vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2306502 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SERGENT CHLOE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2023, M. D B C, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 6 mois avec inscription d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour et l'a assigné à résidence à Perpignan pour 6 mois avec interdiction de sortir du département des Pyrénées-Orientales et obligation de pointage, tous les mardis, aux services de la PAF de Perpignan ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en contrepartie d'une renonciation à la perception de la contribution de l'Etat accordée à la requérante, ou à défaut, de la condamner à lui payer la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du CJA.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- elle est entachée d'une incompétence de son auteur à défaut de justifier d'une délégation spéciale et publiée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant refus de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-2, 3° et L. 612-3, 1° et 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de 6 mois :
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnait l'article 8 de la convention précitée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision portant assignation à résidence pendant 6 mois :
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et de refus de départ volontaire.
Par un mémoire, enregistré le 8 décembre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.
Par décision du 18 décembre 2023, M. B C bénéficie de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Gayrard, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B C, ressortissant péruvien né le 4 décembre 1974, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 décembre 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 6 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 9 novembre 2023 et produit à l'appui de son mémoire en défense, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. A, directeur de la citoyenneté et de la migration, une délégation à l'effet de signer les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Cette délégation de signature habilitait donc M. A à signer l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la circonstance que l'arrêté mentionne une résidence en Espagne à Barcelone au lieu de Zaragoza est sans incidence sur la régularité de la décision. Contrairement à ce que soutient le requérant, ce dernier a bien indiqué lors de son interpellation qu'il percevait des revenus issus de l'exercice d'un travail non déclaré. Si l'arrêté mentionne à tort que l'intéressé est célibataire alors qu'il a déclaré vivre en Espagne avec une ressortissante de ce pays, ceci n'a aucune incidence sur l'appréciation portée par le préfet quant à son droit au séjour en France. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B C aurait mentionné lors de son interpellation la présence en Espagne de deux sœurs et de nièces de nationalité espagnole, éléments qui, en tout état de cause, n'ont aucune incidence sur l'appréciation de son droit au séjour en France. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis des erreurs de fait ou n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de sa situation personnelle.
5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B C a été interpellé le 10 novembre 2023 alors qu'il transitait en France, muni d'un passeport dont le visa était expiré, pour rejoindre l'Espagne, pays dans lequel il déclare vivre avec une ressortissante espagnole avec laquelle il a conclu le 23 mai 2022 l'équivalent d'un pacte civil de solidarité. Si le requérant fait valoir qu'il est le père d'un enfant qui réside en France, il ressort des pièces du dossier que cet enfant est pris en charge par sa sœur et qu'il ne justifie pas contribuer à son entretien et à son éducation. Enfin, si le requérant soutient qu'il a le projet de venir vivre en France avec sa compagne et s'il produit une promesse d'embauche établie le 30 juin 2023, il ne justifie d'aucune résidence habituelle en France à la date de la décision attaquée. Il s'ensuit que le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas porté à son droit à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise la décision portant obligation de quitter le territoire français. Si le requérant fait également valoir qu'en fixant le Pérou comme pays de destination, le préfet méconnait les stipulations précitées dès lors qu'il réside habituellement en Espagne auprès d'une ressortissante de ce pays, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ne justifie d'aucun titre de séjour délivré par ce pays mais a fait l'objet d'un signalement par les autorités de ce pays pour infraction à la législation des étrangers. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. En outre, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en prenant l'arrêté querellé.
7. En quatrième lieu, s'agissant de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé alors qu'il était muni d'un passeport dont le visa était expiré et qu'il ne justifiait d'aucun domicile en France. Il rentrait donc dans les prévisions du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il présentait un risque de se soustraire à la décision de quitter le territoire français faute de justifier une entrée régulière en France. La circonstance que son fils et sa sœur, auxquels il rend visite occasionnellement, résident en France et qu'il a un domicile en Espagne ne suffit pas à justifier d'une garantie suffisante de représentation au sens de l'article précité alors même qu'il ne présenterait pas une menace à l'ordre public ou aurait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement.
8. En cinquième lieu, s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français de 6 mois, comme indiqué au point 6, si M. B C soutient qu'il est le père d'un enfant qui réside en France avec sa sœur, il ne justifie pas contribuer à son entretien ou à son éducation mais lui rend visite occasionnellement. Il ne peut utilement faire valoir qu'il réside habituellement en Espagne alors, au demeurant, qu'il ne justifie d'aucun titre de séjour délivré par les autorités espagnoles. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait l'article L. 612-6 du code précité, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Au vu de ce qui précède, le requérant ne peut également exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision contestée.
9. En dernier lieu, s'agissant de la décision portant assignation à résidence pendant six mois à Perpignan, il découle de tout ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés alors que l'intéressé peut temporairement résider auprès de sa sœur domiciliée à proximité de Perpignan. Le requérant ne peut également exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire au soutien de ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant assignation à résidence.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.
Sur les frais d'instance :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre, M. B C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B C et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère,
Mme Pastor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
Le président-rapporteur,
J-Ph. GayrardL'assesseure la plus ancienne,
D. Teuly-Desportes
La greffière,
I. Laffargue
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 26 janvier 2024.
La greffière,
I. Laffargueil
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026