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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306305

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306305

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantKOULLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2023 sous le numéro 2306305, M. B C, représenté par Me Koulli, demande au tribunal :

1°)d'annuler l'arrêté pris le 4 octobre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°)d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°)de condamner le préfet des Pyrénées-Orientales à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- les décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen et d'une erreur d'appréciation au regard de son état de santé, compte tenu du système de santé en Mongolie ;

- il l'expose à des risques en cas de retour dans son pays d'origine en méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

II°) Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2023 sous le numéro 2306306, Mme D A, représentée par Me Koulli, demande au tribunal :

1°)d'annuler l'arrêté pris le 4 octobre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°)d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°)de condamner le préfet des Pyrénées-Orientales à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle sollicite de la juridiction l'examen de son dossier médical, consentant à la levée du secret médical concernant sa pathologie ;

Sur le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- les décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen et d'une erreur d'appréciation au regard de son état de santé, compte tenu du système de santé en Mongolie ;

- il l'expose à des risques en cas de retour dans son pays d'origine en méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Des pièces, enregistrées le 27 novembre 2023, et des observations, enregistrées le 12 décembre 2023, ont été présentées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, relatives à l'état de santé de Mme A et à la disponibilité des traitements dans son pays d'origine.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Couégnat, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme A, ressortissants mongoles nés respectivement le 15 février 1977 et le 13 décembre 1972, déclarent être entrés en France le 25 février 2014, accompagnés de leurs deux enfants, nés respectivement le 13 avril 2002 et le 30 avril 2010 en Mongolie. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 3 avril 2015, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 23 novembre 2015. Les requérants ont alors fait l'objet de décisions de refus de séjour assorties d'obligations de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, par arrêtés du préfet des Pyrénées-Orientales du 8 janvier 2016, dont la légalité a été confirmée par jugements du tribunal administratif de Montpellier du 19 mai 2016 et par arrêts de la cour administrative d'appel de Marseille du 20 février 2018. Après un avis favorable du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 19 septembre 2018, ils ont obtenu deux autorisations provisoires de séjour consécutives de six mois, valables du 24 septembre 2018 au 24 septembre 2019, tenant l'état de santé de Mme A. En juillet 2019, ils en ont sollicité le renouvellement ainsi que la délivrance de cartes de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par un avis du 17 octobre 2019, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par deux arrêtés du 4 octobre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B et à Mme A et leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de leur pays d'origine. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2306305, M. B demande l'annulation de l'arrêté pris à son encontre et par une requête enregistrée sous le numéro 2306306 Mme A demande l'annulation de l'arrêté la concernant.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées concernent la situation de membres d'une même famille et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Par un arrêté du 19 décembre 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du même jour et produit à l'appui de son mémoire en défense, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

4. Les arrêtés attaqués comportent les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chaque décision prononcée, et précisent la situation administrative et le parcours des requérants, notamment leurs demandes de titre de séjour en qualité d'étranger malade ou d'accompagnant d'étranger malade et l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 octobre 2019. Par suite, et alors que le préfet des Pyrénées-Orientales n'avait pas à mentionner dans les arrêtés en litige les éléments sur lesquels il se fonde pour estimer que l'accès aux soins est possible dans le pays d'origine de Mme A, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation des arrêtés attaqués doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Et aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

6. Il ressort des termes des arrêtés contestés que pour refuser de renouveler le titre étranger malade de Mme A, ainsi que celui de son époux l'accompagnant, le préfet des Pyrénées-Orientales s'est fondé sur l'avis émis le 17 octobre 2019 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et le constat que depuis cette date l'intéressée n'avait pas fait valoir d'élément nouveau sur sa pathologie ni produit aucune pièce de nature à contredire l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

7. Pour contester ces décisions, Mme A, qui a levé le secret médical, produit deux certificats médicaux des 20 et 24 octobre 2023 d'un médecin généraliste et d'un médecin du centre hospitalier de Perpignan qui la suit, décrivant l'évolution de sa pathologie et les complications déjà intervenues, ainsi qu'un certificat établi le 10 juin 2022 par un médecin d'Oulan-Bator, qui indique qu'il manque de tests de laboratoire pour suivre l'évolution de la maladie et que les médicaments nécessaires ne sont pas disponibles en Mongolie. Toutefois, il ressort des différents éléments produits à l'instance par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui relève l'évolution de l'offre de soins en Mongolie depuis l'établissement du diagnostic de la requérante, que la prise en charge de la pathologie de Mme A et de ses différentes complications est possible en Mongolie au regard des établissements de santé existants et que les différents traitements nécessaires, au regard desdites complications, y sont également disponibles. Dans ces conditions, les requérants, qui n'ont pas contredit ces différents éléments produits à l'instance, ne sont pas fondés à soutenir qu'en refusant de renouveler leurs autorisations de séjour au regard de l'état de santé de Mme A et en les obligeant à quitter le territoire français, le préfet aurait entaché ses décisions d'un défaut d'examen de leur situation et commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions citées au point 5 du présent jugement.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'un retour en Mongolie les exposeraient, au regard de l'état de santé de Mme A, à des risques de traitements inhumains et dégradants. Le moyen tiré de la méconnaissance, pour ce motif, de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Les requérants font valoir la durée de leur séjour en France, où ils indiquent avoir installé le centre de leurs intérêts privés et familiaux, et la scolarisation de leurs filles. Si les requérants se prévalent de la durée de leur séjour, il ressort des pièces du dossier qu'ils ont été définitivement déboutés de leur demandes d'asile en novembre 2015 et qu'ils n'ont été autorisés à séjourner en France, au regard de l'état de santé de Mme qu'entre septembre 2018 et septembre 2019. Les deux attestations produites et les éléments de scolarité de leurs filles pour 2023/2024 pour l'aînée, majeure et qui bénéficie d'un titre de séjour étudiant, et pour 2022/2023 pour la plus jeune, collégienne en quatrième, ne suffisent pas à établir que les requérants, qui ne justifient pas d'une intégration particulière, auraient installé le centre de leur vie privée et familiale en France, ni qu'ils ne pourraient pas la poursuivre dans leur pays d'origine, dans lequel leur plus jeune fille pourrait poursuivre sa scolarité. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au regard des motifs du refus de séjour et du but poursuivi par les mesures d'éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise par le préfet en prenant les décisions contestées doit également être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B et Mme A tendant à l'annulation des arrêtés du préfet des Pyrénées-Orientales du 4 octobre 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B et Mme A n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants doivent donc être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie perdante, les sommes que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, Mme D A et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Copie en sera adressée pour information à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 28 décembre 2023.

La greffière,

A. Junon

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