jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2306615 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023, M. E D, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute Garonne a décidé son transfert aux autorités croates, responsable de l'examen de sa demande d'asile ainsi que l'arrêté du même jour par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- Les arrêtés ont été signés par une autorité incompétente ;
La décision de transfert :
- il appartiendra à l'administration d'établir que les articles 3 et suivants du règlement Dublin 604/2013 ont été respectés ;
- méconnait la décision des autorités croates qui n'ont pas manifesté l'intention de traiter la demande d'asile ;
- méconnait l'article 3.2 du règlement (UE) n° 604/2013 UE dès lors que la Croatie présente des défaillances systémiques dans la prise en charge des demandeurs d'asile ;
La décision l'assignant à résidence :
- n'est pas motivée en droit ;
- n'est pas nécessaire ;
- n'a pas de caractère inéluctable puisque dans la même situation le Préfet n'a pas assigné à résidence une autre personne.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2023, le préfet de la région Occitanie et du département de Haute Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pater, première conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater;
- les observations de Me Brulé substituant Me Ruffel, pour M. D, assisté de Mme A, interpréte ;
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né le 18 décembre 1999, de nationalité russe, déclarant être entré sur le territoire national le 6 août 2023, a demandé l'asile le 10 août 2023 auprès des services de la préfecture de l'Hérault. Par sa requête, il demande l'annulation des arrétés du 14 novembre 2023, par lesquelles le préfet de la région Occitanie et du département de Haute Garonne a décidé sa remise aux autorités croates puis prononcé son assignation à résidence.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de ces dispositions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs :
4. Par un arrêté du 13 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 15 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne a accordé à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, une délégation à l'effet de signer, notamment, " les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant et de transfert à l'encontre des ressortissants étrangers ". Mme B était ainsi habilitée à signer les arrêtés en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés litigieux manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de transfert aux autorités croates :
5. En premier lieu, le moyen tiré de ce qu'il appartiendra à l'administration d'établir que les articles 3 et suivants du règlement Dublin 604/2013 ont été respectés n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il doit par suite être écarté.
6. En second lieu, aux termes des 1 et 5 de l'article 20 : Le processus de détermination de l'État membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un État membre. () L'État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite pour la première fois est tenu, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, et en vue d'achever le processus de détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale, de reprendre en charge le demandeur qui se trouve dans un autre État membre sans titre de séjour ou qui y introduit une demande de protection internationale après avoir retiré sa première demande présentée dans un autre État membre pendant le processus de détermination de l'État membre responsable.
7. Il ressort des pièces du dossier, que consécutivement à la demande d'asile formulée auprès des autorités françaises le 10 août 2023, il a été relevé que les empreintes décadactylaires de M. D ont été prises en Croatie le 19 juin 2023, ce qui n'est pas contesté. La France a, de ce fait, le 31 août 2023, sollicité la reprise en charge par la Croatie de M. D en raison de la présentation par l'intéressé d'une demande d'asile, sur le fondement du b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013. Si les autorités croates ont, le 14 septembre suivant, fondé leur accord de reprise en charge de l'intéressé, non sur ces dispositions, mais sur celles de l'article 20-5 du même règlement, elles ont reconnu être l'Etat membre responsable de la demande d'asile présentée par M. D. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté méconnait la décision des autorités croates qui n'ont pas manifesté l'intention de traiter la demande d'asile doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ". L'application de ces critères peut toutefois être écartée en vertu de l'article 17 du même règlement, aux termes duquel : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ".
9. Il résulte de ces dispositions, que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
10. La Croatie, État membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut de réfugié, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de ces deux conventions internationales et à celles de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Cette présomption ne peut être renversée que s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et dans les conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises, sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités de ce pays répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.
11. M. D soutient l'existence de défaillances affectant les conditions d'accueil et de prise en charge des demandeurs d'asile en Croatie. Il allègue à l'audience avoir fait l'objet de traitements inhumains et dégradants lorsqu'il a demandé l'asile en Croatie et produit un rapport d'Amnesty international de 2022 évoquant des " pushbacks " soit des renvois forcés, et un jugement du Tribunal de Paris du 7 septembre 2023 relevant que des rapports alarmants ont été publiés sur la situation en Croatie par " l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés, l'European Council on Refugees, le Croatian Law Centre. Toutefois, ces élements sont insuffisants pour reverser la présomption et caractériser une défaillance telles qu'elle constituerait un motif sérieux et avéré de croire que la demande d'asile de M. D ne serait pas traitée par les autorités croates dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté de transfert méconnait l'article 3.2 du règlement (UE) n° 604/2013 UE dès lors que la Croatie présente des défaillances systémiques dans la prise en charge des demandeurs d'asile doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la décision de transfert aux autorités croates doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
13. Aux termes de l'alinéa 4 de l'article L.751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. "
14. En premier lieu, la décision d'assignation à résidence vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L.751-1 à -8 relatifs à l'assignation à résidence pendant la détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile et aux fins d'exécution de la décision de transfert, et indique que M. D fait l'objet d'un arrêté de transfert du même jour vers les autorités croates responsables de sa demande d'asile dont l'exécution demeure une perspective raisonnable. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.
15. M. D ayant fait l'objet d'un arrêté de transfert, cette seule circonstance suffit à établir l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement. Le requérant, qui ne prévaut d'aucune circonstance particulière, n'apporte aucun élément établissant que l'obligation de présentation bihebdomadaire serait disproportionnée, étant précisé que la circonstance qu'il présenteraient des garanties de représentation, au demeurant non établies, et aucun risque de non-respect de ses obligations est sans incidence.
16. La circonstances qu'une autre personne n'aurait pas fait l'objet d'une assignation à résidence est sans incidence, compte tenu de ce qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été dans une situation identique à celle de M. D.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence doivent être rejetées.
18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. D doivent être rejetées.
19. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, au préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute Garonne et à maître Ruffel.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La magistrate désignée,La greffière,
B. Pater C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute Garonne en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 23 novembre 2023.
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026