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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2306813

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2306813

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2306813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantTOUMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Toumi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté, notifié le 9 novembre 2023, par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de prendre en charge sa demande d'asile et de lui remettre une attestation de demande d'asile en procédure normale, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir, et en tout état de cause, de lui remettre une attestation de demande d'asile prévue à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas établi qu'il se soit vu délivrer les informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- les pièces du dossier ne permettent pas de s'assurer qu'un entretien a été mené par un agent spécifiquement qualifié en vertu du droit national, dans le respect des obligations fixées par l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 en l'absence de toute possibilité de contrôler l'identité et la compétence de l'agent ayant mené l'entretien individuel ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où, d'une part, il craint d'être confronté à des membres de sa famille vivant en Espagne et n'acceptant pas son homosexualité et, d'autre part, il dispose d'un suivi médical en France ainsi que du soutien d'amis résidant sur le territoire national.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Charvin, vice-président, pour statuer en tant que juge désigné en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Charvin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 1er janvier 1979, est entré en France le 18 janvier 2023 et s'est présenté à la préfecture de l'Hérault le 21 juin 2023 pour déposer une demande d'asile. Par arrêté du 9 novembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de remettre M. A aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, () ; / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, le 21 juin 2023, M. A a été reçu en entretien individuel à la préfecture de l'Hérault, où lui ont été remises la brochure d'information " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' ", ainsi que celle intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", éditées en langue arabe, qu'il a déclaré comprendre, contenant les éléments mentionnés à l'article 4 du règlement n° 604/2013. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A a été assisté par un interprète en langue arabe au cours de l'entretien du 21 juin 2023, lors duquel il n'a pas fait état de difficultés de compréhension et a reconnu avoir compris la procédure engagée à son encontre, ainsi qu'en atteste le résumé de cet entretien. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 4 du règlement UE n°604/2013 doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été reçu en entretien le 21 juin 2023. Cet entretien s'est déroulé grâce à l'assistance d'un interprète en langue arabe et a été conduit par un agent de la préfecture de l'Hérault, lequel était qualifié en vertu du droit national. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'entretien ne se serait pas tenu dans le respect des prescriptions susvisées ou que le requérant n'aurait pas été mis à même de présenter toutes les observations utiles sur sa situation personnelle. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité administrative de mentionner l'identité et la qualité de l'agent ayant mené l'entretien prévu par les dispositions précitées de l'article 5 précité du règlement UE. La circonstance qu'il soit un agent de la préfecture lui donne la qualification nécessaire pour retranscrire par écrit les réponses faites par le demandeur de la protection internationale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 précité doit être écarté.

8. En dernier lieu, en vertu de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ". Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Cette faculté laissée à chaque État membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

9. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsqu'un État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre l'intéressé soit susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.

10. M. A fait état de manière générale de l'existence d'un suivi médical en France ainsi que du soutien d'amis résidant sur le territoire national et indique craindre d'être confronté à des membres de sa famille vivant en Espagne et n'acceptant pas son homosexualité. Cependant, outre que M. A ne dispose d'aucune attache familiale en France, les pièces médicales qu'il produit n'établissent aucunement la nécessité d'un suivi médical en France et le requérant n'établit pas davantage la réalité des risques allégués en cas de retour en Espagne. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision ordonnant son transfert vers l'Espagne méconnaitrait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni que le préfet, dont il ne ressort ni des termes de la décision ni des pièces du dossier qu'il n'aurait pas procédé à un examen réel de la situation du demandeur, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le préfet de Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités espagnoles responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction qu'il présente doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande M. A au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Toumi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

J. CharvinLe greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 décembre 2023.

Le greffier,

D. Martinier

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