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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306083

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306083

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP RAYNAUD-BARDON - BANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire, enregistrés les 22 octobre et 24 novembre 2023, M. B A, représenté par le cabinet Raymond-Bardon-Bance, avocat, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 20 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, et fixant le pays de renvoi et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- le contrôle d'identité dont il a fait l'objet n'est pas régulier ;

- il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- les décisions contestées méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions contestées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur ce territoire sont insuffisamment motivées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté ;

- et les observations de Me Bance, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 13 février 1990 à Kindia (Guinée) de nationalité guinéenne, déclare être entré en France en 2010 sans l'établir. Le 20 octobre 2023 il a été interpellé par les services de police dans le cadre d'un dispositif de contrôle d'identité. M. A demande l'annulation de l'arrêté pris par le préfet de l'Hérault le même jour portant obligation de quitter le territoire français sans délai vers son pays, assorti d'une interdiction de retour d'une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur ce territoire énoncent les considérations de fait et de droit qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.

3. L'appréciation des conditions d'interpellation et d'audition par les services de police d'un étranger relève de la compétence des autorités judiciaires. Dès lors, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions de l'interpellation du requérant. En tout état de cause, la mesure d'éloignement, eu égard à sa nature et à son objet, n'est pas conditionnée par la régularité d'une interpellation par les services de police. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité du contrôle d'identité auquel le requérant a été soumis est inopérant.

4. Si l'intéressé soutient ne pas troubler l'ordre public, ce motif n'est invoqué qu'à titre surabondant par le préfet. Par suite, ce moyen sera écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Le requérant, qui prétend vivre en France depuis dix ans, ne le démontre pas, ne justifiant que d'une inscription comme étudiant à compter de l'année 2012-2013, jusqu'à l'obtention d'un master sciences, technologies, santé, à l'université de Nice au titre de l'année 2019-2020, statut qui ne lui donnait pas vocation à rester sur le territoire après la fin des études. Il ressort des pièces du dossier que M. A se maintient irrégulièrement en France, après avoir fait l'objet d'un refus de séjour le 10 février 2016 et d'une obligation de quitter le territoire le 14 mars 2020. S'il justifie avoir travaillé quelques mois par an entre 2011 et 2016, il ne produit pour la période récente qu'une promesse d'embauche non datée. L'intéressé, célibataire et sans enfant à charge, n'établit pas être isolé dans son pays d'origine, où vit sa famille. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les articles cités au point précédent.

7. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A serait menacé en cas de retour dans son pays d'origine, alors que l'intéressé se borne sans plus de précision à invoquer l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives à l'article L .761-1 du code de justice administrative doivent aussi être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Hérault.

Délibéré à l'issue de l'audience du 18 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 janvier 2024.

Le greffier,

F. Balickifb

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