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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306146

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306146

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 octobre et 28 novembre 2023, M. C B, représenté par Me Berry, demande au tribunal

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il n'a pas menti sur son âge ;

- les tests osseux dont la marge d'erreur est de deux ans ne présentent aucune fiabilité et ne permettent pas de contredire les actes d'état civil qu'il est à même de produire en originaux ;

- il n'a plus de famille en Gambie et sa mère, installée au Sénégal, n'est pas en mesure de l'accueillir faute de moyens suffisants ;

- contrairement à ce que mentionne l'arrêté attaqué, il dispose d'une adresse à l'Institut Départemental de l'Enfance et de l'Adolescence, au 27 rue Alfred Sauvy à Perpignan ;

- il souhaite faire reconnaître son identité et poursuivre son intégration sociale en France, ainsi que des études ;

- l'arrêté est illégal dès lors qu'il est entaché d'une erreur sur la personne ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-3 1°, L. 435-3 et R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la mesure d'éloignement méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de départ volontaire est illégal dès lors qu'il ne pouvait pas être motivé sur le fait qu'il n'a pas déposé de demande de titre de séjour et qu'il est entrée régulièrement en France alors qu'il était mineur ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ; en outre, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans son principe et sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les observations de Me Berry, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant gambien qui déclare être né le 11 novembre 2007 et qui a été accueilli à l'Institut Départemental de l'Enfance et de l'Adolescence de Perpignan du 25 au 30 août 2023 en qualité de mineur non accompagné, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter sans délai le territoire français en fixant le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'aide juridictionnelle totale ayant été accordée à M. B par une décision du 6 décembre 2023, les conclusions tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions en annulation :

3. Par un arrêté du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. E D, directeur de la citoyenneté et de la migration, une délégation à l'effet de signer les décisions en matière de " mise en œuvre des mesures concernant les étrangers en situation irrégulière ". M. D était ainsi habilité à signer l'arrêté en litige, portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et interdisant à M. B de retourner sur le territoire français pendant une durée dix-huit mois. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'erreur affectant le nom patronymique de la personne faisant l'objet de l'obligation de quitter sans délai le territoire français, à savoir M. B au lieu de M. A, ait eu une incidence sur le sens de la décision prise par le préfet, ni que cette autorité administrative n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. B. Il suit de là que l'erreur de patronyme, qui est purement matérielle, n'est pas de nature à entacher l'arrêté attaqué d'illégalité.

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). " Selon les termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Selon l'article 388 du même code : " Le mineur est l'individu de l'un ou l'autre sexe qui n'a point encore l'âge de dix-huit ans accomplis. Les examens radiologiques osseux aux fins de détermination de l'âge, en l'absence de documents d'identité valables et lorsque l'âge allégué n'est pas vraisemblable, ne peuvent être réalisés que sur décision de l'autorité judiciaire et après recueil de l'accord de l'intéressé. Les conclusions de ces examens, qui doivent préciser la marge d'erreur, ne peuvent à elles seules permettre de déterminer si l'intéressé est mineur. Le doute profite à l'intéressé ".

6. La présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère ne peut être renversée par l'administration qu'en apportant la preuve, en menant les vérifications utiles, du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. Il en va ainsi lorsqu'il s'agit pour le préfet d'établir qu'un étranger est majeur et ne peut, en conséquence, bénéficier de la protection prévue en faveur des étrangers mineurs par le 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.

7. Le rapport d'évaluation établi par un éducateur de l'institut départemental de l'enfance et de l'adolescence (IDEA) de Perpignan conclut à une incohérence entre 1'âge allégué actuel et 1'âge déclaré, un discours marqué d'incohérences concernant son mode de vie, un récit portant sur le parcours migratoire et 1'organisation du voyage peu crédible, 1'absence de document d'identité et enfin une maturité physique et psychologique qui n'apparaît pas en adéquation avec 1'âge allégué. Dans le cadre d'une enquête judiciaire, le rapport médical établi d'après un examen dentaire, des examens radiologiques du poignet et de la main gauche et un scanner des clavicules, conclut que l'âge minimum retenu de M. B est de 21,6 ans, ce qui est totale contradiction, y compris en tenant compte de la marge d'erreur des tests osseux, avec les déclarations de l'intéressé selon lesquelles il était âgé de 15 ans et 11 mois à la date des examens médicaux légaux et remet manifestement en cause l'authenticité et le caractère probant de l'extrait d'acte de naissance gambien produit par l'intéressé compte tenu de l'importance de la différence d'âge ainsi constatée. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu, à bon droit, estimer que le requérant n'établissait pas être mineur et relever le caractère mensonger de ses déclarations, l'usage de faux documents, et ainsi prendre à son encontre la mesure d'éloignement litigieuse, sans méconnaître les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article L. 611-3 du même code, ni le principe de présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère prévu par l'article 47 du code civil.

8. Dès lors que M. B était majeur lorsqu'il est entré sur le territoire français et a fortiori la date de l'arrêté en litige, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. N'ayant pas déposé de demande de titre de séjour et n'étant pas mineur comme allégué, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 435-3 et R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au séjour en France.

10. M. B, célibataire et sans charge de famille est entré très récemment en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Sénégal où réside sa mère et où il déclare lui-même avoir vécu jusqu'à l'été 2023. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatives au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale.

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de de soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

12. M. B ne justifie pas d'une entrée régulière en France, sous couvert des documents exigés à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il ne présente pas de garanties de représentations suffisantes dès lors qu'il n'a pas pu justifier de la possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 8, le moyen tiré du défaut d'entrée irrégulière sur le territoire et du défaut de sollicitation d'un titre de séjour dirigé contre la décision de refus de délai de départ volontaire, fondée sur les 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif avancé qu'à son entrée sur le territoire français il était mineur ne peut qu'être écarté.

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

14. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

15. M. B, à qui aucun délai de départ volontaire n'a été accordé, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant en principe d'assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. En l'espèce, compte tenu des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, qui est célibataire, sans charge d'enfant, qui ne justifie pas de lien intense, ancien ou stable sur le territoire français et qui se maintient irrégulièrement sur le territoire français, alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, l'interdiction de retour de dix-huit mois prononcée à l'encontre de M. B n'est pas entachée d'erreur d'appréciation tant dans son principe que sa durée.

16. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai n'étant pas entaché d'illégalité, la décision fixant le pays de destination et celle prononçant une interdiction de retour pour une durée de dix-huit mois n'ont pas été prises sur le fondement d'une décision illégale.

17. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté 23 octobre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de dix-huit mois et l'a assignée à résidence dans la commune de Perpignan pour une durée de six mois. Sa requête doit, dès lors, être rejetée, y compris les conclusions présentées en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Berry.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller,

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le rapporteur,

M. ROUSSEAU

La présidente,

S. ENCONTRE La greffière,

L. ROCHER

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 janvier 2024.

La greffière,

L. ROCHER

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