jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2306492 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | TOUMI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023, M. E B, représenté par Me Toumi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté n°23.340.726 BIS du 9 novembre 2023, par lequel le préfet de l'Hérault l'a maintenu en rétention administrative ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation administrative ;
4° de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- Il n'est pas justifié de la régularité de la délégation du signataire de l'arrêté ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté méconnait les dispositions des articles L.754-3 et L.754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le fait que la demande d'asile a été introduite après la notification du placement en garde à vue ne suffit pas à caractériser le caractère dilatoire pour échapper à la mesure d'éloignement CE 30 juillet 2014 375430 ;
- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation et de ses craintes en cas de retour ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation de sa situation, des motifs de sa demande d'asile, du risque de persécution et de ce que sa demande d'asile a été formée pour sécuriser ses droits en l'absence de vérification par le préfet de sa situation ;
- l'arrêté porte atteinte à ses droits à un recours effectif devant la Cour nationale du droit d'asile et méconnait les stipulations des articles 13 et 3 combinés de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : car le prive de la possibilité de demander la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement en application des dispositions des article L.752-7 et s du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses garanties de représentation car il dispose d'un passeport valide et d'une adresse stable auprès de sa femme et de ses enfants.
- la mesure de maintien en rétention n'est pas nécessaire.
La requête a été transmise au préfet de l'Hérault qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a désigné Mme Pater, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relatives aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater, rapporteure ;
- et les observations de Me Toumi, représentant le requérant assisté d'un interprète, Mme D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ukrainien, né le 19 avril 1975, a fait l'objet d'un arrêté le 14 mai 2023 l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et lui faisant interdiction de retour pour une durée d'un an pris par le préfet de l'Hérault. Il a été interpellé dans le cadre d'une procédure de flagrance pour vol le 2 novembre 2023, placé en garde à vue et, par arrêté du 4 novembre 2023, a été placé en rétention administrative en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement, M. B a sollicité en rétention le bénéfice de l'asile dont a été saisi l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté n°23.340.726 BIS du 9 novembre 2023, le préfet de l'Hérault l'a maintenu en rétention administrative le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celui-ci, dans l'attente de son départ. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté n°23.340.726 BIS du 9 novembre 2023.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 28 février 2023, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme C A, cheffe de la section éloignement, une délégation à l'effet de signer " tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ". Mme A était ainsi habilitée à signer l'arrêté en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
5. En second lieu, le préfet de l'Hérault cite les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de toutes les circonstances de fait utiles au fondement de sa décision. Par suite, et dès lors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation de l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, en ce qu'il n'est pas fait état d'une demande d'asile en cours, sa femme ukrainienne bénéficie de la protection temporaire, il a eu une autorisation provisoire de séjour valable de novembre 2022 à septembre 2022 dans le cadre d'une protection temporaire, il a exécuté la précédente mesure d'éloignement et est revenu en France avec sa femme et ses enfants et il encourt un danger en cas de retour, doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. " et aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ". Aux termes de l'article L.754-4 du même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13.() En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. Dans ce cas l'étranger peut être assigné à résidence en application de l'article L. 731-3. ".
7. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 754-3 que, hors le cas particulier où il a été placé en rétention en vue de l'exécution d'une décision de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, il doit en principe être mis fin à la rétention administrative d'un étranger qui formule une demande d'asile. Toutefois, l'administration peut maintenir l'intéressé en rétention, par une décision écrite et motivée, dans le cas où elle estime que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement.
8. Il ressort des termes même de la décision attaquée, que pour maintenir la mesure de rétention, outre que la demande d'asile a été faite après son placement en rétention administrative, le préfet de l'Hérault a retenu la circonstance qu'il avait déjà fait une demande d'asile en 2021 qui avait été rejetée, qu'il a démontré sa volonté de se soustraire à la mesure d'éloignement et ne dispose pas de garanties de représentation. Dès lors, en ne se bornant pas à retenir le fait d'avoir présenté une demande d'asile postérieurement au placement en rétention administrative et en faisant une analyse circonstanciée de la situation de M. B, le préfet de l'Hérault, n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 754-3 et L.754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En quatrième lieu, il ne résulte de pas, pour les mêmes motifs, que le préfet n'ait pas procédé à un examen attentif de sa situation.
10. En cinquième lieu, M. B a été placé en rétention administrative le 4 novembre 2023 en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 14 mai 2023. Il a formulé une demande d'asile le même jour. Si M. B soutient avoir sollicité l'asile pour sécuriser ses droits faute pour les services de la préfecture de l'Hérault de satisfaire à sa demande de vérification de l'engagement d'une précédente procédure d'asile, il ressort des pièces du dossier qu'une première demande d'asile a été rejetée le 26 janvier 2021. S'il bénéficiait d'une autorisation provisoire valable de mars 2022 à septembre 2022 dans le cadre d'une protection temporaire, il a postérieurement fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 14 mai 2023 qu'il n'a pas contestée. Alors qu'il lui est reproché par l'arrêté attaqué de ne pas justifier de son domicile déclaré et l'absence de garantie de représentation, il n'en justifie pas davantage à l'audience. S'il évoque le statut de son épouse qui est en situation régulière sous récépissé dans le cadre d'une protection temporaire, il ne justifie pas de ses liens avec celle-ci et avec les enfants. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que la demande d'asile formulée par M. B en rétention administrative avait été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre.
11. En sixième lieu, compte tenu de ce que le préfet de l'Hérault a décidé du maintien du placement en rétention administrative de M. B le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celui-ci, dans l'attente de son départ, le maintien en rétention administrative n'est pas uniquement fondé sur l'absence de garanties de représentation. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de ses garanties de représentation et du caractère non nécessaire de la mesure de rétention ne peuvent qu'être écarté comme inopérant.
12. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit à un recours effectif : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ". La décision prolongeant le maintien en rétention administrative n'a pas pour objet le renvoi de l'étranger dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas droit à un recours suspensif devant le Cour nationale du droit d'asile du fait de la décision de maintien en rétention est sans incidence sur la légalité de cette décision.
13. Si le requérant soutient en outre que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, cette décision a seulement pour objet le maintien en rétention de l'intéressé et ne fixe pas le pays à destination duquel il doit être éloigné. Par suite, ce moyen, inopérante, ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté n° 23.340.726 bis pris par le préfet de l'Hérault doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de l'Hérault et à Me Toumi.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La magistrate désignée,
B. Pater
La greffière,
C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 23 novembre 2023
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026