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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305389

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305389

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationmagistrat LAFAY
Avocat requérantCHAHINIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2023, et des mémoires complémentaires enregistrés le 27 décembre 2023 et le 8 novembre 2024, M. B C, représenté par Me Chahinian, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande de logement dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation du département de l'Hérault de procéder à un réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 € par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans a mesure où il remplit les conditions pour que le caractère prioritaire et urgent de sa demande soit reconnu au regard de la sur-occupation du logement, dont la constatation suffit, et de sa bonne foi qui résulte de sa recherche de solution de relogement et de l'erreur à la hausse de la superficie du logement lorsqu'il y est entré, imputable au bailleur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par une décision du 3 juin 2024, M. C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Lafay, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lafay,

- les observations de Me Chahinian pour M. C,

- les observations de Mme A, représentant le préfet de l'Hérault,

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a saisi le 16 novembre 2022, la commission de médiation du département de l'Hérault afin que sa demande de logement social soit reconnue comme prioritaire et urgente en faisant état de la sur-occupation de son logement actuel avec enfant mineur à charge. Par un courrier du 3 mars 2023, la commission a demandé des pièces complémentaires qui lui ont été adressées le 16 mars suivant. Par une décision du 4 avril 2023, la commission a rejeté sa demande. Par une seconde décision du 4 juillet 2023, prise sur recours gracieux du 30 mai 2023, la commission a reconnu que le logement T3 de 50 m² occupé par le requérant et ses quatre enfants était en situation de sur-occupation au regard de la norme de 52 m² pour 5 personnes, mais a rejeté la demande aux motifs, d'une part que par un courrier en date du 06/12/2022, la Caisse d'Allocation Familiale - CAF- lui a accordé une dérogation aux conditions de peuplement pour la période du 01/08/2022 au 31/07/2024, ce qui lui laisse une période de 24 mois pour effectuer les démarches afin de solutionner son problème de logement, d'autre part qu'il n'a pas justifié de démarches préalables effectuées pour résoudre son problème de logement et que la commission de médiation n'a pas pu apprécier l'échec de la procédure de droit commun. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation :

" II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y'a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ". Aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ". Aux termes de l'article R. 844-2 du même code : " Si un logement devient surpeuplé par suite d'une naissance ou de la prise en charge d'un enfant, d'un ascendant ou d'un collatéral de deuxième ou troisième degré, les allocations sont maintenues, à titre dérogatoire, pendant une durée de deux ans. Cette dérogation peut être prolongé, sur décision de l'organisme payeur, dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 844-1, par période de deux ans renouvelable, après enquête sociale et au vu d'une attestation motivée du préfet certifiant que l'allocataire ne peut être logé conformément aux dispositions fixées à l'article R. 822-25 () ".

3. Il résulte des dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article L. 441-1-4-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

4. D'une part, il est constant que M. C vit avec ses quatre enfants mineurs et son épouse dans un appartement de 50 m² et occupe un logement sur-occupé au sens des dispositions précitées qui prévoient une surface habitable de 52 m² pour un foyer de 6 personnes, ce qu'a d'ailleurs reconnu la commission de médiation dans la décision attaquée. Cependant, en opposant au requérant la circonstance qu'il aurait obtenu, de la part de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault, une dérogation lui permettant de continuer à bénéficier du versement de l'aide personnalisée au logement, la commission de médiation a ajouté une condition non prévue par la loi et, par suite, entaché sa décision d'une erreur de droit. Au demeurant, la dérogation prévue par les dispositions précitées n'a ni pour objet ni pour effet de priver le demandeur de logement locatif social de la possibilité de voir sa demande reconnue comme prioritaire et devant être satisfaite en urgence dans le cadre de la législation relative au droit au logement opposable.

5. D'autre part, la commission a rejeté le recours gracieux de M. C, par une décision en date du 4 juillet 2023, en se fondant sur la circonstance qu'il n'avait pas justifié de démarches préalables effectuées pour résoudre son problème de logement, et que dans ces conditions, la commission de médiation ne pouvait apprécier l'échec de la procédure de droit commun. En opposant ainsi implicitement le délai prévu par l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, alors que ce texte prévoit que la commission " peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés (), s'il a au moins un enfant mineur, () et que le requérant et sa famille se trouvent dans cette situation, la commission a entaché sa décision d'une erreur de droit.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 juillet 2023 de la commission de médiation de l'Hérault.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

8. Le présent jugement implique nécessairement, pour son exécution, que la commission de médiation de l'Hérault procède au réexamen de la demande de M. C. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de saisir la commission de médiation afin qu'elle procède à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requête présentée au titre de l'article 37 et 75 de la loi susvisée du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a refusé de reconnaître le caractère prioritaire de la demande de logement de M. C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de saisir la commission de médiation afin qu'elle procède au réexamen de la demande de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la ministre du logement et de la rénovation urbaine et à Me Chahinian.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

L.-N. Lafay La greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 novembre 2024.

La greffière,

L. Rocher

lr

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