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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306268

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306268

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantANDRE & ASSOCIES (AVOCATS)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n°23TL01556 rendue le 31 octobre 2023 le juge des référés de la cour administrative d'appel de Toulouse a annulé l'ordonnance n°2302650 rendue le 21 juin 2023 par le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier et a renvoyé devant ce tribunal le jugement de la requête de la SARL Air Attack Technologies.

Par requête et mémoires, enregistrés les 5 mai, 13 juin, 13 novembre et 18 décembre 2023, la SARL Air Attack Technologies, représentée par Me André, avocat, demande au juge des référés du tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 558 00 euros à titre de provision sur sa créance du droit à déduction de taxe sur la valeur ajoutée (TVA), avec intérêts de retard à compter de la date à laquelle elle devait être remboursée, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son crédit de TVA de 55 800 euros pour avril, juin et décembre 2022 et janvier 2023 n'est pas sérieusement contestable, au sens de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, il vient d'un excédent de taxe déductible sur la taxe collectée ;

- en compensant la créance aves des dettes fiscales qu'elle conteste, le service commet une voie de fait, et un détournement de pouvoir et de procédure ;

- la compensation opérée par l'administration entre, d'une part, les rappels d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée avec intérêts de retard et pénalités qu'elle a contestés et n'a donc pas payés et, d'autre part, la créance de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 55 800 euros est irrégulière, en l'absence d'une lettre d'information ou de l'avis de compensation prévu par l'article R. 257 B-1 du livre des procédures fiscales ;

- cette compensation est également irrégulière au regard des énonciations du paragraphe 90 de la doctrine portant la référence BOI-REC-PREA-10-30 ;

- cette compensation méconnaît les articles L. 257 B et R. 257-B-1 du livre des procédures fiscales dès lors qu'ayant obtenu un sursis de paiement de la dette fiscale qu'elle a contestée par réclamation pendante devant ce tribunal, et cette imposition n'est plus liquide et exigible ;

- ce refus de remboursement de l'excédent de taxe sur la valeur ajoutée déductible méconnaît les dispositions du premier alinéa de l'article 183 de la directive du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée et porte atteinte au principe de neutralité fiscale du système de taxe sur la valeur ajoutée et au principe de confiance légitime ;

- sa requête en référé provision, et non en opposition à poursuites, est recevable ;

- l'administration, en prenant cette décision de compensation qui ne se rattache à aucun pouvoir lui appartenant, procède à un détournement de pouvoir et de son patrimoine, et à une voie de fait ;

- ses demandes de remboursement d'un crédit de TVA constituent la demande préalable imposée en référé provision, qui constitue une action en paiement de créances et non en réparation de préjudice.

Par mémoires, enregistrés les 25 mai et 13 octobre 2023, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault et le ministre de l'économie et des finances et de la souveraineté industrielle et numérique concluent au rejet de la requête.

Ils exposent que :

- la créance est contestable, car la société demeure débitrice de 658 884 euros après imputation des crédits de TVA ;

- les moyens invoqués sont infondés, l'absence de notification de l'avis de compensation n'est pas prescrite à peine de nullité, et la créance est exigible ;

- la requête est irrecevable, faute d'opposition à poursuites contre la compensation prévue par l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.

Les parties ont été informées, par courrier du 14 décembre 2023, que le juge des référés était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité de la demande de provision, faute de demande préalable à l'administration de réparer le préjudice subi du fait de la compensation.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président du Tribunal a désigné M. Rabaté, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- la directive n°2006/12 du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

2. La société Air Attack Technologies, estimant bénéficier d'un crédit de TVA de 55 800 euros pour avril, juin et décembre 2022 et janvier 2023, a sollicité, par demandes des 5 et 8 août 2022 et 20 janvier et 21 février 2023, le remboursement de cette somme. L'administration fiscale n'a pas répondu, et a opéré la compensation de cette créance avec des dettes d'impôt sur les sociétés et de TVA qu'elle estime dues par la société. Par sa requête, la société demande au juge des référés de ce tribunal, à nouveau saisi du litige de par l' ordonnance 23TL01556, de condamner l'Etat à lui payer une provision de 55 800 euros.

3. La requérante soutient d'abord que sa demande de remboursement de la TVA due pour avril, juin et décembre 2022 et janvier 2023, relève d'une obligation non sérieusement contestable, au sens de l'article cité au point 1. Toutefois, ceci est admis par le service, qui fonde son refus de remboursement, non sur la non déductibilité de la TVA, mais uniquement sur la compensation qu'il a opérée mentionnée au point 2. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. La requérante, qui déclare dans son dernier mémoire solliciter " le paiement de créances ", doit être regardée comme arguant ensuite de l'illégalité de la compensation opérée par le service, laquelle lui occasionne un préjudice de 55 800 euros. Cependant, en vertu de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Il résulte des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, qui sont applicables aux demandes de provision présentées sur le fondement de l'article R. 541-1 du même code, qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au paiement d'une somme d'argent est irrecevable. L'intervention de cette décision rend recevable tant un recours au fond qu'un référé provision et lie ainsi le contentieux.

5. Il résulte de l'instruction que la requérante à ce jour n'a pas présenté de demande à l'administration fiscale tendant à la réparation du préjudice qu'elle a subi du fait de la compensation seule susceptible de faire l' objet d' une décision liant le contentieux. Par suite, la demande de provision, en tant qu'elle tend au remboursement de ce préjudice, est irrecevable.

6. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions du recours à fin d'octroi d'une provision, et par conséquent celles relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Air Attack Technologies est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Air Attack Technologies et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera transmise au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Fait à Montpellier, le 22 décembre 2023.

Le juge des référés,

V. Rabaté

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 décembre 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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