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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306256

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306256

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 octobre 2023 et le 14 décembre 2023, M. B F, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

*la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'un vice de procédure en ce qu'une demande de titre de séjour a été déposée ;

- est entachée d'une erreur de fait quant à l'absence de démarches afin de régulariser sa situation ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier quand à sa ses graves problèmes de santé ;

- est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet devait saisir la commission du titre du séjour en raison de ses problèmes de santé malgré le motif invoqué de menace à l'ordre public ;

- méconnaît l'article L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

*la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-

*la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

- est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Brulé, représentant M. F ;

- et les observations de M. D, représentant le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, né le 1er janvier 1975 et de nationalité marocaine, déclare être entré sur le territoire français en 2004. Il a été interpellé le 27 octobre 2023 par les services de police pour des faits d'injure publique à caractère antisémite. Par un arrêté du 28 octobre 2023, le préfet de l'Hérault a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par sa requête, il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. A E, sous-préfet, aux fins de signer toute décision ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Cette délégation de signature habilitait ainsi M. A E à signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la circonstance qu'une demande de titre de séjour ait été envoyée par courrier électronique le 14 mars 2023 ne fait pas obstacle à ce qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français soit prononcée à l'encontre de M. F. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Hérault a pris connaissance des problèmes de santé invoqués par M. F, et fait notamment référence à l'arrêté du 6 avril 2018 par lequel il avait rejeté la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, après saisine du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration, dont le recours a été rejeté par le présent tribunal par une décision du 2 octobre 2018 et par la cour administrative d'appel de Marseille le 17 mars 2020. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 4, le préfet de l'Hérault était déjà renseigné sur la situation médicale de l'intéressé dans le cadre de l'examen de sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ayant donné lieu à son rejet par un arrêté du 6 avril 2018 et M. F, qui évoque des hospitalisations en 2015 et 2018, ne se prévaut d'aucune évolution particulière de son état de santé depuis lors qui différerait de sa situation prévalant à la date de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration. Par ailleurs, si M. F indique avoir besoin de suivre un traitement médicamenteux à base de Skenan, il est constant qu'un médicament similaire, le Moscontan, est disponible au Maroc. Dès lors, l'état de santé de l'intéressé ne s'opposait pas à ce qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français soit prononcée à son encontre et M. F ne peut se prévaloir d'un droit au séjour en raison de son état de santé. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées et le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission du titre de séjour doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si M. F se prévaut d'une présence sur le territoire français depuis 2004, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie que d'une présence très ponctuelle entre 2004 et 2011, puis pour les années 2016 et 2017. Par ailleurs, depuis sa présence alléguée en 2004, l'intéressé a été condamné le 29 novembre 2005 à une peine d'un an d'emprisonnement pour des faits de vols avec violence, le 8 mars 2007 par le tribunal judiciaire de Bordeaux à deux mois d'emprisonnement, le 13 décembre 2007 à trois mois d'emprisonnement, et le 25 janvier 2011 par la cour d'appel de Montpellier à six mois d'emprisonnement pour des faits de fourniture d'une identité imaginaire et obstruction à l'exécution d'une mesure d'éloignement. Ensuite, M. F ne conteste pas la matérialité des différentes mises en cause le concernant, notamment, du 24 juin 2018 pour des faits de violences aggravées, le 6 février 2022 pour vol simple, le 30 mai 2022 pour des faits de violences aggravées, et très récemment le 27 octobre 2023 pour des faits d'injures antisémites proférées dans la rue. Dans ces conditions, le comportement de M. F représente une menace à l'ordre public. Par ailleurs, M. F est célibataire et sans charge de famille et a vécu dans son pays d'origine à minima jusqu'à l'âge de 29 ans dans l'hypothèse alléguée d'une entrée en 2004 et ne justifie d'aucune intégration sociale particulière. Enfin, l'intéressé a fait l'objet d'arrêtés portant obligation de quitter le territoire français le 16 avril 2012, le 18 août 2015, le 6 avril 2018 et le 6 février 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

12. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur le 1°, 4°, 5° et 8° des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'il apparaît que M. F a bien demandé un titre de séjour, à minima en 2018, s'opposant à ce que le préfet de l'Hérault puisse se fonder sur le 1° précitée de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de quatre précédentes mesures d'éloignement et a même été condamné pénalement le 25 janvier 2011 à une peine d'interdiction judiciaire du territoire pour une durée de cinq ans pour des faits d'obstruction à l'exécution d'une mesure d'éloignement en communiquant des renseignements inexacts. Par suite, ce motif, à lui seul, permettait au préfet de refuser d'accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait et le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions précitées doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privée de base légale doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

15. Eu égard à ce qui a été dit au point 8 tenant à la menace à l'ordre public que représente le comportement de M. F, le prononcé de quatre précédentes mesures d'éloignement et l'absence d'intégration particulière, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. F est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. F est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B F, à Me Ruffel et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

Le rapporteur,

N. C

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 28 décembre 2023,

La greffière,

A. Junon

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