuve probante de sa présence continue sur le territoire en 2013, 2014 et 2017 et qu'il ne justifiait pas d'une résidence continue de dix années ;

- le préfet a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de l'ancienneté de son séjour et de son intégration sociale et professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 4 août 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à M. B, ressortissant marocain né en 1975, un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

3. M. B qui soutient, sans l'établir, être entré en France en août 2013, se prévaut d'une présence habituelle et continue sur le territoire de plus de dix ans. Bien que la motivation de la décision en litige puisse être entachée d'un défaut de clarté, voire d'une contradiction, il en ressort que le préfet a formellement conclu à une absence de justification d'une présence continue sur le territoire pour les années 2013, 2014 et 2017.

4. Si le requérant se prévaut d'attestations d'élection de domicile annuelles, celles-ci ne suffisent pas à établir sa présence sur le territoire, étant précisé qu'en l'espèce, l'ensemble des attestations versées au débat, qui se rapportent au plus tôt à la période du 15 octobre 2013 au 14 octobre 2014, ont été établies le 6 avril 2023. Quoi qu'il en soit aucune autre pièce n'est produite pour l'année 2013 et, notamment aucune pièce ne concerne la période antérieure au 15 octobre 2013. Pour l'année 2014, si le requérant établit avoir été hébergé et avoir travaillé dans la communauté Emmaüs à compter d'août 2014, à une adresse d'ailleurs distincte de celle où il a élu domicile, il ne justifie pas de sa présence en France durant la première moitié de l'année. Enfin, la seule circonstance qu'une attestation médicale lui ait été remise en mains propres le 3 janvier 2017 et qu'un médecin atteste lui donner des soins à sa demande, de façon " régulière " depuis janvier 2015, ne suffisent pas à justifier d'un séjour en France habituel en 2017. Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreurs de faits en opposant à M. B le défaut de séjour continu en France en 2013, 2014 et 2017.

5. Et, c'est donc sans commettre d'erreur de procédure qu'il a pu refuser de lui délivrer un titre de séjour sans saisir préalablement la commission du titre de séjour visée par les dispositions citées au point 2 du présent jugement.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si le requérant fait état de l'ancienneté de son séjour en France il résulte de ce qui précède qu'il ne l'établit pas alors qu'il ne justifie d'aucune intégration sociale. Par ailleurs, son intégration professionnelle, justifiée par 14 mois d'activité dans la communauté Emmaüs en 2014 / 2015 et deux promesses d'embauche établies en 2023 est limitée. Dans ces conditions, alors qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il a résidé la majeure partie de sa vie hors de France, notamment au Maroc, où réside l'ensemble de sa fratrie, c'est sans méconnaître les stipulations précitées que le préfet a pu prendre l'arrêté en litige.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B à l'encontre de l'arrêté du 4 août 2023 refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, pris par le préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B, au préfet de l'Hérault et à la SCP Lafon Portes.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 novembre 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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