vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2306355 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 novembre et 11 décembre 2023, M. D B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour du territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et pendant le réexamen de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, s'il est admis à l'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet, d'une insuffisance de motivation et d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et de violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour du territoire français :
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Brulé, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant albanais né en 1986, a été interpellé par les services de police le 3 novembre 2023 et s'est vu notifier un arrêté du 4 novembre 2023 du préfet de l'Hérault l'obligeant à quitter le territoire national sans délai et prononçant à son encontre une interdiction de retour du territoire français de deux ans. Par la présente requête, il demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait déposé une demande d'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A, sous-préfet de Béziers, qui a reçu, par arrêté n° 2023-10-DRCL-486 du 9 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault du même jour, délégation de signature, dans les limites de son arrondissement, à l'effet de signer les obligations de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision contestée qui comporte tous les éléments de droit et de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour prononcer à son égard une obligation de quitter le territoire et notamment sa situation familiale, sa situation administrative et personnelle, est suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que le préfet de l'Hérault, qui relève la date d'entrée déclarée de l'intéressé sur le territoire national, la présence en France de son épouse, en situation irrégulière, de leurs trois enfants mineurs et de ce qu'il a déjà fait l'objet de deux précédentes mesures d'obligation de quitter le territoire français, a procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Le moyen tiré du défaut réel et complet de sa situation doit être écarté.
6. En quatrième lieu, alors même que M. B justifierait d'une entrée régulière sur le territoire national et que le préfet ne pouvait indiquer qu'il ne détenait pas de passeport en cours de validité, ces erreurs de fait quant aux conditions de son entrée en France ne sont pas, au regard de la situation d'ensemble de l'intéressé dont il se prévaut, de nature à entrainer l'annulation de l'arrêté attaqué, le préfet relevant son entrée irrégulière de manière incidente et admettant sa présence en France dès 2015, année au cours de laquelle il a sollicité l'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. Par suite, les erreurs de fait commises sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige et doivent, ainsi, être écartées.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. M. B se prévaut d'une présence en France depuis 2014 auprès de son épouse, ressortissante albanaise, et de leurs trois enfants mineurs, deux étant nés sur le territoire national. Toutefois, alors qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignements non exécutées en avril 2016 et mai 2017, et que son épouse ressortissante albanaise est elle-même en situation irrégulière et a été destinataire d'un arrêté portant refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français le 4 juillet 2022, il ne présente aucun élément qui ferait obstacle à ce que sa vie familiale puisse se reconstituer en Albanie. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à justifier d'une insertion sociale sur le territoire français et ne justifie pas davantage d'une insertion professionnelle en France. Dans ces conditions, l'arrêté par lequel le préfet de l'Hérault a obligé M. B à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation. M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester la décision l'obligeant à quitter le territoire.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. L'arrêté attaqué n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer les enfants de M. B et son épouse, dès lors que rien ne s'oppose à ce que le requérant regagne l'Albanie avec sa famille. Le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait méconnu l'intérêt supérieur des enfants du requérant, alors même qu'ils suivent une scolarité en France, doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à contester la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour du territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
12. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
13. La décision attaquée vise les considérations utiles de droit sur lesquelles elle se fonde et mentionne l'ensemble des critères prévus par la loi. Elle indique qu'aucune circonstance humanitaire ne justifie qu'une interdiction de retour ne soit pas édictée à l'encontre de M. B. Par suite, ce moyen doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 3 à 9 que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à contester la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction et d'astreinte doivent l'être également.
Sur les frais d'instance :
17. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 qui renvoie à ses dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Philippe Gayrard, président,
Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
La rapporteure,
I. CLe président,
J-Ph. Gayrard
La greffière,
I. Laffargue
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 26 janvier 2024.
La greffière,
I. Laffargue
il
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026