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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305583

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305583

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantSERGENT CHLOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 1er octobre 2023 et

5 novembre 2023 , M. A C, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une période de six mois;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui fixer un rendez-vous pour remise du dossier de protection contre l'éloignement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de l'arrêté attaqué n'a pas justifié de sa compétence ;

- cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le droit d'être entendu a été méconnu et le principe du contradictoire a été violé ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction du territoire est entachée d'erreur de droit.

Par un mémoire enregistré le 27 octobre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 30 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République démocratique et populaire algérienne relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du président du tribunal désignant M. Choplin, président honoraire inscrit sur la liste prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les recours dont le présent tribunal est saisi en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Choplin.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 1987, est entré sur le territoire français en juillet 2019. Le requérant a présenté une demande d'asile qui a été rejetée, le 11 octobre 2019, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis, le 30 janvier 2020, par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 10 juillet 2020, M. C a fait l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par un arrêté du 28 septembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une période de six mois.

2. L'arrêté attaqué est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par

M. B D, sous-préfet de Prades. Par un arrêté du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. B D, sous-préfet de Prades, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. L'arrêté contesté, après avoir visé les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs aux interdictions de retour et aux assignations à résidence, mentionne que M. C se maintient de manière irrégulière sur le territoire depuis qu'il a fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, qu'il n'a pas exécuté cette mesure d'éloignement après l'expiration du délai de départ volontaire, qu'il ne justifie pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine et qu'il déclare ne pas vouloir se conformer à la mesure d'éloignement. De même cet arrêté précise que le requérant n'a pas exécuté la mesure d'éloignement et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. L'arrêté en cause comporte ainsi un énoncé suffisant des considérations de droit et fait qui le fondent et ne révèlent pas que le préfet se serait purement et simplement cru tenu de prendre cet arrêté. Par suite, les moyens tirés de son insuffisance de motivation et de l'erreur de droit doivent être écartés.

4. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet, qui a notamment examiné les conséquences d'une mesure d'éloignement à l'encontre du requérant au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale et examiné sa situation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait entaché ses décisions d'un défaut d'examen réel et complet de la situation de l'intéressé.

5. Le droit d'être entendu, notamment énoncé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et affirmé par un principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Une atteinte à ce droit garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu préalablement à l'édiction des mesures contestées, comme en témoigne le procès-verbal d'audition par les services de police lors de sa garde à vue, le 17 septembre 2023, lequel a été signé par l'intéressé. Le requérant a pu, à cette occasion, faire valoir ses observations concernant notamment sa situation administrative et personnelle, son parcours migratoire et l'éventualité d'une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite, eu égard à l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de ce que les décisions contestées auraient été prises en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu, tel que garantis par le droit de l'Union européenne, doit être écarté.

7. Il ressort de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas incompatibles avec la directive 2008/115/CE, que le législateur a entendu spécialement déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des interdictions de retour et des assignations à résidence. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de l'arrêté en litige.

8. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. C est entré en France en juillet 2019 à l'âge de 32 ans et a des attaches familiales en Algérie où vivent ses parents et sa fratrie. Si l'intéressé souffre d'une pathologie de l'articulation mandibulaire, d'une discopathie étagée cervicale et d'une hypogammaglobulinémie non reliée à un myélome et donc sans incidence majeure, il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins a estimé le 7 septembre 2022 que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que par jugement du 7 février 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté les conclusions en annulation du refus de séjour en date du 28 septembre 2022. Si M. C fait valoir que son état de santé s'est aggravé, il ne l'établit pas par les pièces produites. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an porterait à son droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle ou familiale du requérant et ne méconnait pas les dispositions susmentionnées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

13. Eu égard à ce qui a été indiqué au point 11 du présent jugement, l'assignation à résidence pour une période de six mois n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation et ne méconnait pas non plus l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 17 septembre 2023 doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fins d'injonction et de celles relatives aux frais liés au litige.

DECIDE:

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.

Lu en audience publique le 21 novembre 2023.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

D. ChoplinLe greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 21 novembre 2023,

Le greffier,

D. Martinier

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