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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306005

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306005

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 octobre et le 6 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a retiré la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " dont il était titulaire, a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 30 jours et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve de la renonciation de ce dernier à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur le retrait du titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " :

- il est entaché d'une erreur dans l'application de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

Sur le refus de titre de séjour salarié :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- il est entaché d'un vice de procédure ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision de clôture de l'autorisation de travail sollicitée, qui ne lui a pas été notifiée, est entachée d'un vice de procédure et est dépourvue de base légale ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- compte tenu de l'illégalité de la décision de retrait, elle est dépourvue de fondement juridique ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25% par une décision du 19 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;

- et les observations de Me Moulin représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, né en 1981, est entré en France le 29 mai 2022, sous couvert d'un visa Schengen à entrées multiples portant la mention " travailleur saisonnier " et valable du 17 mai au 15 août 2022. Il a obtenu, le 29 août 2022, une carte de séjour pluriannuelle mention " saisonnier " valable du 29 août 2022 au 29 août 2025 et a conclu un contrat de travail pour exercer les fonctions d'ouvrier agricole pour la période du 1er août au 7 octobre 2022. Le 18 janvier 2023, il a sollicité un changement de statut, afin de bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 16 juin 2023, le préfet de l'Hérault a retiré la carte de séjour pluriannuelle dont M. B était titulaire, a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du retrait de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ou () retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision de retrait, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme les dispositions des articles L. 121-1 à L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration et évoque les éléments circonstanciés relatifs à la situation administrative et personnelle du requérant et notamment son séjour au-delà de la durée autorisée de six mois, comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de retrait de titre de séjour doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, () la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par lettre du 6 mars 2023, M. B a été informé de ce qu'il était envisagé de procéder au retrait de son titre de séjour, et qu'il a présenté, le 22 mars suivant, par l'intermédiaire de son conseil, des observations en réponse de sorte que la procédure prévue à l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été régulièrement mise en œuvre. M. B, qui a conclu le 23 décembre 2022, un contrat à durée indéterminée, alors qu'il disposait d'un titre pluriannuel de travailleur saisonnier et qui, à la date de l'arrêté contesté, résidait depuis plus de six mois sur le territoire français, ne saurait utilement invoquer, à l'appui de la décision de retrait contestée, les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui concernent une demande de titre de séjour ou de renouvellement. Il suit de là que moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans./ Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. /Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an./ La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Selon l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". Et selon l'article L. 242-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : / 1° Abroger une décision créatrice de droits dont le maintien est subordonné à une condition qui n'est plus remplie () ".

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 4 que la décision par laquelle, lorsque l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle, le préfet lui retire cette carte, ne produit d'effet que pour l'avenir. Elle présente ainsi, au sens des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, le caractère d'une mesure d'abrogation de la décision ayant accordé un droit au séjour à l'étranger au regard de la durée de validité restante de ce titre de séjour. Elle relève, par suite, des dispositions du 1° de l'article L. 242-2 du même code et il en résulte que cette décision n'est soumise à aucune autre condition de délai, par dérogation aux dispositions enfermant cette possibilité dans un délai de quatre mois. Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les dispositions du code des relations entre le public et l'administration en lui retirant la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " qui lui avait été délivrée jusqu'au 29 août 2025, au motif qu'il ne remplissait plus les conditions exigées pour sa délivrance. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour fonder le retrait de titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier ", le préfet de l'Hérault a relevé le maintien irrégulier de M. B sur le territoire français et la circonstance qu'il a conclu, le 23 décembre 2023, un contrat à durée indéterminée avec la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Méditerranée. Alors que M. B ne soutient ni ne justifie avoir maintenu sa résidence habituelle hors de France à compter du 29 août 2022, date de délivrance de son titre de séjour, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet de l'Hérault a estimé qu'il avait cessé de remplir la condition inhérente au statut de " travailleur saisonnier " sans que ce dernier puisse utilement faire valoir, au regard de la signature du contrat de travail à durée indéterminée, la circonstance qu'il a déposé une demande de changement de statut le 16 janvier 2023 ou qu'il s'agirait d'un métier en tension.

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour portant la mention " salarié " :

9. En premier lieu, l'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte et satisfait ainsi aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En particulier, le préfet, après avoir rappelé les conditions de son entrée en France, le titre de séjour dont M. B a disposé en qualité de travailleur saisonnier, a également rappelé que le requérant n'a pas respecté les termes régissant la délivrance de son titre de séjour en se maintenant sur le territoire pendant une période dépassant une durée annuelle de six mois et en concluant un contrat de travail à durée indéterminée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus de titre de séjour sera écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte des éléments mentionnés au point précédent que la motivation de l'arrêté contesté révèle que le préfet s'est livré à un examen complet et personnalisé de la situation de M. B. Le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum et qui ne relèvent pas de l'article 1er du présent accord, reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention salarié () ". En vertu de son article 9, les stipulations de cet accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord.

12. La délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour portant la mention " salarié " prévu à l'article 3 de l'accord franco marocain visé ci-dessus est notamment subordonnée, en vertu de l'article 9 de cet accord, à la production par l'intéressé du visa de long séjour mentionné à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Si, en vertu de ces dispositions, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est, en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Toutefois, l'étranger admis à séjourner en France pour l'exercice d'un emploi à caractère saisonnier en application des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, est titulaire à ce titre de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", lui donnant le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peut dépasser une durée cumulée de six mois par an, et lui imposant ainsi de regagner, entre ces séjours, son pays d'origine où il s'engage à maintenir sa résidence habituelle. Dans ces conditions, sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée d'un an doit être regardée comme portant sur la délivrance d'une première carte de séjour temporaire. La délivrance de cette carte est dès lors subordonnée à la production d'un visa de long séjour.

14. En l'espèce, le préfet de l'Hérault s'est fondé, pour rejeter la demande de M. B tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne justifie pas d'un visa de long séjour. Si le requérant soutient qu'il est entré en France muni d'un visa portant la mention " travailleur saisonnier " et qu'il a ensuite bénéficié d'un titre de séjour en cette même qualité, ce titre ne pouvait légalement, ainsi qu'il l'a été dit au point 13, se substituer au visa de long séjour exigé par les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée d'un an devait être regardée comme portant sur la délivrance d'une première carte de séjour temporaire, délivrance qui était dès lors subordonnée à la production d'un visa de long séjour. Il n'est pas contesté que M. B ne disposait pas du visa de long séjour exigé par les textes. Par suite, le préfet de l'Hérault, qui n'était pas tenu de procéder à l'instruction de la demande d'autorisation de travail déposée par l'employeur, pouvait, au seul motif que M. B n'était pas titulaire d'un visa de long séjour, refuser à ce dernier la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

15. En quatrième lieu, M. B, alors en possession d'un titre de séjour, qui n'a pas respecté les conditions tenant à la délivrance de son titre de séjour en concluant notamment un contrat à durée indéterminée avec la SASU Méditerranée le 22 décembre 2022, ne peut utilement soutenir que le préfet aurait dû lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour lorsqu'il a, le 18 janvier 2023, déposé une demande de changement de statut. Il suit de là que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I.-Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail. ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du même code : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : () 2° S'agissant de l'employeur mentionné au II de l'article R. 5221-1 du présent code : a) Il respecte les obligations déclaratives sociales liées à son statut ou son activité (). " Selon l'article R. 5221-35 de ce code : " Les critères mentionnés à l'article R. 5221-20 sont également opposables lors du premier renouvellement de l'une de ces autorisations de travail lorsque l'étranger demande à occuper un emploi dans un métier ou une zone géographique différents de ceux qui étaient mentionnés sur l'autorisation de travail initiale. ".

17. M. B excipe de l'illégalité de la décision du 17 avril 2023 par laquelle le préfet de la Corrèze, pour le préfet de l'Hérault, a clôturé la demande d'autorisation de travail, déposée par la SASU Méditerranée le 21 mars 2023, soit postérieurement à la prise de fonction du salarié, auprès de la plateforme de main d'œuvre étrangère pour M. B, afin que celui-ci occupe un poste de chef de travaux dans le bâtiment pour un salaire mensuel de 2 275 euros. M. B ne peut utilement soutenir que ni lui ni son employeur n'ont été destinataires de cette décision dans la mesure où les conditions de notification d'une décision ne participent pas de sa légalité. En outre, en admettant que M. B puisse utilement invoquer l'illégalité de cette décision, il n'est, en tout état de cause, nullement fondé à le faire dès lors qu'en clôturant comme étant sans objet la demande d'autorisation de travail au motif que le contrat de travail était déjà en cours d'exécution, le préfet de l'Hérault a opposé une condition de fond liée à l'absence du respect par l'employeur des conditions réglementaires prévues par l'article R. 5221-20 du code du travail. Il suit de là que le moyen tiré de ce que cette décision serait dépourvue de fondement juridique doit être écarté. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 8, M. B n'a pas respecté les termes de l'autorisation de travail qui lui avait été délivrée pour le contrat de quatre mois conclu avec la SAS Gaby Nature de sorte que l'autorisation de travail sollicitée ne pouvait qu'être refusée.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

19. Compte tenu de ce qui précède, M. B, qui n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de la décision de retrait de la carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", n'est pas davantage fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire serait dépourvue de fondement juridique.

20. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, et dès lors que le requérant se borne à soutenir qu'il avait sollicité un changement de statut, au demeurant postérieurement à la signature d'un contrat à durée indéterminée, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision d'éloignement.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

21. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle se fonde doit être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a procédé au retrait de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur temporaire ", a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction, présentées à titre principal et subsidiaire, doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative comme des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Moulin.

Délibéré à l'issue de l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

D. Teuly-Desportes

La greffière,

L. Rocher

La présidente,

S. Encontre

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 4 janvier 2024.

La greffière,

L. Rocher

N°2306005 lr

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