jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2305725 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | SCP VIAL-PECH DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'obligation de quitter le territoire prononcée par le préfet des Pyrénées-Orientales le 30 novembre 2022 ;
3°) d'annuler les décisions d'assignation à résidence et d'interdiction de retour sur le territoire d'une durée de six mois prises par le préfet des Pyrénées-Orientales par arrêté du 5 octobre 2023 ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation avec une nouvelle saisine de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à son avocat au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision d'assignation à résidence :
- que la décision est entachée d'erreur de fait compte tenu de l'existence d'éléments nouveaux depuis l'obligation de quitter le territoire, au regard de l'aggravation de l'état de l'enfant ;
- qu'elle a un droit au séjour compte tenu des éléments nouveaux ;
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, l'intérêt de l'enfant constituant un motif humanitaire s'opposant à la mesure.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le jugement n° 2300057 du 31 mars 2023 du tribunal administratif de Montpellier en instance d'appel devant la cour administrative d'appel de D ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pater, première conseillère, en application de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater ;
- les observations de Me Summerfiels pour Mme A, qui reprend ses écritures et soulève le moyen nouveau tiré du caractère disproportionné de la mesure d'assignation à résidence compte tenu de l'impossibilité de se présenter aux services de police accompagnée de son enfant de santé fragile ;
- et les observations de Me Agier, représentant le préfet, qui reprend ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est née le 2 novembre 1985 à Koléa en Algérie, de nationalité algérienne. Elle est entrée en France le 14 octobre 2021 sous couvert de son passeport et d'un visa court séjour à entrées multiples valable du 14 octobre 2021 au 11 avril 2022 accompagnée de son fils mineur. Mme A a obtenu une autorisation provisoire de séjour du 11 janvier 2022 au 14 février 2022 afin que son fils puisse recevoir des soins. Le 28 février 2022, Mme A a sollicité son admission au séjour et la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de " parent accompagnant un enfant malade ". Par un arrêté du 30 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé sa demande et l'a oblige a quitter le territoire dans un délai de 30 jours. La requête en annulation déposée contre cet arrêté a été rejetée par le tribunal administratif de Montpellier par un jugement n°2300057 du 31 mars 2023. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de suspendre les effets de l'obligation de quitter le territoire prise par le préfet des Pyrénées-Orientales le 30 novembre 2022 et d'annuler l'arrété du 5 octobre 2023 pris par la même autorité prononçant une interdiction de retour de six mois et d'assignation à résidence.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991, " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie. () L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de ces dispositions.
Sur les conclusions en annulation et en suspension :
4. Aux termes de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° l'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ;() ". Aux termes des dispositions de l'article L.612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Aux termes de l'article R. 811-14 du même code : " Sauf dispositions particulières, le recours en appel n'a pas d'effet suspensif s'il n'en est autrement ordonné par le juge d'appel dans les conditions prévues par le présent titre ".
5. Par arrêté du 30 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté la demande de Mme A de bénéficier d'un titre de séjour " parents d'enfant malade " et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le jugement du tribunal de céant du 31 mars 2023 rejetant le recours en annulation de Mme A est exécutoire bien que frappé d'appel, en l'absence à ce jour d'une décision de la cour administrative d'appel en suspendant les effets. La requérante n'a pas exécuté l'arrêté du 30 novembre 2022 dans le délai de trente jours imparti. Dans ces conditions, elle pouvait, en application des dispositions précitées, faire l'objet d'une mesure d'interdiction de retour et faire l'objet d'une assignation à résidence.
5. Il appartient toutefois à l'administration de ne pas mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d'éloignement. Dans pareille hypothèse, l'étranger peut demander, sur le fondement de l'article L.614-1 et s du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au président du tribunal administratif l'annulation de cette décision d'assignation à résidence dans les quarante-huit heures suivant sa notification. S'il n'appartient pas à ce juge de connaître de conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, après que le tribunal administratif, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, il lui est loisible, le cas échéant, d'une part, de relever, dans sa décision, que l'intervention de nouvelles circonstances de fait ou de droit fait obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et impose à l'autorité administrative de réexaminer la situation administrative de l'étranger et, d'autre part, d'en tirer les conséquences en suspendant les effets de la décision devenue, en l'état, inexécutable.
6. Il ressort des pièces du dossier, que le fils de Mme A, pour lequel elle a levé le secret médical, souffre de la maladie rare d'Hirschsprung pan-colique, et a subi plusieurs interventions chirurgicales dans son pays d'origine. Afin de pratiquer le 19 octobre 2021 une operation complexe ne pouvant être exécutée en Algérie, Mme A a bénéficié d'un visa puis d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant d'obtenir la prise en charge des soins par l'Algérie dans le cadre des accords en matière de sécurité sociale au sein du service de chirurgie viscérale et urologique pédiatrique de l'Hôpital Robert Debré à Paris. L'état de santé de l'enfant ne s'étant pas stabilisé, le 28 février 2022, Mme A a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de " parent accompagnant un enfant malade ". Par un arrêté du 30 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé sa demande et pris à son encontre une mesure d'éloignement à ce jour exécutoire. La meme autorité a, par arrété du 5 octobre 2023 prononçé une interdiction de retour de six mois et l'a assignée à résidence. Pour refuser de régulariser le droit au séjour de la requérante en qualité de parent d'enfant malade, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est notamment fondé sur l'avis émis le 18 juillet 2022, soit il y a plus d'un an à ce jour, par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aux termes duquel l'état de santé de son fils, E, né le 9 mai 2014, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
7. Il ressort des pièces du dossier, que depuis le 30 novembre 2022, date de l'obligation de quitter le territoire, l'état de santé de l'enfant s'aggrave par une dégradation de ses fonctions digestives et rénales. La requérante produit un certificat du Dr M. C du service de chirurgie viscérale pédiatrique de l'hôpital des enfants de D du 25 janvier 2023, soit postérieur à la mesure d'éloignement du 30 novembre 2022, indiquant que l'enfant relève d'un centre de compétence de malformations complexes Une intervention sur la vessie a eu lieu en février 2023 et une intervention a été programmée le 29 novembre 2023 afin d'améliorer son pronostic fonctionnel urologique et néphrologique. L'intervention sera effectuée par un chirurgien referent national qui se déplace au lieu d'hopitalisation de l'enfant. Ces éléments non connus du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a rendu son avis en juillet 2022 et du préfet qui a pris la mesure d'éloignement en novembre 2022, constituent de nouvelles circonstances de fait de nature à faire obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire de Mme A prise le 30 novembre 2022.
8. Dès lors, d'une part, il y a lieu, de suspendre les effets de l'obligation de quitter le territoire de Mme A devenue, en l'état, inexécutable.
10. D'autre part, la suspension des effets de l'obligation de quitter le territoire entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité de l'interdiction de retour.
11. Enfin, l'assignation à résidence ayant pour objet de mettre à exécution une mesure d'éloignement, l'impossibilité d'exécuter cette dernière mesure entraîne nécessairement l'illégalité de la décision d'assignation à résidence.
12. Par suite, Mme A est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire prise le 30 novembre 2023 et l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 5 octobre 2023 prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de 6 mois et une mesure d'assignation à résidence.
Sur les conclusions en injonction :
14. L'exécution du présent jugement implique que le préfet des Pyrénées-Orientales procède au réexamen de la situation de Mme A. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de la situation de la requérante dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, à verser à Me Summerfield, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat relative à l'aide juridique, une somme de 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que l'Etat demande.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les effets de la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet de l'Hérault a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours sont suspendus.
Article 3 : L'arrêté pris par le préfet des Pyrénées-Orientales du 5 octobre 2023 est annulé.
Article 4 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales, ou tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de 15 jours.
Article 5 : L'Etat versera la somme de 800 euros à Me Summerfield en application des dispositions des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Madame B A, au préfet des Pyrénées-Orientales.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La magistrate désignée,La greffière,
B. Pater C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 19 octobre 2023
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026