jeudi 28 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2306219 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GONTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023, M. D A C, représenté par Me Gontier, demande au tribunal :
1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans le délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
*la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
*la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'un vice de procédure pour défaut de procédure contradictoire ;
- est entachée d'une erreur de droit pour défaut d'examen particulier ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
*la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure pour défaut de procédure contradictoire ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'atteinte portée à sa situation personnelle ;
*la décision fixant le pays de destination :
- est entachée d'un défaut de motivation quant au risque encouru en cas de retour dans son pays d'origine et en ce qu'il bénéficie d'un titre de séjour en Espagne, valable jusqu'en 2028 ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation alors qu'il dispose d'un titre de séjour en Espagne ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Gontier, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 17 juin 1991 et de nationalité algérienne, a fait l'objet d'un arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chaque décision prononcée, et précise la situation administrative et le parcours du requérant. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a eu l'occasion de présenter tout élément d'information utile sur sa situation personnelle lors de l'entretien qu'il a eu le 21 septembre 2023 au centre pénitentiaire de Béziers, étant assisté d'un interprète en langue arabe, portant sur sa situation administrative au cours duquel il a été questionné sur sa situation familiale, son adresse, ses conditions d'entrée sur le territoire français, s'il a effectué des démarches pour obtenir un titre de séjour en France, sur la possibilité que le préfet de l'Hérault prononcer une mesure d'éloignement et d'une manière générale toutes observations qu'il aurait souhaité porter à connaissance. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire et le moyen tiré du défaut d'examen particulier doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () "
7. En se bornant à soutenir que le préfet de l'Hérault a entaché sa décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire d'une erreur d'appréciation, le requérant ne produit pas les éléments permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, il ne conteste aucun des quatre motifs retenus par l'arrêté attaqué tenant à la menace à l'ordre public que son comportement représente, l'absence d'entrée régulière et l'absence de demande de titre de séjour, la volonté déclarée de ne pas se conformer à une obligation de quitter le territoire français et l'absence de garantie de représentation suffisante. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait demandé l'asile en France et l'intéressé n'expose aucune circonstance tenant aux risques encourus en cas de retour en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". L'article L. 721- 4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
10. L'arrêté attaqué indique, en son article 2, que M. C pourra être éloigné " à destination de tout pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible ". Or, il ressort des pièces du dossier que le requérant est titulaire d'une carte de résident délivrée par les autorités espagnoles valable jusqu'en 2028. Dès lors, même s'il n'est pas établi, ni allégué, qu'il aurait demandé à être éloigné vers ce pays, la décision fixant le pays de renvoi est illégale dès lors qu'elle prévoit un renvoi uniquement vers son pays d'origine ou tout autre pays non membre de l'Union Européenne alors que l'intéressé est légalement admissible au Espagne. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault a fait une inexacte application des dispositions précitées doit être accueilli.
En ce qui concerne l'interdiction de retour pour une durée de trois ans :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
12. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
13. Il ressort des pièces du dossier que la décision prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français est expressément motivée sur chacun de ces quatre critères. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
14. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire ne peut qu'être écarté.
15. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné le 9 septembre 2010 à un an d'emprisonnement avec sursis pour vol aggravé, le 20 février 2014 à un mois d'emprisonnement pour recel, le 13 octobre 2015 à deux mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance ainsi que rébellion, le 26 novembre 2015 à deux mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec destruction en récidive, le 20 janvier 2016 à un an d'emprisonnement pour vol en réunion, escroquerie en récidive, le 5 décembre 2016 à un an d'emprisonnement pour extorsion par violence, menace ou contrainte de signature et enfin le 9 juin 2022 à quatre ans d'emprisonnement pour des faits d'acquisition, offre ou cession, transport, détention, importation non autorisées de stupéfiants, trafic et participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement. Par ailleurs, M. C est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant la décision en litige, eu égard à sa situation personnelle, doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une quelconque somme à M. C ou à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision fixant le pays de destination, prononcée par l'arrêté du 26 octobre 2023, est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A C, à Me Gontier et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.
Le rapporteur,
N. B
La présidente,
F. Corneloup
La greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 28 décembre 2023,
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026