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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305950

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305950

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLEMOUDAA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2023, Mme C A, représentée par Me Lemoudaa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'est pas démontré que l'offre de soins au Maroc serait appropriée à son état de santé ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que sa vie privée et familiale se situe en France ;

- les stipulations de l'accord franco-marocain, notamment son préambule, commande que soit réglée de manière favorable sa situation en vertu du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont bénéficie le préfet.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 10 novembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable puisque tardive ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 6 septembre 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine née le 31 décembre 1953, déclare, sans en justifier, être entrée sur le territoire français le 8 décembre 2009 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités françaises, valable du 8 décembre 2009 au 21 février 2010. Le 11 janvier 2023, elle a sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé. Par arrêté du 14 juin 2023, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, dans son avis rendu le 5 juin 2023, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Maroc, l'intéressée peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine.

4. La requérante invoque l'erreur d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué en ce que le collège des médecins de l'OFII indique dans son avis, sans en justifier, que l'offre de soins est appropriée au Maroc et que le préfet de l'Hérault s'est appuyé sur cet avis sans démontrer, par des éléments probants, la qualité de l'offre de soins dans ce pays. Toutefois, Mme A, qui n'a pas levé le secret médical, n'apporte aucun élément quant à la ou les pathologies dont elle souffre qui permettrait de remettre en cause l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII en ce qui concerne l'accès au traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Si Mme A déclare être entrée sur le territoire français le 9 décembre 2009, à l'âge de 56 ans, afin de rejoindre son mari, avec lequel elle s'est mariée en 1977 et qui est décédé le 5 janvier 2017, que ses fils et ses petits-enfants résident en France, elle ne justifie pas d'une résidence continue en France depuis 2009, laquelle qui ne saurait être regardée comme établie, ainsi qu'elle le soutient, par le fait qu'elle a précédemment fait l'objet de six arrêtés portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français les 11 février 2010, 24 août 2012, 12 août 2014, 18 septembre 2017, 7 mai 2019 et le 29 mars 2021. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a vécu l'essentiel de son existence au Maroc où elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales puisqu'y résident cinq de ses enfants. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté une atteinte excessive au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Enfin, les stipulations du préambule de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 n'impliquent pas nécessairement, contrairement à ce que soutient la requérante, que lui soit délivré le titre de séjour sollicité et le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2023 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige. En outre, la présente instance n'ayant pas généré de dépens, les conclusions présentées à ce titre par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de l'Hérault et à Me Lemoudaa.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sabine Encontre, présidente,

Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Marc Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La présidente-rapporteure, L'assesseure la plus ancienne,

S. B D. Teuly-Desportes

La greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 janvier 2024.

La greffière,

L. Rocher lr

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