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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305380

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305380

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL VALETTE-BERTHELSEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 septembre 2023 et le 5 octobre 2023, M. E A, M. B G et Mme F C, représentés par Me Valette-Berthelsen, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° PC 034 342 23 M0005 du 25 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Viols-en-Laval a refusé de délivrer à Mme C un permis de construire pour la construction d'une maison individuelle avec piscine, garage et atelier sur des parcelles cadastrées section nos A461, A459, A458, A456, A454 et A354 sur un terrain situé Chemin de Peyres Canes ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Viols-en-Laval de délivrer ce permis de construire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Viols-en-Laval une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'une promesse de vente sous condition suspensive d'obtention d'un permis de construire purgé de tout recours avant le 30 juin 2023 puis avant le 31 décembre 2023 a été consentie ;

- le refus opposé à M. G et Mme C les contraint à se loger temporairement et les place dans une situation financière qui les contraindra à se dégager de la vente si l'arrêté n'était pas suspendu avant la fin de l'année 2023 ; ils se trouveront dans l'incapacité d'acquérir un autre bien dès lors qu'ils seraient tenus de verser une indemnité d'immobilisation à M. A après la réalisation de la condition suspensive qui assortit la promesse de vente ; la promesse de vente qu'ils produisent a été prorogée jusqu'au 30 décembre 2023 ;

- M. A est propriétaire du terrain d'assiette et se trouve dans une situation financière difficile qui rend impératif la conclusion de la vente à laquelle est subordonnée la réalisation du projet ; il a dû engager des frais afin de viabiliser son lot et sa vente a déjà été retardée par le recours introduit contre l'arrêté de déclaration préalable du lot à détacher ;

Sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

- l'arrêté est insuffisamment motivé au regard de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme dès lors qu'aucun élément de fait relatif aux caractéristiques du projet ou du secteur ne vient étayer l'existence d'un risque pour la sécurité publique ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors que le projet est situé en zone urbanisée peu vulnérable aux incendies de forêt et non en zone vulnérable au feu de forêt ;

- il est entaché d'erreur de droit pour méconnaître l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ; le porter à connaissance feu de forêt 2021 du département de l'Hérault pose un principe d'inconstructibilité en zone d'aléa fort excepté en densification d'une zone urbanisée peu vulnérable au feu de forêt ; en tout état de cause si les règles de constructibilité posées par ce porter à connaissance ne sont pas opposables aux autorisations d'urbanisme dès lors que ce document ne constitue qu'un élément d'information, le projet est situé en zone peu vulnérable aux incendies de forêt ;

- la demande de substitution de motifs présentées par la commune de Viols-en-Laval ne peut prospérer dès lors que l'arrêté en litige est insuffisamment motivé et que le préfet commet une erreur de droit en estimant que le projet est situé en dehors des parties urbanisées de la commune ; la commune et le préfet avaient d'ailleurs indiqué à l'occasion du contentieux contre la déclaration préalable obtenue par M. A que le terrain d'assiette était situé dans une partie urbanisée de la commune en application de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 30 septembre et 6 octobre 2023, la commune de Viols-en-Laval, représentée par Me Pourret, conclut au rejet de la requête et la mise à la charge solidaire de M. A, de M. G et de Mme C d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de juste administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas constituée ; aucune promesse de vente assortie d'une condition suspensive qui n'a pas été stipulée dans l'intérêt exclusive des acquéreurs n'est produite ; M. G et Mme C n'établissent pas la précarité de la situation dans laquelle il se trouvent ; la délivrance d'une décision de non-opposition à déclaration préalable en vue de la division du terrain ne préjuge pas de la délivrance du futur permis de construire sur le lot à bâtir ; la situation financière invoquée par M. A n'est pas imputable à la seule exécution de la décision en litige ;

- aucun des moyens n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision ;

- à titre subsidiaire, elle invoque une substitution de motif tirée de ce que le maire s'est trouvé en situation de compétence liée dès lors que le préfet de l'Hérault a rendu un avis conforme défavorable sur le projet situé en dehors des parties urbanisées de la commune au sens de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.

Vu :

- la requête enregistrée le 24 juillet 2023 sous le n° 2304362 par laquelle M. A, M. G et Mme C ont demandé l'annulation de la décision de refus en date du 25 mai 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 6 octobre 2023 à 10 heures :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;

- les observations de Me Fürstenheim, représentant M. A, M. G et Mme C, en présence de M. A et de Mme C , qui reprend ses écritures par les mêmes moyens ; elle ajoute que le vendeur et les acquéreurs ont présenté la requête ensemble et justifient de l'urgence puisque la vente du terrain est conditionnée à la constructibilité du terrain en cause ; les requérants soutiennent en outre que la déclaration préalable a créé des droits quant au caractère déjà urbanisé du secteur dans lequel se situe la construction en litige et que l'avis conforme défavorable du préfet est illégal en ce que le projet est situé dans les parties actuellement urbanisées de la commune ;

- les observations de Me Pourret, représentant la commune de Viols-en-Laval qui reprend ses écritures par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire des parcelles cadastrées section nos A461, A459, A458, A456, A454 et A354, situées Chemin de Peyres Canes et issues d'une division d'un terrain en vue de bâtir à laquelle le maire de la commune de Viols-en-Laval ne s'est pas opposé selon une décision tacite du 17 octobre 2020. Mme C, qui se porte acquéreur avec M. G de ces parcelles, a déposé le 26 janvier 2023 une demande de permis de construire auprès des services de la commune de Viols-en-Laval pour la construction d'une maison individuelle avec piscine, garage et atelier. Par un arrêté n° PC 034 342 23 M0005 du 25 mai 2023 le maire de cette commune a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. Par la présente requête, M. A, Mme C et M. G demandent au juge des référés la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, vendeur de la parcelle support du projet faisant l'objet du refus de permis de construire en litige justifie avoir des difficultés financières sérieuses. Mme C et M. G, futurs acquéreurs de ladite parcelle, justifient avoir vendu leur résidence principale et de leur intention d'acheter ladite parcelle. Les requérants produisent à cet effet la promesse de vente signée le 22 novembre 2022 prévoyant comme conditions suspensives particulières l'obtention d'un permis de construire express purgé de tous recours avant le 30 juin 2023 avec pour objet de construire une maison à usage d'habitation en bois bioclimatique de plain pied avec garage et piscine d'une superficie habitable d'environ 200 m². Par avenant du 26 juin 2023, la promesse de vente a été consentie pour une durée expirant le 31 décembre 2023. Dans ces conditions, nonobstant le délai de quatre mois écoulé depuis le refus de permis de construire le 25 mai 2023 et la date d'introduction de la requête en référé, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme au motif que le projet serait situé dans une zone vulnérable au feu de forêt sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

S'agissant de la demande de substitution de motifs :

6. L'administration peut faire valoir devant le juge des référés que la décision dont il lui est demandé de suspendre l'exécution, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge des référés, après avoir mis à même l'auteur de la demande, dans des conditions adaptées à l'urgence qui caractérise la procédure de référé, de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher s'il ressort à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que ce motif est susceptible de fonder légalement la décision et que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative et à condition que la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué, le juge des référés peut procéder à cette substitution pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension qui lui est demandée.

7. Dans son mémoire en défense, la commune de Viols-en-Laval sollicite une substitution de motif, arguant que le maire était en situation de compétence liée du fait de l'avis conforme défavorable du préfet du 5 mai 2023 en application de l'article L. 442-5 du code de l'urbanisme et dont elle n'a eu connaissance qu'après l'édiction de son refus de permis de construire du 25 mai 2023. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'avis conforme défavorable du préfet de l'Hérault en date du 5 mai 2023 est susceptible de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

8. Il résulte de ce qui précède que la demande de substitution de motif de la commune de Viols-el-Laval ne peut être accueillie.

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état du dossier, d'entraîner la suspension de l'arrêté attaqué.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté n° PC 034 342 23 M0005 du 25 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Viols-en-Laval a refusé de délivrer à Mme C un permis de construire pour la construction d'une maison individuelle avec piscine, garage et atelier sur des parcelles cadastrées section nos A461, A459, A458, A456, A454 et A354 sur un terrain situé Chemin de Peyres Canes.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Lorsque le juge suspend un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncé dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision ainsi suspendue interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de l'ordonnance y fait obstacle. La décision de l'administration prise en exécution de cette injonction ne revêt toutefois qu'un caractère provisoire dans l'attente du jugement à intervenir sur la requête tendant à l'annulation de l'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable en cause.

12. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision suspendue interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de la présente ordonnance y ferait obstacle. Par suite, il doit être enjoint à la commune de Viols-en-Laval, par une décision qui revêtira un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation de la décision attaquée, de délivrer l'autorisation demandée par Mme C dans le délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, M. G et Mme C qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la commune de Viols-en-Laval et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Viols-en-Laval une somme à verser aux requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution de l'arrêté n° PC 034 342 23 M0005 du 25 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Viols-en-Laval a refusé de délivrer à Mme C un permis de construire est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Viols-en-Laval de délivrer, à titre provisoire dans l'attente du jugement de la requête au fond, le permis de construire sollicité par Mme C dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à E A, M. B G et Mme F C et à la commune de Viols-en-Laval.

Fait à Montpellier, le 10 octobre 2023.

La juge des référés,

F. Corneloup

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 octobre 2023

La greffière,

M. D

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