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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306143

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306143

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantDE ARANJO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2023, M. A C, retenu au centre de rétention administrative de Perpignan, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2023 par lequel le préfet du Gard l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le principe de non-refoulement des demandeurs d'asile, garanti par les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Delon, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-15 et suivants ainsi que les chapitres 6, 7, 7 bis, 7 ter et 7 quater du titre VII et du livre VII du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon ;

- les observations de Me De Aranjo, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête et demande également l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel le requérant pourra être éloigné d'office et soulève, à l'encontre de cette décision, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 33 de la Convention de Genève ainsi que les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- et celles de M. C, assisté de Mme B, interprète assermentée en langue géorgienne.

Le préfet du Gard n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11 h 10.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant géorgien né le 3 août 1987, a fait l'objet d'un arrêté, le 22 octobre 2023, par lequel le préfet du Gard l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Il est placé au centre de rétention administrative de Perpignan.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises, notamment, les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français et fixe le pays à destination duquel il sera reconduit. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par le requérant à l'encontre des décisions en litige.

4. Toutefois, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, qu'il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal établi le 22 octobre 2023, par les services de la gendarmerie nationale lors de la garde à vue de M. C que celui-ci a été entendu, notamment, sur la régularité de son séjour et sur la perspective de l'édiction d'une mesure d'éloignement à son égard, le cas échéant à destination de son pays d'origine. Ainsi, le requérant doit être regardé comme ayant été mis à même de présenter, dans un délai suffisant, toutes les informations qu'il estime utiles sur sa situation personnelle. Par ailleurs, il n'est pas établi que l'intéressé aurait disposé d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant l'édiction de l'arrêté litigieux et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient pu influer sur le contenu des mesures prises à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et du droit d'être entendu doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumaines ou dégradants ". Aux termes de l'article 33 de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques () ".

7. D'une part, si M. C fait valoir des craintes en cas de retour dans son pays d'origine, il ne fournit aucun élément circonstancié à l'appui de ses allégations. D'autre part, si l'intéressé soutient avoir déposé une demande d'asile auprès des autorités belges, en cours d'examen à la date de l'arrêté attaqué, il ne verse au débat qu'un document en langue étrangère, non traduit, mentionnant un patronyme différent de celui du requérant et, au surplus, deux dates distinctes, de sorte que celui-ci doit être regardé comme dépourvu de valeur probante. Dès lors, en l'absence de tout justificatif de la qualité de demandeur d'asile dont se prévaut M. C, celui-ci n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant les mesures contestées, l'autorité préfectorale aurait méconnu les stipulations précitées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, par un arrêté du 19 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet du Gard a donné à M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider de mettre en œuvre une décision obligeant un étranger à quitter le territoire d'un autre État dans les cas suivants : / 1° L'étranger a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission en vertu d'une décision de refus d'entrée ou d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 et se trouve irrégulièrement sur le territoire métropolitain ; / 2° L'étranger a fait l'objet, alors qu'il se trouvait en France, d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres États membres de l'Union européenne, la République d'Islande, la Principauté du Liechtenstein, le Royaume de Norvège ou la Confédération suisse () ".

10. La mesure contestée ayant pour objet l'éloignement de l'intéressé du territoire français, et non d'un autre Etat membre de l'Union européenne, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées est inopérant et ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sont rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. D'une part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code prévoit qu'un " Etranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

13. D'autre part, aux termes de l'article 20 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 5. L'État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite pour la première fois est tenu, () et en vue d'achever le processus de détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale, de reprendre en charge le demandeur qui se trouve dans un autre État membre sans titre de séjour () ".

14. Tel qu'énoncé au point 7, en l'absence de tout justificatif attestant de la qualité de demandeur d'asile de M. C à la date de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du règlement européen du 26 juin 2013 ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Gard du 22 octobre 2023. Il s'ensuit que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. A C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet du Gard et à Me De Aranjo.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.

La magistrate désignée,

E. DelonLa greffière,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 novembre 2023.

La greffière,

C. Touzet

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