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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305729

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305729

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2023, M. E A, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Sète, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 6 octobre 2023 portant maintien en rétention administrative ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son avocat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en l'absence de délégation de signature régulière accordée à M. D B, l'arrêté contesté émane d'une autorité incompétente ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- dès lors qu'il s'est présenté le 15 septembre 2023 au guichet de la préfecture de l'Hérault pour solliciter le réexamen de sa demande d'asile et qu'une attestation de demande d'asile lui a été délivrée le même jour, soit antérieurement à son placement en rétention, la préfète a commis une erreur d'appréciation en estimant que la demande qu'il a présentée le 6 octobre 2023 a pour seul but de faire échec à la mesure d'éloignement et fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes ;

- le caractère nécessaire de son placement en rétention n'est pas établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Cissé, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 septembre 2023, la préfète de Vaucluse a prononcé une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. A, ressortissant nigérien né le 18 juillet 1995, dont la demande d'asile avait été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 9 juin 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 décembre 2021. Le 15 septembre 2023, l'intéressé a sollicité auprès de la préfecture de l'Hérault le réexamen de sa demande d'asile. Le 30 septembre 2023, il a été placé en garde à vue pour des faits de " vol à l'étalage " et " outrage à personne dépositaire de l'autorité publique ". Par un arrêté du 1er octobre 2023, la préfète de Vaucluse a décidé son placement en rétention administrative. M. A a présenté une demande d'asile le 5 octobre 2023. Par un arrêté du 6 octobre 2023, la préfète de Vaucluse a décidé son maintien en rétention pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile en rétention par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. M. A demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de cette décision. Par une décision du 17 octobre 2023, notifiée le 23 octobre 2023 à M. A, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté comme irrecevable sa demande de réexamen.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 29 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de Vaucluse a accordé à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture, une délégation à l'effet de signer " tous arrêtés () décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, y compris l'ensemble des mesures de restriction de liberté destinées à mettre en œuvre l'éloignement d'un étranger en situation irrégulière sur le territoire : () les arrêtés de placement en rétention administrative ".

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté contesté, qui relatent les déclarations de M. A lors de son audition, le 1er octobre 2023, ni des autres pièces du dossier, que la préfète de Vaucluse n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prononcer son maintien en rétention administrative.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 () ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ". L'article L. 754-4 de ce code dispose : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement./ Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13./ Si l'étranger a formé un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-8 et que le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin n'a pas encore statué sur ce premier recours, il statue sur les deux requêtes par une seule décision./ En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. Dans ce cas l'étranger peut être assigné à résidence en application de l'article L. 731-3. ".

6. La demande d'asile présentée le 27 février 2020 par M. A, qui séjourne en France depuis le 7 novembre 2019, a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 9 juin 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 décembre 2021. Si l'intéressé a sollicité le 15 septembre 2023 le réexamen de sa demande d'asile, après avoir fait l'objet, le 4 septembre 2023, d'une obligation de quitter le territoire français, il a déclaré lors de son audition, le 1er octobre 2023, avoir quitté en 2015 le Niger en raison de problèmes familiaux et non à la suite de traitements inhumains ou dégradants qu'il aurait subis dans ce pays. Il n'a pas fait spontanément état du risque d'être exposé à de tels traitements en cas de retour dans ce pays, où réside l'ensemble de sa famille. Expressément interrogé sur un tel risque, il a au contraire indiqué qu'il n'a pas de crainte pour sa vie en cas de retour au Niger et qu'il consent à y être renvoyé moyennant une aide au retour. Dans ces conditions, la préfète de Vaucluse n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que sa demande d'asile présentée le 5 octobre 2023 en rétention, fondée sur des craintes de traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Niger, a été formée dans le seul but de faire échec à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. Dès lors, la préfète n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 5 en décidant le maintien en rétention de M. A, qui, sans domicile fixe et ayant reconnu s'être présenté sous la fausse identité de Issa Karim, ne présentait aucune garantie de représentation sur le territoire national, pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 6 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. A à fin d'injonction de délivrance d'une attestation de demande d'asile ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à la préfète de Vaucluse et à Me Cissé.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé :

H. CLe greffier,

Signé :

D. Martinier

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 octobre 2023

Le greffier,

D. Martinier

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