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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305279

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305279

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305279
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2023, Mme B A, représenté par Me Bautes, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui fixer un rendez-vous afin de déposer son dossier de renouvellement de sa carte de résident dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance et sous astreinte si besoin ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance ;

4°) de condamner l'Etat à verser la somme de 1 800 euros à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sinon à elle-même en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence découle de ce que, depuis le 9 juin 2023, elle n'a pu obtenir de rendez-vous en préfecture pour déposer sa demande de renouvellement de sa carte de résident de longue durée CE malgré plusieurs essais sur la plateforme ANEF et malgré les courriels de son conseil des 28 août et 5 septembre 2023, que l'urgence est présumée lorsqu'il s'agit d'un renouvellement de titre de séjour eu égard aux pertes des droits s'y rattachant, notamment en lien avec sa situation de handicap, et que son titre vient à expiration le 17 septembre 2023 ;

- l'impossibilité de prendre rendez-vous avec la préfecture pour déposer sa demande de renouvellement de sa carte de résident de longue durée CE porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de circuler librement sur le territoire de l'Union Européenne et d'y mener sa vie privée et familiale, reconnus par la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des libertés publiques, et est illégale.

Par un mémoire, enregistré le 18 septembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête :

Il soutient que l'urgence n'est pas établie car il a adressé une convocation en préfecture pour le 18 septembre à 9h30 que l'intéressée n'a pas honoré.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montpellier a désigné M. Gayrard, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 18 septembre 2023 à 14 heures 30 :

- le rapport de M. Gayrard ;

- les observations de Me Bautés ;

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 26 novembre 1960 au Maroc, résidait régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident longue durée CE valable du 18 septembre 2013 au 17 septembre 2023. Par la présente requête, présentée sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, Mme A demande au juge des référés d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui fixer un rendez-vous afin de déposer son dossier de renouvellement de sa carte de résident et de lui octroyer une autorisation provisoire de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, ci-dessus visée dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans la présente affaire, eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

L'article L. 521-2 du code de justice administrative dispose que : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. D'une part, Mme A justifie qu'elle a vainement tenté d'obtenir un rendez-vous avec les services de la préfecture de l'Hérault depuis le 9 juin 2023 afin de déposer son dossier de renouvellement de sa carte de résident de longue durée CE, d'abord en utilisant le service de télé-procédure de la préfecture, puis par des courriels de son conseil des 28 août et 5 septembre 2023 et enfin en se rendant directement à la préfecture avec sa fille. Si le préfet fait valoir qu'une convocation a été adressée à la requérante le 5 septembre 2023 pour un rendez-vous le 18 septembre 2023 à 9:30, néanmoins il ne justifie pas de la notification régulière de cette convocation alors que la requérante a fait valoir lors de l'audience que l'adresse de messagerie mentionnée dans la convocation n'est pas le sien. Du fait de l'impossibilité de pouvoir déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour, la carte de résident de Mme A a donc expiré le 17 septembre 2023, la met dans une situation irrégulière au regard de son droit de séjour en France où elle réside régulièrement depuis 2001, et lui fait courir le risque de perdre de façon imminente différents droits, dont les aides versées en raison de sa situation de handicap. Dès lors, dans les conditions particulières de l'espèce, Mme A justifie de l'urgence s'attachant à ce que le juge des référés prenne une mesure déterminée dans un délai de quarante-huit heures.

5. D'autre part, le préfet ne conteste pas sérieusement que les obstacles mis pour que l'intéressée puisse déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour portent une atteinte manifestement illégale à son droit de circuler librement sur tout le territoire de l'Union Européenne ainsi qu'à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, il est enjoint au préfet de l'Hérault de fixer un rendez-vous à Mme A dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, sous réserve que son dossier soit complet, une autorisation provisoire de séjour à l'issue de ce rendez-vous.

Sur les frais du litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bautès, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera alors versée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéficie de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint de l'Hérault de fixer un rendez-vous à Mme A dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à l'issue de ce rendez-vous.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 800 euros à Me Bautès, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. A défaut d'admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette même somme sera versée à

Mme A.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au préfet de l'Hérault et à Me Bautes.

Fait à Montpellier, le 18 septembre 2023.

Le juge des référés,

JP. Gayrard

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 septembre 2023.

Le greffier,

D. Martinier

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