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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306160

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306160

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire, enregistrés les 25 octobre et 13 décembre 2023 Mme D C, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 24 juillet 2023 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours vers l'Arménie assorti d'une interdiction de retour d'un an ;

2) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3) d'ordonner, à titre subsidiaire, le réexamen de la situation de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence compte tenu d'une délégation de signature trop générale ;

- les décisions contestées méconnaissent les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions contestées méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions contestées méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 27 novembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté ;

- et les observations de M. A, représentant Mme C.

Une note en délibéré, enregistrée le 18 décembre 2023, a été présentée pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne, née le 24 mai 1981 à Echmiazin (Arménie), déclare être entrée en France le 5 février 2014, avec son époux et leur premier enfant né le 16 septembre 2013 en Espagne, en vue d'y solliciter l'asile, qui lui a été refusé par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 22 mai 2015 et 26 janvier 2016. Le 15 janvier 2015, l'intéressée et son époux ont accueilli un deuxième enfant né à Carcassonne. Le 19 juin 2023, l'intéressée a présenté une demande de titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale que le préfet de l'Hérault a rejetée par arrêté attaqué du 24 juillet 2023, avec obligation de quitter le territoire vers l'Arménie assortie d'une interdiction de retour d'un an dont elle demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Guillaume Raymond, secrétaire général adjoint de la préfecture de l'Hérault. Par arrêté du 3 mai 2023 du préfet régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible au juge et aux parties, M. B a reçu délégation à l'effet de signer, notamment, tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Cette délégation n'étant pas trop générale, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui disposent de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motif du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si Mme C soutient être présente sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté contesté, les documents qu'elle produit, essentiellement composés de certificats de scolarité, d'attestation d'adhésion de son fils à une association sportive et d'une promesse d'embauche, ne permettent pas d'établir la présence continue de l'intéressée sur le territoire français depuis 2014, où elle n'a été accueillie qu'au titre de l'asile, qui lui a été refusé. La requérante s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire, sous trois identités différentes, malgré des décisions d'éloignement des 26 février 2016 et 6 avril 2021 confirmées par ce tribunal. Outre le fait que son époux soit également en situation irrégulière, elle n'établit pas disposer d'autres liens familiaux sur le territoire français, et même si ses deux enfants sont scolarisés, il n'est nullement justifié qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine, où la vie familiale peut continuer. En outre, Mme C ne démontre ni insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français ni être isolée dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. L'arrêté du préfet de l'Hérault portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet et effet de séparer Mme C de ses enfants. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'intérêt supérieur de ses enfants aurait été méconnu.

7. Pour les mêmes motifs que ceux développés dans les points précédents, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

9. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la situation en France de Mme C, telle que rappelée aux points précédents, justifierait de son admission exceptionnelle au séjour au sens de l'article L. 435-1 cité au point 8. Le moyen tiré de ce que l'arrêté aurait méconnu cet article doit donc être écarté.

10. Il résulte de tout ce qu'il précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles tendant à l'application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au préfet de l'Hérault, et à Me Ruffel.

Délibéré à l'issue de l'audience du 18 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 janvier 2024.

Le greffier,

F. Balickifb

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