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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305928

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305928

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Bautès, demande au tribunal :

1°)d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 18 juillet 2023 portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français ;

2°)d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir si besoin sous astreinte, subsidiairement, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir si besoin sous astreinte ;

3°)de condamner le préfet de l'Hérault à payer la somme de 1 800 euros à son avocat au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en contrepartie d'une renonciation à la perception de la contribution de l'Etat.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de séjour :

- l'arrêté est insuffisamment motivé s'agissant de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur de fait et une erreur de droit en considérant que sa demande devait être regardée comme une première demande soumise à la présentation d'un visa de long séjour, alors qu'il répondait, par l'effet de l'annulation contentieuse, à une demande de titre avec changement de statut, présentée dans le respect du délai de six mois prévu par l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et justifiait bien d'un visa de long séjour ;

- le préfet a commis une erreur de droit au regard de l'article 3 de l'accord franco-marocain, dès lors qu'il remplit toutes les conditions de délivrance du titre qu'il prévoit ;

- en refusant de l'admettre au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ; il a commis une erreur manifeste d'appréciation, en ne le régularisant pas, au regard de la durée de son séjour et de son insertion professionnelle ;

- le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle sera annulée compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 19 septembre 2023, le président du bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. A l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- et les observations de Me Bautès, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 20 septembre 1989, est entré régulièrement en France le 6 avril 2017 sous couvert d'un visa D de transit Schengen délivré par la France, valable du 5 avril au 4 juillet 2017. Il a obtenu une carte de séjour pluriannuelle portant la mention travailleur saisonnier, valable du 25 août 2017 au 24 août 2020. Sa demande de renouvellement de son titre de séjour a été " clôturée " par courrier du préfet de l'Hérault du 10 juin 2021 au motif de son incomplétude. Par un jugement du 15 décembre 2021, ce tribunal a annulé cette décision et enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 18 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des termes de la décision de refus de séjour contestée, qui rappelle tant les conditions du séjour de l'intéressé sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle " travailleur saisonnier " et la promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en tant qu'employé agricole que le préfet n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de l'ensemble de sa situation au regard de la possibilité de procéder à sa régularisation exceptionnelle. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation au regard de cette possibilité de régularisation et du défaut d'examen qu'elle révèlerait doivent donc être écartés.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum et qui ne relèvent pas de l'article 1er du présent accord, reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention salarié () ". En vertu de son article 9, les stipulations de cet accord " ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". La délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour portant la mention " salarié " prévu à l'article 3 de l'accord franco-marocain visé ci-dessus est notamment subordonnée, en vertu de l'article 9 de cet accord, à la production par l'intéressé du visa de long séjour mentionné à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. () Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. () ". Aux termes de l'article R. 5221-25 du code du travail : " Le contrat de travail saisonnier de l'étranger est visé, avant son entrée en France, par le préfet territorialement compétent (). / La procédure de visa par le préfet s'applique également lors du renouvellement de ce contrat et lors de la conclusion d'un nouveau contrat de travail saisonnier en France. ". Pour revenir en France après être retourné dans son pays d'origine au terme de son contrat, l'étranger détenteur d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de travailleur saisonnier doit avoir conclu un nouveau contrat de travail saisonnier visé par le préfet.

5. Si, en vertu des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est, en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Toutefois, l'étranger admis à séjourner en France pour l'exercice d'un emploi à caractère saisonnier en application des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, est titulaire à ce titre de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", lui donnant le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peut dépasser une durée cumulée de six mois par an, et lui imposant ainsi de regagner, entre ces séjours, son pays d'origine où il s'engage à maintenir sa résidence habituelle. Dans ces conditions, sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée d'un an doit être regardée comme portant sur la délivrance d'une première carte de séjour temporaire. La délivrance de cette carte est dès lors subordonnée à la production d'un visa de long séjour.

6. En l'espèce, le préfet de l'Hérault s'est fondé, pour rejeter la demande de M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne justifie pas d'un visa de long séjour. Si le requérant soutient qu'il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier, ce titre ne pouvait légalement, ainsi qu'il l'a été dit au point 6, se substituer au visa de long séjour exigé par les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée d'un an, dont le préfet a repris l'instruction à la suite de l'annulation contentieuse, devait être regardée comme portant sur la délivrance d'une première carte de séjour temporaire, délivrance qui était dès lors subordonnée à la production d'un visa de long séjour, la circonstance que le préfet ne lui en aurait pas réclamé la production lors de la première instruction de sa demande étant sans incidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A disposait du visa long séjour exigé par les textes. Par suite, le préfet n'était pas tenu de procéder à l'instruction de la demande d'autorisation de travail déposée par l'employeur du requérant. Le préfet de l'Hérault pouvait, au seul motif que M. A n'était pas titulaire d'un visa long séjour, refuser à ce dernier la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Les moyens tirés des erreurs de fait et de droit qui auraient été commises par le préfet en se fondant sur le motif de l'absence de visa de long séjour doivent donc être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Si M. A est entré pour la première fois en France en 2016, le titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " dont il a été titulaire du 25 août 2017 au 24 août 2020, lui donnant le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'il fixe dans la limite d'une durée cumulée de six mois par an, lui imposait ainsi de regagner, entre ces séjours, son pays d'origine où il s'engageait à maintenir sa résidence habituelle. S'il ressort des pièces du dossier qu'il est resté sur le territoire français à partir de juin 2019, il est célibataire, sans charge de famille et en situation irrégulière, et n'établit pas par les pièces qu'il produit y avoir tissé des liens d'une intensité particulière, alors qu'il n'est pas isolé dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu des conditions de son séjour en France, de sa situation personnelle et même s'il justifie de longues périodes d'activité professionnelle, le refus de séjour contesté ne peut être regardé comme ayant porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs au vu desquels il a été pris. Le préfet n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

8. En quatrième lieu, si l'accord franco-marocain ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. En l'espèce, si M. A se prévaut de son expérience professionnelle en tant qu'ouvrier agricole et produit une promesse d'embauche en cette qualité, ces circonstances ne suffisent pas à établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour.

9. En outre, si la circulaire en date du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur a pour objet de rappeler et préciser, aux autorités chargées de la police des étrangers, les conditions d'examen et les critères permettant d'apprécier les demandes d'admission au séjour des ressortissants étrangers en situation irrégulière, le requérant ne peut se prévaloir utilement de cette circulaire, qui est dépourvue de caractère réglementaire.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen invoqué par la voie de l'exception tiré de l'illégalité du refus de séjour opposé à M. A doit être écarté.

11. Il résulte de de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 18 juillet 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction au besoin sous astreinte qu'il a présentées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Bautès.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 décembre 2023.

La greffière,

A. Junon

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