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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305335

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305335

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS TORDO & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 9 octobre 2023, M. C B, représenté par le cabinet d'avocats Tordo et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ; dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de la demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

Sur l'ensemble des décisions :

- l'arrêté est entaché d'une incompétence de son auteur à défaut de justifier d'une délégation spéciale et publiée ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet a commis une erreur de droit en rejetant la demande au regard de l'absence de visa long séjour, sans faire usage de son pouvoir général de régularisation ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles L. 611-3 alinéa 1 et L. 611-3 alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré sur le territoire français à l'âge de 11 ans et ne vit pas en état de polygamie ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est privée de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale ;

- la décision est formulée de manière ambigüe et est donc inapplicable.

Par un mémoire, enregistré le 20 octobre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il a abrogé, par arrêté du 19 octobre 2023, l'arrêté attaqué du 12 juillet 2023 s'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination et a maintenu un refus de titre de séjour à l'encontre du requérant ; qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par lettre du 20 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être en partie fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et de la décision fixant le pays de destination présentées par M. B sont devenues sans objet, compte tenu des nouvelles décisions prises par le préfet de l'Hérault dans son arrêté du 19 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corneloup, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 31 décembre 2003, est entré en France le 26 juillet 2015 muni d'un visa court séjour valable du 2 juillet 2015 au 28 décembre 2015. Il a présenté, le 16 janvier 2023, une demande de titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale et en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 12 juillet 2023, le préfet de l'Hérault a opposé un refus à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, le préfet l'Hérault a pris, le 19 octobre 2023, un nouvel arrêté par lequel il a abrogé l'arrêté contesté du 12 juillet 2023 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français et a rejeté, de nouveau, la demande de titre de séjour présentée par M. B. Dès lors que ce nouvel arrêté a eu pour effet d'abroger l'obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté en litige, qui n'a reçu aucune exécution, les conclusions présentées par M. B à l'encontre de cette décision, et de celle fixant le pays de renvoi, sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer. En revanche, la décision de refus de titre de séjour prise par le préfet le 19 octobre 2023 n'a pas privé d'objet les conclusions de la requête dirigées contre cette décision. Dès lors, le requérant doit être regardé comme demandant l'annulation de ce second arrêté du 19 octobre 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision contestée est signée, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2023 05-DRCL-0174 du 3 mai 2023 régulièrement publié, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. A à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, pour refuser l'admission au séjour de M. B, le préfet de l'Hérault, qui n'est pas tenu de rappeler l'ensemble des circonstances de fait mais uniquement les motifs qui constituent le fondement de sa décision, a visé les textes applicables et fait mention des éléments de la situation de l'intéressé qui en constituaient la motivation. Il a ainsi relaté les conditions d'entrée sur le territoire de M. B, la situation familiale de l'intéressé, les éléments présentés à l'appui de la demande de titre de séjour relatifs à sa qualité d'étudiant parmi lesquels l'absence de visa de long séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". [] ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises [] ".

6. Si M. B produit une inscription en première année de licence de mathématiques et informatique appliquées au sein de l'université de Montpellier au titre de l'année 2022-2023, il est toutefois démuni d'un visa long séjour délivré par les autorités françaises. Dès lors, il ne remplit pas les conditions de délivrance du certificat de résidence, prévues au titre III du protocole à l'accord franco-algérien. Le préfet, qui a refusé d'instruire la demande de titre de séjour présentée au motif que l'intéressé ne disposait pas de visa long séjour à la date de sa demande de titre de séjour, n'a pas, par suite, entaché sa décision d'une erreur de droit.

7. En outre, il ressort des termes de la décision qu'en rejetant sa demande, le préfet a procédé à un examen approfondi de la situation de l'intéressé. Ce faisant, le préfet a nécessairement écarté la possibilité de l'admettre au séjour dans le cadre de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel, sans commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ou méconnaître l'étendue de sa compétence.

8. En quatrième lieu, si la circulaire en date du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur a pour objet de rappeler et préciser, aux autorités chargées de la police des étrangers, les conditions d'examen et les critères permettant d'apprécier les demandes d'admission au séjour des ressortissants étrangers en situation irrégulière, le requérant ne peut se prévaloir utilement de cette circulaire, qui est dépourvue de caractère réglementaire. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen réel et complet de la situation de M. B et de l'erreur manifeste d'appréciation des éléments caractérisant sa situation au regard des dispositions de ladite circulaire doivent être écartés.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Si M. B se prévaut de huit années de présence sur le territoire français et de la présence de sa mère et de ses sœurs également domiciliées en France, il résulte de l'instruction que sa mère a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire le 12 novembre 2019 par le préfet de l'Aube et que l'une de ses sœurs se maintient également en situation irrégulière sur le territoire. Agé de 19 ans, célibataire et sans charge de famille, il ne démontre pas être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine où la cellule familiale pourrait se reconstituer. En outre, M. B ne produit aucune attestation ou pièce permettant de démontrer qu'il aurait fixé l'essentiel de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français durant ses huit années de présence. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il s'est prononcé. Il n'a, par suite, nullement méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de l'Hérault et au cabinet d'avocats Tordo et Associés.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La Présidente-rapporteure,

F. Corneloup

L'assesseure la plus ancienne,

S. Crampe

La greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 décembre 2023

La greffière,

A. Junon

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