jeudi 28 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2306216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 24 novembre 2023, Mme A E, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet de l'Aude a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ; à défaut, enjoindre au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois et sous les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une incompétence de son auteur à défaut de justifier d'une délégation spéciale ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation et a commis une erreur de droit en rejetant sa demande de titre de séjour sans faire usage de son pouvoir général de régularisation ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 4 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Corneloup, présidente,
- les observations de Me Brûlé, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, née le 23 janvier 1977, de nationalité algérienne, déclare être entrée sur le territoire français le 26 mars 2015 sans en rapporter la preuve. Elle a sollicité, en août 2020, une demande de titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale. Par un arrêté en date du 1er août 2023, le préfet de l'Aude a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé pour le préfet de l'Aude par Mme B C, sous-préfète, chargée de mission, chargée de la suppléance du poste de secrétaire général de la préfecture de l'Aude, laquelle en application de l'article 2 de l'arrêté n° DPPPAT-BCI-2023-031 du 6 juin 2023, régulièrement publié et accessible tant aux parties qu'au juge sur le site internet de la préfecture de l'Aude, a reçu délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions, mesure de police administrative, circulaires, rapports, correspondances (.) et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Aude ". Dès lors, le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application et comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Le préfet rappelle notamment les circonstances de l'entrée et les conditions de séjour de la requérante en France ainsi que la situation personnelle et familiale de l'intéressée, mariée et mère de six enfants résidant en France et de deux enfants résidant en Algérie. Il précise que si des enfants sont scolarisés en France, la requérante n'établit pas qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Algérie où l'ensemble de la cellule familiale pourrait se reconstituer. Cette motivation démontre que, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet de l'Aude a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen réel et complet de la situation de Mme E doit être écarté.
4. En outre, il ressort des termes de la décision qu'en rejetant sa demande, le préfet a procédé à un examen approfondi de la situation de l'intéressée. Ce faisant, le préfet a nécessairement écarté la possibilité de l'admettre au séjour dans le cadre de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel, sans commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ou méconnaître l'étendue de sa compétence.
5. En troisième lieu, il résulte des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : " au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. " En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui se prononce sur une demande de titre de séjour présentée par un étranger d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
6. Mme E, qui déclare, sans l'établir, être entrée sur le territoire français en 2015, est mariée et mère de six enfants résidant en France. Si elle fait valoir une bonne intégration sur le territoire, elle ne justifie pas d'une insertion particulière en se bornant à produire un avis d'imposition sur le revenu pour l'année 2022 et un certificat d'hébergement depuis le 22 mars 2018 établi par le service d'hébergement d'urgence de droit commun de la Ligne de l'Enseignement de l'Aude. Elle n'apporte, en outre, aucune pièce permettant de justifier de l'expérience professionnelle et de la promesse d'embauche qu'elle allègue. S'il ressort des pièces du dossier que son époux, en situation irrégulière, a obtenu en France un certificat d'aptitude professionnelle " plâtrier plaquiste ", les expériences professionnelles dont il justifie dans le domaine du bâtiment ne s'inscrivent que dans le cadre de contrats à durée déterminée de quelques mois sur les années 2017 et 2018. Mme E doit, par suite, être regardée comme ne faisant état d'aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à la poursuite de sa vie familiale en Algérie, où résident deux autres de ses enfants et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans, et ne démontre ni par la durée et les conditions de son séjour en France, où elle se maintient irrégulièrement depuis une première obligation de quitter le territoire du 27 mai 2016, ni par la circonstance que ses enfants sont scolarisés en France, que le centre de ses intérêts privés et familiaux serait durablement établi sur le territoire français. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Mme E n'établit pas que la scolarité de ses enfants, compte tenu de leur jeune âge, des cycles dans lesquels ils ont été inscrits et de la durée de leur scolarité en France, ne pourrait, à la date de la décision attaquée, se poursuivre en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 précité de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté pris à son encontre par le préfet de l'Aude le 1er août 2023. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, au préfet de l'Aude et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023
La Présidente-rapporteure,
F. Corneloup
L'assesseure la plus ancienne,
M. D
La greffière
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 28 décembre 2023.
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026