jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2305491 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | MOULIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Moulin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou étudiant, à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 440 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation en droit car elle ne vise pas l'article de l'accord franco-algérien dont il est fait application ;
- le préfet a commis un vice de procédure en exigeant la production d'un contrat de travail alors que l'arrêté du 30 avril 2021 fixant la liste des pièces exigées pour la délivrance d'un titre ne le prévoit pas ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure car il est mentionné qu'il est défavorablement connu des services de police sans précision sur l'origine de l'information ou les suites apportées ;
- le préfet n'a pas examiné la demande de M. B au regard de l'article 7b de l'accord franco-algérien et n'a pas procédé à un examen complet de sa situation pour apprécier l'opportunité d'une régularisation de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur de droit en n'examinant pas la possibilité de régulariser son séjour ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ancienneté de son séjour, du décès de ses parents dans son pays d'origine et de son expérience professionnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 18 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,
- et les observations de Me Moulin, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 1987, déclare être entré en France le 2 mars 2018 muni d'un visa court séjour. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 novembre 2018, confirmée ensuite par la Cour nationale du droit d'asile le 25 juillet 2019. Sa demande de réexamen a également fait l'objet d'un rejet définitif. Le 16 octobre 2019 il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour de quatre mois. Le 21 mai 2021, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an est pris à son encontre. Enfin, par arrêté du 21 juin 2023 le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un certificat de résidence et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de ce dernier arrêté.
2. En premier lieu, si le préfet a visé l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 sans préciser les articles dont il a fait application, cette omission n'est pas de nature à caractériser un défaut de motivation de la décision dans la mesure où il a visé les dispositions du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a aussi fait application et qu'il a mentionné ne pas être tenu de statuer sur la demande d'autorisation de travail présentée par l'intéressé faute pour ce dernier d'être pourvu d'un visa de long séjour. M. B était donc en mesure, au vu des considérations de droit et de faits développés par le préfet, de contester utilement la décision qui lui était opposée. Le moyen tiré du défaut de motivation en droit de l'arrêté en litige doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 stipule : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".
4. Les dispositions précitées prévoient expressément que l'intéressé doit présenter un contrat de travail afin de pouvoir bénéficier d'une autorisation de travail et le contrôle exercé par le préfet sur les demandes d'autorisation de travail, sur le fondement des dispositions des articles R. 5221-17 et suivants du code du travail, s'effectue en fonction d'un emploi et d'un contrat spécifiquement identifié.
5. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que les dispositions de l'arrêté du 30 avril 2021 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour, n'exigent pas la production d'un contrat de travail pour obtenir une admission exceptionnelle au séjour, il ressort des pièces du dossier qu'il ne s'agissait pas du fondement de la demande présentée par M. B et que l'examen auquel procédait le préfet portait alors sur sa demande tendant à se voir délivrer un titre de séjour en sa qualité de salarié. En tout état de cause, alors que le requérant a produit des bulletins de paie provenant de différents employeurs, le préfet pouvait valablement s'interroger sur les conditions effectives de travail de l'intéressé afin d'apprécier la possibilité d'une régularisation de son séjour.
6. Dès lors, le préfet n'a pas vicié la procédure en litige en soulignant que M. B présentait des bulletins de paie mais pas de contrat de travail.
7. En troisième lieu, le préfet a précisé que l'intéressé est connu des services de police pour des faits de violation de domicile le 20 mai 2021. La seule circonstance qu'il n'ait pas précisé l'origine de cette information ou les suites données à ce fait ne suffisent pas à entacher la décision d'un vice de procédure. En tout état de cause, il ressort des mentions de l'arrêté du 21 mai 2021 portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'intéressé qu'il a été pris après que M. B ait été interpellé alors qu'il cambriolait un domicile. Alors, d'une part, que le requérant n'apporte aucun élément tendant à remettre en cause la matérialité de ces faits et, d'autre part, que le préfet n'a pas entendu lui opposer la menace à l'ordre public que son comportement serait susceptible de constituer, il n'établit pas que le préfet aurait commis un vice de procédure en se référant à ce fait pour apprécier son intégration sur le territoire.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ". Aucune stipulation de l'accord franco-algérien ni aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, saisi par un étranger déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d'un visa de long séjour, d'examiner la demande d'autorisation de travail ou de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance du certificat de résidence.
9. Par ailleurs, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Il est toutefois loisible au préfet d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition du code. Il lui est aussi possible, exerçant le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant un titre de séjour, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle. En revanche, lorsque le préfet, statuant sur la demande de titre de séjour, examine d'office si l'étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement, tous les motifs de rejet de la demande, y compris donc les motifs se prononçant sur les fondements examinés d'office par le préfet, peuvent être utilement contestés devant le juge de l'excès de pouvoir.
10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que pour refuser le titre de séjour sollicité par M. B en qualité de salarié le préfet lui a régulièrement opposé le défaut d'un visa long séjour. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de M. B ni commis d'erreur de droit en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article 7b) de l'accord franco-algérien.
11. D'autre part, si le requérant soutient que le préfet aurait commis une erreur de droit en s'abstenant d'étudier si sa situation pouvait faire l'objet d'une régularisation il n'a pas présenté de demande en ce sens et son moyen doit donc être écarté.
12. Néanmoins, après avoir mentionné les éléments relatifs au séjour de l'intéressé sur le territoire français et à son activité professionnelle, le préfet a souligné que M. B était célibataire, sans charge de famille, et qu'il ne démontrait pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. A supposer que les parents M. B soient effectivement décédés, bien que les certificats de décès versés au débat ne permettent pas d'établir le lien de parenté existant avec le requérant, cette seule circonstance ne permet pas de conclure qu'il aurait établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Enfin, si le requérant fait valoir une activité professionnelle de près de 16 mois, il ressort des pièces du dossier que son parcours professionnel n'est ni stable ni cohérent et alors qu'il a exercé plusieurs emplois, il ne justifie pas, ainsi qu'il l'allègue pourtant, que son activité professionnelle porterait sur un métier en tension. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant ne peut qu'être écarté et c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation qu'il a pu refuser de régulariser sa situation.
13. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B à l'encontre de l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a enjoint de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Moulin.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
Mme Adrienne Bayada, première conseillère,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 14 décembre 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026