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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305715

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305715

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 6 et 16 octobre 2023, Mme C B, épouse D, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile, ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de l'admettre en procédure d'asile normale et à défaut, de procéder au réexamen de sa demande d'admission en procédure d'asile normale ;

5°) condamner l'Etat aux entiers dépens ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :

- les pièces du dossier ne permettent pas de s'assurer qu'un entretien a été mené par un agent spécifiquement qualifié en vertu du droit national, dans le respect des obligations fixées par l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 en l'absence de toute possibilité de contrôler l'identité et la compétence de l'agent ayant mené l'entretien individuel ;

- l'absence de mention de l'identité de l'agent ayant mené l'entretien méconnaît l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il ne ressort pas de la décision querellée que le préfet a examiné l'opportunité de la mise en œuvre des clauses dérogatoires prévues par l'article 17 règlement (UE) n°604/2013 ; le préfet s'est cru en situation de compétence liée ; le préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de son dossier ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 faute pour lui d'avoir pris en compte la présence régulière sur le territoire français des membres de la famille, avant de décider de son transfert ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- le préfet n'est pas en situation de compétence liée pour prendre une mesure de contrainte telle qu'une assignation à résidence ;

- la situation des époux D ne justifiait pas une mesure d'assignation à résidence ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir :

- La requérante n'a pas fait l'objet d'un arrêté portant assignation à résidence ;

- que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

II. Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 6 et 16 octobre 2023, M. A D, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile, ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de l'admettre en procédure d'asile normale et à défaut, de procéder au réexamen de sa demande d'admission en procédure d'asile normale ;

5°) condamner l'Etat aux entiers dépens ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :

- les pièces du dossier ne permettent pas de s'assurer qu'un entretien a été mené par un agent spécifiquement qualifié en vertu du droit national, dans le respect des obligations fixées par l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 en l'absence de toute possibilité de contrôler l'identité et la compétence de l'agent ayant mené l'entretien individuel ;

- l'absence de mention de l'identité de l'agent ayant mené l'entretien méconnaît l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il ne ressort pas de la décision querellée que le préfet a examiné l'opportunité de la mise en œuvre des clauses dérogatoires prévues par l'article 17 règlement (UE) n°604/2013 ; le préfet s'est cru en situation de compétence liée ; le préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de son dossier ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 faute pour lui d'avoir pris en compte la présence régulière sur le territoire français de membres de la famille, avant de décider de son transfert ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- le préfet n'est pas en situation de compétence liée pour prendre une mesure de contrainte telle qu'une assignation à résidence ;

- la situation des époux D ne justifiait pas une mesure d'assignation à résidence ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir :

- La requérante n'a pas fait l'objet d'un arrêté portant assignation à résidence ;

- que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer en tant que juge désigné en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2023 à 15 heures :

- Le rapport de Mme Corneloup,

- Les observations de Me Rosé, représentant Mme B et M. D, qui reprend ses écritures par les mêmes moyens,

- Le préfet de l'Hérault n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, né le 23 novembre 1964, et son épouse, Mme C B, née le 1er juin 1970, tous deux de nationalité algérienne, sont entrés en France le 13 juillet 2023 et se sont présentés à la préfecture des Yvelines le 26 juillet 2023 pour déposer une demande d'asile. Par arrêtés du 4 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de remettre M. D et Mme B aux autorités espagnoles responsables de l'examen de leurs demandes d'asile. Par les présentes requêtes, M. D et Mme B demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2305714 et 2305715, qui concernent des personnes de la même famille, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par une même ordonnance.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". En l'espèce, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme B et M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Il est constant qu'aucun arrêté d'assignation à résidence n'a été pris à l'encontre de M. D et de Mme B. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation présentées contre des arrêtés portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. M. D et Mme B, ressortissants algériens, ont présenté une demande d'asile le 26 juillet 2023 auprès du préfet des Yvelines. Le relevé de leurs empreintes décadactylaires a révélé que les intéressés étaient connus des autorités espagnoles. Ces dernières autorités, saisies d'une demande de prise en charge du traitement de la demande d'asile sur le fondement du 12.2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont accepté leur responsabilité par un accord du 29 août 2023. Par un arrêté du 4 octobre 2023, le préfet de Haute-Garonne a, en conséquence, décidé le transfert de M. D et de Mme B aux autorités espagnoles pour l'examen de leurs demandes d'asile.

6. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'Etat membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. () ".

8. Ni ces dispositions, ni aucun principe n'imposent, contrairement à ce que soutiennent les requérants, que figure sur le compte rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien. Au surplus, aucun élément du dossier n'établit que l'entretien individuel dont ont bénéficié les intéressés le 26 juillet 2023, qui a été assuré par un agent de la préfecture des Yvelines, et qui est ainsi réputé qualifié en vertu du droit national au sens des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, n'aurait pas été mené par une personne qualifiée et dans des conditions qui n'en auraient pas garanti la confidentialité. Il ressort du compte rendu de cet entretien, signés par les intéressés, que les requérants, qui ont déclaré avoir compris l'ensemble des termes de l'échange, ont été interrogés sur leurs parcours migratoire, leurs démarches administratives sur le territoire européen, ainsi que sur leur situation familiale. Le point 6 du règlement précité précise que le résumé de l'entretien individuel mené avec le demandeur d'asile peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type, qui ne sauraient être regardés comme une correspondance au sens de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, l'agent qui établit ce résumé n'est pas tenu d'y faire figurer son prénom, son nom et sa qualité. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 et de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration doivent, en tout état de cause, être écartés.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de leurs demandes et se serait cru en situation de compétence liée, les arrêtés en litige précisant bien que l'ensemble des considérations de fait et de droit caractérisant la situation des intéressés ne relevaient pas des dérogations prévues par les articles 3.2, 17-1 ou 17.2 du règlement (UE) n° 604/2013.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement n° 604/2013, de faire droit à une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

11. Les requérants font valoir que résident en France une de leur fille et le frère de M. D. Toutefois, la circonstance que plusieurs membres de leur famille résident régulièrement en France n'est pas, par elle-même, de nature à démontrer que le préfet de Haute-Garonne aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de Haute-Garonne a décidé de leur transfert aux autorités espagnoles. Par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction qu'ils présentent seront rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande M. D et Mme B au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : M. D et Mme B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de leurs requêtes sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à M. A D et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La magistrate désignée,

F. Corneloup La greffière

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 octobre 2023

La greffière,

C. Touzet

N°2305714 - 2305715

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