vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2305188 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | FORUM REFUGIES - CENTRE DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE DE PERPIGNAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2023, M. B D demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre à la préfecture des Alpes-Maritimes de lui délivrer un récépissé, jusqu'à l'examen de sa demande de régularisation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à son conseil, sous réserve d'une renonciation expresse à l'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- elle est entachée d'une incompétence de son auteur à défaut de justifier d'une délégation spéciale et publiée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 27 octobre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.
Par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 16 octobre 2023, la demande d'aide juridictionnelle de M. D a été déclarée caduque.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant marocain né le 25 janvier 1986, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. " La demande d'aide juridictionnelle de M. D ayant été déclarée caduque par décision du 16 octobre 2023, il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
3. D'une part, par un arrêté n° PREF/SCPPAT/2023254-0003 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture spécial du 11 septembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à Mme A A. sous-préfète, directrice de cabinet, une délégation à l'effet de signer, lors des permanences et des astreintes qu'elle assure, ainsi qu'en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, " les arrêtés et décisions pris dans le cadre des procédures de refus de séjour, de mesures d'éloignement des étrangers ". Le préfet justifie en défense que Mme A était de permanence le dimanche 10 septembre 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
4. D'autre part, pour obliger M. D à quitter le territoire français, le préfet des Pyrénées Orientales s'est fondé sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en relevant que l'intéressé ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire national, dans la mesure où il ne démontrait pas être détenteur d'un passeport en cours de validité revêtu du visa obligatoire, ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. En l'espèce, le requérant, qui avait déclaré, lors de sa retenue administrative, le 10 septembre 2023, être célibataire sans enfant à charge et avoir quitté son pays d'origine, le Maroc en 2015, pour rejoindre Tunis, puis il aurait traversé de nombreux pays tels que la Grèce et l'Allemagne, sans apporter plus de précisions. En outre, il a effectué 3 mois d'emprisonnement pour être finalement libéré et faire l'objet d'un contrôle judiciaire, prononcé par ordonnance du parquet, le 27 juin 2022. Dès lors, M. D entrait dans les prévisions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent à l'autorité préfectorale de prononcer une mesure d'éloignement. Si le requérant se prévaut de la qualité de demandeur d'asile en Allemagne, les autorités allemandes ayant accepté sa prise en charge le 10 mars 2022 selon la procédure Dublin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est soustrait à ses obligations et a pris la fuite, ne donnant pas suite à sa requête d'asile qui était caduque à la date de la décision attaquée. Par suite, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a, ni commis d'erreur de droit, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation, en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :
5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
6. Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer, à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter sans délai le territoire français, une interdiction de retour et fixer sa durée de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie. Il ressort de ce qui a été dit au point 4 que M. D ne dispose d'aucun élément pour justifier la date de son arrivée en France et n'établit pas disposer d'attaches familiales ou d'une intégration particulière en France. Surtout, le préfet a pris en considération la menace à l'ordre public que représente la présence de M. D sur le territoire français, compte tenu du fait qu'il est défavorablement connu des services de police et de justice sous différentes identités, ayant d'ailleurs été libéré récemment, après un emprisonnement de 3 mois. Le préfet cite, sans que la matérialité de ces faits ne soit contestée puisqu'ils ressortent de la base de données du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), notamment des infractions pour vol en réunion dans un moyen de transport collectif, pour vol aggravé par le refus du conducteur du véhicule d'obtempérer, exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité et conduite d'un véhicule sans permis, ou encore, pour port sans motif légitime d'arme ou élément essentiel de catégorie C. Il a également été placé sous contrôle judiciaire, prononcé par ordonnance du parquet de Rennes du 27 juin 2022, et a fait l'objet d'un arrêté portant assignation à résidence, prononcé à son encontre par le préfet d'Ille-et-Vilaine le 25 janvier 2023, sans toutefois s'être présenté aux services de la police aux frontières dans le cadre de son obligation de pointage. Enfin, compte tenu de ce qui est jugé au point 4, en ce que sa demande d'asile avait expiré à la date de la décision attaquée, en fixant la durée de la mesure attaquée à 3 ans, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Philippe Gayrard, président,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
Mme Brigitte Pater, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.
Le président-rapporteur,
J-Ph. CL'assesseure la plus ancienne,
I. Pastor
La greffière,
I. Laffargue
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er décembre 2023.
La greffière,
I. Laffargueil
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026