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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305863

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305863

mercredi 18 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantQUINTARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Bourret-Mendel, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet des Hautes-Alpes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.

Il soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est signée par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- porte atteinte à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2023, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Madame Crampe dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 octobre 2023 :

- le rapport de Madame Crampe, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bourret-Mendel, représentant M. B assisté de M. C interprète en langue arabe, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et demande en outre, d'une part, son admission à l'aide juridictionnelle provisoire et d'autre part, que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocate Me Bourret-Mendel.

Il soutient en outre que :

o lors de l'audition par les services de police il a, dès sa première réponse, indiqué les conditions dans lesquelles il a quitté le Soudan en guerre et être venu en France pour obtenir la protection, qui doit s'entendre comme se référant à la protection internationale et l'asile ;

o il a dû fuir sa ville du fait de sa prise par les Forces d'Intervention Rapide qui l'ont chassé de sa maison ; il encourt de la discrimination raciale du fait de son ethnie arabe ;

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant soudanais, né le 1er janvier 1996, déclare être entré en France le 10 octobre 2023. Il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet des Hautes-Alpes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être entré en France le 10 octobre 2023, après avoir traversé la frontière franco-italienne à pied, a été interpellé à Briançon le même jour à 10h25. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de l'audition conduite par les services de police le jour même à 13h15 qu'il a répondu à la première question, portant sur le motif de son départ de son pays d'origine, qu'il a quitté le Soudan à cause de la guerre civile sévissant dans ce pays et des exactions commises à son encontre par les Forces d'Intervention Rapide dans la ville d'Ondurman. Il a complété sa réponse par la mention qu'il vient en France, notamment, " pour la protection ". Ce faisant M. B doit être regardé comme ayant sollicité le statut de réfugié et sa demande interprétée comme une demande formée au titre de l'asile. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa demande tendant à être admis à l'asile et d'une méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat. () " ;

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 à Me Bourret-Mendel, son avocate, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 11 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Me Bourret-Mendel, conseil de M. B, la somme de 1 000 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de renonciation à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Hautes-Alpes et à Me Bourret-Mendel.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 19 octobre 2023.

La magistrate désignée,

S. CrampeLa greffière,

C. TouzetLe greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 19 octobre 2023

La greffière,

C. Touzet

N°2305863

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