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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305797

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305797

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305797
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantOUARDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2023, Mme A C, représentée par Me Ouardi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer le titre de séjour sollicité ainsi que, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- l'arrêté est entaché d'une incompétence de son auteur à défaut de justifier d'une délégation spéciale et publiée ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations des article 7 bis a) et 6-2 de l'accord franco-algérien et des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle justifie d'une communauté de vie avec son époux ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est privée de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale ;

- le préfet a repris les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais n'a pas fixé le pays de destination.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corneloup, présidente-rapporteure,

- les observations de Me Ourdi, représentant Mme C en présence de celle-ci.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 28 mai 1995, est entrée en France le 7 avril 2018 muni d'un visa court séjour. Elle a sollicité, le 18 mars 2019, un premier certificat de résidence algérien au regard de sa vie privée et familiale en qualité de conjointe de ressortissant français, qui lui a été délivré le 22 mars 2019 et valable jusqu'au 21 mars 2020. Le 2 mars 2020, Mme C a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence au titre de sa vie privée et familiale et la délivrance d'un certificat de résidence algérien de 10 ans en sa qualité de conjointe de ressortissant français. Cependant, la communauté de vie n'ayant pu être vérifiée en raison de l'incarcération de son époux le 2 mars 2020, un nouveau certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " lui a été délivré le 22 mars 2020, valable jusqu'au 21 mars 2021 et renouvelé régulièrement jusqu'au 21 mars 2023. Le 2 mars 2023, Mme C, accompagnée de son époux, a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien et la délivrance d'un certificat de résidence algérien de 10 ans en sa qualité de conjointe de ressortissant français. Par un arrêté du 4 septembre 2023, le préfet de l'Hérault a opposé un refus à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Mme C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. Yohann Marcon. Par un arrêté n° PREF/SCPPAT/2022353-0003 du 19 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible au juge comme aux parties, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales, aux fins de signer " tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales () " et l'habilitait à signer notamment les refus de titre de séjour et les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux énonce les considérations de droit et de fait qui fondent la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français par des considérations non stéréotypées et qui sont propres à la situation personnelle et familiale de Mme C, parmi lesquelles l'absence de communauté de vie avec son époux. Le préfet mentionne également que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il satisfait ainsi aux exigences des dispositions des articles L. 211-2 à L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Le moyen, inopérant, ne pourra qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2 ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a, au b, au c, et au g : a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2. et au dernier alinéa de ce même article. () ". Il résulte de ces stipulations que le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux à la date de délivrance de ce deuxième certificat de résidence. En outre, il appartient à l'autorité saisie d'une demande de titre de séjour de l'examiner au vu des circonstances de fait et de droit existant à la date où il est statué sur cette demande et non à la date de la demande.

6. Mme C a épousé, le 2 avril 2017 à Oued-Rhiou (Algérie), son cousin germain, M. B C, ressortissant français régulièrement entrée en France, le 7 avril 2018, elle a obtenu un premier certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjointe de français, renouvelé jusqu'au 21 mars 2023. Lors de l'examen de sa demande de renouvellement, le préfet des Pyrénées-Orientales a constaté que la communauté de vie avait cessé entre les époux ainsi qu'en atteste l'enquête diligentée le 12 juin 2023 par les services de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Perpignan et les déclarations de M. C lui-même lors de son audition. Par suite, la communauté de vie effective entre les époux n'étant pas établie à la date de la décision attaquée, c'est par une exacte application des stipulations précitées de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de renouveler le certificat de résidence de Mme C. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, Mme C se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire français depuis 2018 et de son insertion professionnelle en France en produisant des bulletins de salaire établis mensuellement par la société La Goulette pour un poste de vendeuse pour la période de mars à août 2021 puis de décembre 2021 à janvier 2022 et un extrait KBIS du 17 décembre 2021 pour la création d'une activité de livraison de repas à vélo. Toutefois, les circonstances invoquées par la requérante au regard de sa situation professionnelle ne sont pas à même de démontrer que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme C alors qu'il résulte, en outre, de l'instruction que la requérante ne démontre pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales en Algérie, pays qu'elle a quitté à 23 ans, et où vit sa fille mineure issue d'une précédente union.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour, qui n'est pas illégale, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment aux points 6 et 7, la mesure d'éloignement n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle ou familiale de la requérante.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'est pas illégale, à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

11. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. ".

12. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet des Pyrénées-Orientales, après avoir mentionné la nationalité algérienne de Mme C, a fait application, pour prendre la décision fixant le pays de renvoi, des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a précisé, à l'article 3 du dispositif, que l'intéressée serait, notamment, reconduite à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout pays dans lequel elle est légalement admissible. Ainsi, et contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet des Pyrénées-Orientales a fixé de manière suffisamment précise le pays à destination duquel cette dernière pourrait être reconduite. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet n'a pas fixé le pays de destination et de ce qu'il a, ainsi, méconnu les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que de celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Ouardi.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023

La Présidente-rapporteure,

F. Corneloup

L'assesseure la plus ancienne,

M. D

La greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 décembre 2023.

La greffière,

A. Junon

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