vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2305994 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SUMMERFIELD GABRIELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 octobre et 30 novembre 2023, Mme B A épouse C, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales le réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- elle remplit les conditions légales pour se voir délivrer un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien en qualité de conjointe d'un ressortissant français ;
- le trouble à l'ordre public invoqué par le préfet, qui doit être concilié avec le droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'est pas actuel dès lors que la seule condamnation pénale dont elle a fait l'objet est ancienne et concerne un fait isolé ;
- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;
- l'exigence du visa de long séjour est entachée d'une erreur de droit ;
- la vie commune du couple est établie par l'attestation d'hébergement versée au dossier ;
- l'état de santé de son époux nécessite sa présence constante à ses côtés.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au non-lieu à statuer.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme A épouse C ne sont pas fondés.
Mme A épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Rousseau, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A épouse C, ressortissante algérienne née le 3 septembre 1968, est entrée en France le 11 janvier 2018 sous couvert de son passeport sur lequel est apposé un visa Schengen de type " C ", avec entrées multiples et valable du 20 décembre 2017 au 20 mars 2018. S'étant maintenue sur le territoire français au-delà de la date de validité de ce visa, elle a fait l'objet d'un arrêté en date du 29 mars 2018 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligée à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de renvoi, dont la légalité a été confirmée par jugement n° 1801589 du magistrat désigné par le président du tribunal de Toulouse en date du 3 avril 2018. Durant son placement en rétention administrative et postérieurement à ce jugement, elle a présenté, le 5 avril 2018, une demande d'asile qui a été rejetée comme tardive par l'OFPRA, le 9 avril 2018. A la suite de son refus d'embarquer sur un vol prévu le 13 mai 2018 pour l'exécution de la mesure d'éloignement, elle a été condamnée à une peine de trois mois d'emprisonnement ferme assortie d'une interdiction du territoire pour une durée de trois années par jugement du tribunal correctionnel de Toulouse en date du 15 mai 2018 et incarcérée. Son conseil a sollicité, par télécopie adressée le 16 mai 2018 au préfet de la Haute-Garonne, l'enregistrement de sa demande d'asile, restée sans réponse. A sa levée d'écrou, le 24 juillet 2018, elle a été immédiatement placée à nouveau en rétention administrative pour l'exécution de la mesure d'éloignement. La requête qu'elle a présentée le 25 juillet 2018 sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative tendant à la suspension des effets de la mise à exécution de l'arrêté en date du 29 mars 2018 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, durant la phase d'examen de sa demande d'asile, a été rejetée par une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Toulouse du 30 juillet 2018. Le 24 mai 2022, elle a contracté mariage à Ria-Sirach (Pyrénées-Orientales) avec M. C, ressortissant français. Le 18 août 2022, elle a sollicité du préfet des Pyrénées-Orientales la délivrance d'un certificat de résident algérien en qualité de conjoint de français sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 10 août 2023 que conteste Mme A, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de certificat de résidence et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Selon l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
3. Les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public ainsi que le prévoient les articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Pour refuser d'octroyer à Mme A le certificat de résidence d'un an en qualité de conjointe de français qu'elle sollicitait, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé sur la circonstance que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public dès lors que, le 15 mai 2018, l'intéressée a été condamnée par le tribunal correctionnel de Toulouse à une peine de 3 mois d'emprisonnement assortie d'une interdiction du territoire pour une durée de trois années pour des faits de rébellion et de soustraction à l'exécution d'une mesure d'obligation de quitter de territoire français, la requérante ayant résisté activement à la contrainte des forces de l'ordre pour empêcher son embarquement. Un arrêt de la Cour d'appel de Toulouse en date du 4 juillet 2018 l'a relevée de la peine d'interdiction du territoire et a minoré les condamnations prononcées envers les parties civiles. Toutefois, cette seule condamnation, compte tenu de la nature des faits reprochés, de leur ancienneté et de leur caractère isolé, ne sauraient suffire à considérer que la présence de Mme A épouse C sur le territoire français serait de nature à constituer une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir qu'en rejetant sa demande de certificat de résidence pour ce motif d'ordre public, le préfet des Pyrénées-Orientales a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
5. Il résulte des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que la circonstance qu'un ressortissant algérien, régulièrement entré en France sous couvert d'un visa de court séjour, ait fait l'objet, au-delà de la durée de validité de ce visa, de décisions de refus de titre de séjour assorties d'invitations à quitter le territoire ou d'une mesure d'éloignement, régulièrement notifiées, ne fait pas obstacle à ce que la condition d'entrée régulière en France continue d'être regardée comme remplie, dès lors que l'étranger s'est maintenu sur le territoire. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée régulièrement en France le 11 janvier 2018 et la permanence de son séjour depuis l'expiration de la validité de son visa n'est pas remise en cause et est même justifiée par l'absence de tout tampon aéroportuaire sur son passeport depuis son entrée en France le 11 janvier 2018. Mme A s'est mariée à Ria-Sirach le 24 mai 2022 avec un ressortissant français et la communauté de vie effective entre les époux n'est pas contestée. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir qu'elle remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour de plein droit sur le fondement des stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien et à demander l'annulation de la décision du préfet des Pyrénées-Orientales lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence d'un an ainsi que, par voie de conséquence, de celles prises à la même date lui faisant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Le motif d'annulation retenu implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de Mme A, épouse C, que le préfet des Pyrénées-Orientales lui délivre un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 10 août 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de délivrer à Mme A, épouse C, un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de la situation de l'intéressée.
Article 3 : L'Etat versera au conseil de Mme A, épouse C, une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme B A, épouse C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Summerfield.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Rousseau, premier conseiller.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.
Le rapporteur,
M. ROUSSEAU
La présidente,
S. ENCONTRE La greffière,
L. ROCHER
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 janvier 2024.
La greffière,
L. ROCHER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026