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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2305995

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2305995

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2305995
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2023, Mme E B, représentée par Me Mazas, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 25 juillet 2023 par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours administratif préalable obligatoire en date du 11 mai 2023 à l'encontre de la décision du 3 mai 2023 qui lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de sept jours ;

3°) de condamner l'Etat à payer la somme de 1 500 euros à Me Mazas, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la recevabilité :

- un recours administratif préalable obligatoire a été formé le 11 mai 2023 contre la décision du 3 mai 2023.

Sur l'urgence :

- l'urgence est caractérisée dès lors que les demandeurs d'asile appartiennent à la catégorie vulnérable selon la jurisprudence européenne ;

- elle est malade et bénéficie de traitements qui ne sont pas entièrement remboursés ;

- l'allocation pour demandeur d'asile perçue par son foyer a diminué depuis mars 2023, date de sa majorité.

Sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

- la décision est insuffisamment motivée en fait dès lors que la décision de rejet du 25 juillet 2023 ne prend pas en compte la situation médicale de Madame B ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de la vulnérabilité de Madame B ; sans l'ADA, elle n'est pas en mesure de payer les médicaments qu'elle doit prendre quotidiennement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que la requérante ne présente ni ne justifie d'une situation de vulnérabilité particulière ;

- la décision est suffisamment motivée dès lors qu'elle mentionne les circonstances de fait et de droit qui constituent son fondement ;

- l'OFII a bien pris en compte la situation personnelle de l'intéressée préalablement à sa décision dont il ne ressort aucun élément particulier de vulnérabilité ;

- l'OFII n'a pas commis une erreur de droit dès lors que la demande présentée par la requérante, le 3 mai 2023, est une demande de réexamen, justifiant le refus des conditions matérielles d'accueil au regard de l'article L 551-15 du CESEDA ;

- la décision contestée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation ;

- la somme demandée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est, en tout état de cause, manifestement excessive au regard de la difficulté du dossier.

Par une décision en date du 18 septembre 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- la requête enregistrée le 18 octobre 2023 sous le n° 2305998 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 7 novembre 2023 à 14 heures :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;

- et les observations de Me Lambert, représentant Mme B, qui persiste dans ses écritures, en précisant qu'actuellement, la requérante, qui est toujours hébergée avec sa famille, a été contrainte d'arrêter son traitement n'ayant plus de ressources suffisantes pour assurer le coût financier des médicaments prescrits.

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante géorgienne née le 13 mars 2005, est entrée sur le territoire français le 10 avril 2022, accompagnée de sa mère Mme D A et de son frère Monsieur C. Le 20 avril 2022, Mme A a déposé une demande d'asile pour elle et ses enfants, et a obtenu dès le mois de mai et de juin 2022 les conditions matérielles d'accueil. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 30 décembre 2022. Mme B, devenue en mars 2023 majeure, a déposé une nouvelle demande d'asile le 3 mai 2023. Par une décision prise le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que sa demande constitue une demande de réexamen de sa demande d'asile. Mme B demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants :1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ;2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ;3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines.".

4. Aucun des moyens présentés par la requérante, tels qu'analysés ci-dessus, n'est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, que les conclusions de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées, ainsi, que par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Mazas.

Fait à Montpellier, le 10 novembre 2023.

La juge des référés,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 novembre 2023.

La greffière,

A. Junon

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