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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306470

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306470

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306470
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantVICTOR TELES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 novembre 2023 et le 5 décembre 2023, Mme E D et M. A B, représentés par Me Teles, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n°513 du 17 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Sérignan a prononcé à leur encontre une mise en conformité de constructions sous astreinte administrative prévue à l'article L 481-1 et L 481-2 du code de l'urbanisme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sérignan une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est caractérisée dès lors que l'arrêté contraint à la démolition des constructions existantes sous une astreinte de 150 euros par jour de retard pouvant aller jusqu'à 25 000 euros ; que les requérants bénéficient à ce titre d'une présomption d'urgence ; enfin, que la zone dans laquelle se situe le projet est une zone AU ne justifiant aucunement de l'exécution rapide de cette mesure ;

- l'urgence est caractérisée au regard de la gravité des conséquences subies par la démolition ;

Sur le doute sérieux sur la légalité :

- le maire ne peut procéder à une mise en demeure sous astreinte dès lors que la majorité des infractions relevées par procès-verbal du 8 novembre 2022, sont prescrites au regard de l'article 8 du code de procédure pénale, ces installations existant avant le 18 novembre 2016 ; que la prescription n'a pas été reportée par les travaux dès lors qu'aucune modification du bâti n'a été réalisée ;

- les constructions litigieuses ne méconnaissent pas les dispositions du PLU de la commune, dès lors que la zone AU0, dans laquelle se situe la parcelle, n'est pas réglementée et n'interdit, par conséquent, aucune construction ; la remise en conformité doit ainsi faire l'objet non pas d'un retrait mais d'une autorisation d'urbanisme ; enfin, la parcelle n'est pas située dans une zone naturelle, contrairement à ce que mentionne l'arrêté attaqué ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, la commune de Sérignan, représentée par la SELARL Valette-Berthelsen, agissant par Me Valette, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants au paiement solidaire d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence ne peut être remplie dès lors qu'elle est imputable aux requérants ; ces derniers ont, en effet, acquis en connaissance de cause et ont été avertis, lors de la vente, que la construction était illégale ; la poursuite des travaux démontre leur connaissance du risque ;

- la condition d'urgence ne peut être remplie dès lors qu'aucun impact financier de l'astreinte sur leur situation n'est démontré ;

- les constructions ne sont pas prescrites dès lors que le délai de prescription commence dès l'achèvement des travaux, qui se sont terminés, en partie, en 2018 ; pour le reste des constructions, aucune photo datée ne permet d'établir une date précise permettant de regarder les travaux comme prescrits ;

- la décision attaquée ne méconnaît aucunement le PLU dès lors que d'une part, la mention de " zone naturelle " est une erreur de plume qui n'a aucune incidence sur la légalité ; d'autre part, le règlement de la zone " AU0 " mentionne expressément que cette dernière n'est pas ouverte à l'urbanisation tant qu'une future révision du PLU n'est pas intervenue, conformément à l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme, prescrivant ainsi toutes constructions ; par conséquent, seule la démolition des constructions litigieuses permettrait une régularisation et non une autorisation d'urbanisme.

Vu :

- la requête enregistrée le 10 novembre 2023 sous le n°2306469 par laquelle Mme D et M. B demandent l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 5 décembre 2023 à 14 heures :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;

- les observations de Me Teles, représentant Mme D et M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Il précise que la démolition demandée justifie l'urgence ; que l'infraction constatée par la commune est prescrite ; que la construction principale faisant l'objet de l'arrêté dont il est demandé la suspension existe depuis 30 ans et était déjà à usage de construction ; que la charge de la preuve de l'irrégularité de la construction et de l'absence de prescription repose sur la commune ; qu'ils demandent le cas échéant non la démolition mais la remise en état initial.

- les observations de la commune de Sérignan, représentée par Me Fürstenheim, qui reprend ses écritures par les mêmes moyens. Elle précise que le notaire a informé les acheteurs du terrain en 2016 qu'il était inconstructible ; que d'importants travaux ont été réalisés sans autorisation transformant le terrain d'agrément avec une construction légère en construction à usage d'habitation ; que la présomption d'urgence n'est pas irréfragable ; que l'urgence ne peut résulter du comportement des requérants qui savaient que la construction n'avait pas été autorisée ; que les requérants ne produisent aucun élément sur leur situation financière ; que la prescription n'est pas acquise ; que le point de départ de la prescription part de l'achèvement des travaux qui ont consisté en transformer la construction existante en une construction nouvelle ; que la construction en litige est dans une zone urbanisée inconstructible ; que seule la démolition de la construction est envisageable.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 17 octobre 2023, le maire de la commune de Sérignan a prononcé à l'encontre de Mme D et M. B, une mise en conformité de constructions sous astreinte administrative, prenant elle effet à partir du 6 novembre, d'un montant de 150 euros par jour de retard jusqu'à ce qu'ils justifient de l'exécution totale du retrait des constructions irrégulières. Par la présente requête, Mme D et M. B demandent au juge des référés la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens de la requête, tels que visés et analysés dans les visas de la présente ordonnance, n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, que Mme D et M. B ne sont pas fondés à solliciter la suspension de l'arrêté en date du 17 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Sérignan a prononcé à leur encontre une mise en conformité de constructions sous astreinte administrative.

Sur les frais liés au litige :

5. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge des frais qu'elles ont pu exposer et qui ne sont pas compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D et M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Serignan au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E D, à M. A B et à la commune de Sérignan.

Fait à Montpellier, le 7 décembre 2023.

La juge des référés,

F. Corneloup

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 décembre 2023.

La greffière,

M. C

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